Côte-d’Ivoire .
Aucune piste n’a encore été identifiée, une semaine après
l’attentat qui a visé le premier ministre et qui remet en
cause le processus de réconciliation.
Prémices d’une rechute
Une
semaine après l’attentat manqué contre le premier ministre
ivoirien Guillaume Soro, la situation reste tendue en
Côte-d’Ivoire. Les Ivoiriens se demandent toujours qui a
tenté d’assassiner leur premier ministre, un mystère qui
alimente les rumeurs, soupçons et polémiques, et continue
d’attiser la méfiance dans un pays que l’on espérait sur la
voie de la réconciliation. L’Opération des Nations-Unies en
Côte-d’Ivoire (ONUCI) s’est déclarée prête à « appuyer »
l’enquête internationale demandée par M. Soro. Mais pour le
moment, le gouvernement n’a pas encore présenté de demande
officielle aux Nations-Unies à ce sujet. D’un côté, la
justice ivoirienne a annoncé qu’elle engagerait « des
poursuites pénales contre les auteurs et complices » de
l’attentat. De l’autre, le premier ministre privilégie une
enquête internationale. Mais il semble que ce dernier ait
voulu d’abord s’entretenir avec le président burkinabé,
Blaise Compaoré, avant de formuler une demande officielle
d’enquête internationale. M. Soro s’est, en effet, rendu à
Ouagadougou cette semaine pour demander le soutien de M.
Compaoré, facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien. Il
a aussi fait planer le mystère en déclarant connaître les
coupables tout en cultivant le secret.
Fragilité du processus de réconciliation
C’est donc un climat de suspicion qui règne en
Côte-d’Ivoire. Le mystère attise les rumeurs, qui prouvent
que la méfiance reste de mise entre les FN et le camp
présidentiel, anciens ennemis officiellement réconciliés.
Cet attentat marque donc surtout la fragilité du processus
de réconciliation ivoirien. L’accord, signé le 4 mars
dernier à Ouagadougou, avait fait naître un véritable
espoir. Conclu entre le président Laurent Gbagbo, qui
contrôle le Sud, et son ancien ennemi Soro, secrétaire
général des FN qui a ravi le Nord en septembre 2002, devenu
depuis premier ministre, cet accord n’a cependant permis
aucune avancée réelle sur le terrain. On a simplement
assisté à des célébrations de réconciliation, occupant les
dirigeants et nourrissant un climat d’apaisement.
Concrètement parlant, ce processus a toujours du mal à
démarrer. En quatre mois, aucune percée n’a été enregistrée.
« Tout était bloqué ces dernières semaines et certains
acteurs craignaient apparemment un déblocage. C’est dans ces
périodes d’incertitude qu’éclatent les incidents », explique
un responsable militaire. « C’est triste à dire, mais on
attendait un incident un jour ou l’autre, a dit de son côté
un diplomate occidental cité par l’AFP. Depuis la fin des
années 1990, c’est toujours le même cycle : un espoir de
paix qui finit par s’empêtrer dans les blocages, puis un
incident qui semble débloquer la situation et fait espérer
la paix ... ». Et ainsi de suite.
Or, s’il avait suscité un certain espoir, l’accord de mars
dernier est toutefois jugé par certains insuffisant. La
Ligue ivoirienne des droits de l’homme (Lidho) juge le texte
« superficiel » et estime que « cet attentat est né de la
frustration » engendrée par cet accord « trop étriqué, trop
restrictif, trop direct » et trop orienté vers les seules
élections, alors que celles-ci ne sont pas une « panacée à
la crise ».
De son côté, Gilles Yabi (International Crisis Group) estime
que même si « Ouagadougou est une avancée majeure car il
tourne la page du conflit armé entamé en 2002 », « il ne
signifie en rien la fin de la crise ivoirienne, qui est
antérieure ». La Côte-d’Ivoire, tout comme de nombreux pays
africains, fait en effet face à une multitude de crises. Et
l’accord d’Ouagadougou, censé mettre un terme à la lutte
pour le pouvoir, n’a rien fait pour régler les autres maux
dont souffre le pays : la mauvaise distribution des
richesses, la corruption galopante et le taux de pauvreté
qui s’approche des 50 %.
Abir
Taleb