Alpinisme .
Omar Samra, 28 ans, est le
premier Egyptien à avoir atteint le plus haut pic du monde,
le mont Everest, d’une hauteur de 8 850 m. Il nous raconte
son parcours atypique.
La grandeur d’un rêve réalisé
«
Depuis longtemps j’avais un rêve qui trottait dans mon
imagination, brandir le drapeau égyptien sur le plus haut
endroit du monde. J’ai réalisé ce rêve », confie avec
émotion Omar Samra. A 28 ans, il
a réussi à escalader le plus haut pic du monde, le mont
Everest, d’une hauteur de 8 850 m, situé dans l’Himalaya, à
la frontière du Népal et du Tibet. Il a fait partie d’une
expédition composée de 5 personnes, dont 2 Britanniques (Tori
James et Benjamin Stephens), un Sud-Africain (Greg Maud) et
un autre Britannique qui était en camp de base (John
Royden). Cette équipe a conquis
le sommet en 70 jours. L’expédition a commencé le 26 mars
pour s’achever le 24 mai. Mais c’est le 17 mai à 9 heures 49
minutes précises (7h20 heure locale) que Omar
Samra a levé le drapeau égyptien
sur l’Everest. « A ce moment, mon cœur était plein
d’émotions. J’étais très heureux non seulement pour moi,
mais pour toute l’Egypte. Ce jour-là, la chance était de
notre côté car le temps était parfait, il n’y avait pas de
nuages noirs et la vue était claire d’en haut. Donc, j’ai vu
des centaines de kilomètres de terres à la ronde. A cet
instant, j’ai senti la grandeur de Dieu qui a créé cet
univers. Puis je me suis souvenu de tous les efforts que
j’ai dû fournir afin d’atteindre mon but. En fait, j’ai revu
ma vie défiler comme un film de cinéma ».
Le 26 mars, l’équipe de Omar, comme 30 autres équipes,
commence l’expédition. « C’est la saison des expéditions du
mont Everest. Car à cette période, le climat est clément, il
n’y a pas de tempêtes », explique l’Egyptien. Les deux
premières semaines ont été consacrées pour marcher sur les
chemins balisés jusqu’au camp de base afin de s’habituer à
l’air de cet endroit. « A cette période, j’avais mon frère
avec moi. Le jour où il est parti fut un instant très
difficile pour moi, car je me suis senti vraiment seul. Mais
très vite nous avons commencé l’ascension ». Pour conquérir
le mont Everest, on suit un système d’escalade particulier
afin que le corps s’habitue à l’air ambiant. L’équipe monte
du camp de base 1 jusqu’au camp 2, puis elle descend à
nouveau au camp de base 1. Puis l’équipe remonte jusqu’au
camp 2, puis 3 et redescend jusqu’au camp 2. Une série de
montées et descentes jusqu’au camp de base n°4. « Lorsque
j’arrive au camp de base 2, je me sens bien car je réalise
que je peux arriver jusqu’au sommet ». Omar et son équipe
ont plusieurs fois frôlé la mort. « Nous avons traversé des
endroits très dangereux, mais le moment le plus difficile
pour moi est lorsque j’ai vu une personne morte sur la
montagne, sûrement parce qu’une avalanche de neige est
tombée sur elle lorsqu’elle passait sur le même chemin où
nous devions passer. Il suffit de penser qu’on aurait pu
subir le même sort. Après avoir enterré le mort, j’ai pensé
pendant un instant à faire demi-tour, mais ma confiance en
Dieu et ma volonté ont joué un grand rôle dans mon succès ».
Les 4 personnes qui composent l’équipe deviennent des amis
durant cette escalade. « Pour escalader le mont Everest, il
faut que l’équipe se mette d’accord sur plusieurs choses.
Nous étions tous d’accord par exemple pour apporter notre
aide à une personne dans la difficulté si elle se
présentait. Nous étions tous d’accord également pour ne pas
rebrousser chemin au cas où nous rencontrerions un cadavre
sur le chemin ». Malgré tout, plusieurs groupes ont dû
stopper leur expédition. « Pour réaliser un tel exploit, il
faut en premier lieu un bon état physique, mais ce n’est pas
tout. La personne doit avoir une volonté d’acier et la
capacité de résistance qui lui permet de supporter les
situations difficiles ».
Deux ans de mise en condition
Pour se préparer à gravir l’Everest, Omar et son équipe ont
effectué 2 mois de préparation intense. Les alpinistes ont
escaladé la montagne Cho
Oyu (8,201 m), la 6e montagne en
hauteur qui se trouve à la frontière du Tibet et Népal, et
la montagne Denali (6,194 m), la
plus haute d’Amérique du Nord.
Si la préparation de l’équipe n’a commencé qu’il y a 2 mois,
ses membres ont débuté leur regroupement il y a 2 ans ... 2
ans de mise en condition. « Lorsque j’ai intégré la London
Business School en 2005, j’ai lu
une annonce sur le site web de l’Université d’un étudiant,
Ben Stephens, qui invitait à joindre le club des montagnards
dans le but d’escalader l’Everest. Au début, nous étions 40,
un nombre qui s’est rétréci à 4 alpinistes ».
Omar a donc commencé à planifier un programme de préparation
pour réaliser son rêve d’escalader l’Everest il y a deux
ans, mais le rêve lui-même remonte à des années. « A l’âge
de 16 ans, mes parents m’ont envoyé dans un camp en Suisse.
Parmi les activités de ce camp, il y avait l’ascension d’une
petite montagne et je me suis inscrit dans cette activité.
Après avoir grimpé, l’idée de gravir un jour l’Everest ne me
quittait plus ».
En 2002 déjà, il prend une décision audacieuse : il quitte
son travail pour effectuer un tour du monde qui a duré 370
jours. « Ce tour m’a beaucoup aidé, j’ai acquis beaucoup
d’expérience durant cette période et j’ai commencé à
escalader les monts de façon professionnelle avec l’aide des
guides ». « Dans la vie il faut explorer le monde et
réfléchir. Lorsque je me trouve seul sur une montagne, je
commence à réfléchir à la religion. Je suis musulman, mais
plusieurs questions me préoccupent comme celle de
l’existence de Dieu. En observant le monde d’en haut et en
voyant les différents êtres vivants de la terre, je trouve
une réponse convaincante. Je me suis rendu compte qu’il
existe sans doute une force supérieure qui gère tout ce qui
nous entoure ».
Ce jeune homme tient par son succès à envoyer un message aux
jeunes Egyptiens. « Il ne faut pas attendre que la chance
arrive à notre porte, il faut courir vers la chance. Et si
l’homme se fixe un objectif et le programme, il peut
l’atteindre. Chaque homme possède son propre Everest et de
la même manière que j’ai réussi à le conquérir, vous le
pouvez aussi », déclare avec confiance l’alpiniste égyptien
qui, après avoir conquis le plus haut pic du monde, rêve
d’autres sommets.
Doaa
Badr