Tunisie .
Tijani Haddad, ministre tunisien
du Tourisme, explique le succès croissant qu’a son pays
quant à attirer les visiteurs tout en soulignant que le
tourisme interarabe commence juste à prendre son élan.
Entretien.
« Nous voulons exploiter
à fond l’héritage culturel »
Tunis,
De notre envoyée spéciale —
Al-Ahram
Hebdo : Quelles sont les perspectives du développement du
tourisme en Tunisie en 2007 ?
Tijani
Haddad : Les perspectives sont très bonnes, puisqu’il y a
une croissance palpable du nombre de touristes venant en
Tunisie. On s’attend à plus de 7 millions de touristes cette
année, contre 6,5 millions en 2006. Ce qui est énorme pour
un petit pays de 10 millions d’habitants. En fait, la
Tunisie offre un très bon produit touristique. Elle est
proche de l’Europe. On est à 45 minutes de Marseille et à 2
heures de Paris. Donc, on a un réservoir de touristes
extraordinaire en Europe, surtout celle occidentale et celle
de l’Est. On a aussi deux marchés limitrophes très
importants, en l’occurrence le marché libyen et le marché
algérien. Mais pour moi, le chiffre important n’est pas
celui qui concerne le nombre de touristes mais ce sont les
recettes touristiques qui ont atteint en 2006 par exemple
plus de 3 millions de dinars. C’est le paramètre le plus
réel et le plus important qui traduit d’une manière
éloquente la rentabilité du secteur. Donc, notre objectif
est de profiter du secteur touristique pour qu’il y ait un
maximum de recettes.
— Quels sont les plans de promotion du tourisme en Tunisie à
l’heure actuelle ?
— Le plan de promotion du tourisme tunisien doit
correspondre à la stratégie nouvelle que nous nous sommes
fixée et que nous avons adoptée il y a quelques années.
Donc, on a dû diversifier et enrichir le produit touristique
tunisien par de nouvelles composantes touristiques. Nous
voulons exploiter à fond l’héritage culturel, mettre en
relief ce patrimoine que la Tunisie a hérité à travers une
très longue histoire de 3 000 ans. On vient d’inaugurer des
bureaux pour la promotion du tourisme tunisien
dans d’autres pays comme en
Egypte et en Chine. On entame aussi un plan pour développer
les autres composantes touristiques telles que la
thalassothérapie qui est maintenant à la mode dans le monde
entier.
—
La thalassothérapie est-elle une source d’attrait
touristique ?
— Ce nouveau genre de tourisme de cure, basé sur une
nouvelle technologie utilisant l’eau de la mer avec ses
composantes vitales, comme les algues qui y existent avec de
nouvelles méthodes de massage et de relaxation, est à la
mode. Nous sommes la seconde destination au monde après la
France en matière de thalassothérapie.
— Quels sont les autres atouts du tourisme tunisien ?
— Nous avons aussi le tourisme de golf avec plus de 10
courses de golf construites selon les normes internationales
et nous sommes en train de construire une autre dizaine
d’ici cinq ans, puisque nous sommes à proximité de l’Europe
et il y a énormément d’adeptes et de golfeurs qui viennent
en Tunisie et qui veulent pratiquer leur sport favori
pendant au moins 10 mois de l’année. Il y a aussi chez nous
les sports de plaisance qui abondent, puisque la Tunisie a
plus de 1 300 kilomètres de côtes. Nous avons maintenant
mené une étude qui vise à multiplier les ports de plaisance
qui vont drainer un nombre considérable de touristes qui ont
un pouvoir d’achat très important et qui assurent un taux
considérable de revenus.
— Quel est le touriste qui vient en Tunisie ?
— Vous savez qu’une destination touristique a besoin de
toutes les gammes. Elle a besoin de tourisme de masse, de
celui de haute gamme et même du bas de gamme. Ça dépend
certainement du nombre des étoiles des différents hôtels. Il
y a le balnéaire qui attire de plus en plus des groupes
touristiques. Il y a aussi le tourisme du golf, la
thalassothérapie et le tourisme culturel qui
attire les touristes de haute
gamme qui ont un grand pouvoir d’achat.
— Et qu’en est-il de la qualité de service présenté ?
— On essaye toujours d’améliorer la qualité de service
présenté dans n’importe quel établissement touristique.
C’est une nécessité si on veut résister aux normes de la
compétitivité. Ceci dit, on applique une politique en
matière de formation professionnelle des cadres qualifiés
dans les hôtels, les restaurants et les sociétés
touristiques. On a une panoplie de centres de formation,
d’écoles et d’institutions de formation professionnelle en
matière de tourisme. Mais il faudrait en faire plus, il faut
aussi avoir une législation qui permet de contrôler de près
les prestataires de service dans le secteur du tourisme. Et
il faudrait qu’il y ait une administration qui applique
strictement la loi et qui, le cas échéant, peut prendre des
mesures, même comme des sanctions contre les défaillants. Ce
qu’on a fait, c’est que l’on a maintenant des lois, nous
avons des normes de classification des hôtels et nous sommes
là pour contrôler et exiger la qualité de services qui
correspond au nombre des étoiles de chaque établissement
touristique.
— Est-ce qu’il y a une coopération entre la Tunisie et l’Egypte
en matière du tourisme ?
— Depuis un certain temps, nous avons fixé une stratégie de
coopération sur tous les plans : l’aménagement des zones
touristiques, la formation professionnelle et l’échange
d’expérience en matière de promotion de tourisme. Nous
tenons régulièrement une réunion mixte avec les responsables
du tourisme en Egypte pour discuter des relations
touristiques entre les deux pays, puisque plus de 75 000
Tunisiens visitent l’Egypte, contre 7 000 Egyptiens qui se
rendent en Tunisie.
— Comment évaluez-vous l’état du tourisme interarabe à
l’heure actuelle ?
— Le tourisme interarabe commence juste à prendre son élan,
mais auparavant il y avait plusieurs handicaps qui barraient
la route à ce développement : il n’y avait pas de transport
aérien si développé entre les pays arabes par exemple. Je
crois que maintenant il y a une prise de conscience parmi
les décideurs arabes du tourisme sur l’importance du
tourisme interarabe. Maintenant, le transport aérien entre
les destinations arabes est en train de progresser, nous
avons des compagnies arabes aériennes telles que
Tunisair,
EgyptAir, Qatar Airlines
ou Emirates
Airlines qui se développent et commencent à aller
plus loin et relier les capitales arabes entre elles. Ceci
va certainement favoriser l’échange de flux touristiques
entre les pays arabes l
Propos recueillis par Dalia
Farouk