Al-Ahram Hebdo, supplément, Les malls  relookent Le Caire
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Consommation. Les centres commerciaux sont l’un des nouveaux visages de l’urbanisme cairote. Ils engendrent un mode de vie à l’occidentale. 

Les malls  relookent Le Caire

Madinet Nasr, au nord-est de la capitale.  Avec ses deux millions d’habitants, le quartier est à l’image de ce nouveau Caire qui s’urbanise à coup d’investissements arabes, notamment saoudiens.

En quinze ans, huit centres commerciaux, ou « shopping malls », ont été bâtis dans cette zone. Au carrefour des routes qui mènent aux villes nouvelles d’Al-Chorouq, d’Al-Obour et d’Al-Rihab, le site est stratégique.

Le gigantesque complexe City Stars est l’un des plus grands projets commerciaux saoudiens en Egypte. Hôtels, boutiques, tours résidentielles et bâtiments administratifs, le complexe surprend par sa grandeur. Avec ses colonnades ornées de feuilles de lotus couleur sable et ses palmiers plantés devant le bâtiment, le complexe City Stars ne passe pas inaperçu. Il est 22 heures et les Cairotes arrivent encore dans ce temple pharaonique moderne. Pour faire leurs achats, voir un film ou tout simplement boire un verre.

Trois hommes d’une quarantaine d’années boivent un café à l’Alfredo. Hossam, un architecte âgé de 43 ans, est séduit par le lieu. « C’est la première fois que je viens ici. C’est très fonctionnel car tous les services sont réunis ». Ses amis, Mohamad et Ahmad, sont ingénieurs. Ils viennent d’Alexandrie et découvrent le centre de cinq étages. « Je ne suis pas un client régulier des centres commerciaux, mais parfois je m’y rends pour retrouver des amis », dit Ahmad. Le Caire traditionnel s’efface devant Le Caire moderne. Le Stars Center abrite des boutiques de marques internationales comme Mango, Guess, Morgan, Givenchy, des restaurants, des cafés, treize salles de cinéma. Et même un parc d’attraction pour enfants !

La famille de Yousri Fadali préfère acheter ici les vêtements pour leur garçon de deux ans, Hussein. « Yousri et moi aimons bien venir, explique Maha, une jeune mère au foyer. Tout y est disponible ». Le mari approuve : « Je suis un marchand de meubles et je travaille beaucoup. Faire mes courses ici me permet de gagner du temps et m’évite de me déplacer  d’un magasin à l’autre en voiture. Dans les années 1950 et 1960, chaque village, rue ou ruelle avait ses baqqals (épiciers). On y allait à pied pour acheter ce dont on avait besoin », explique l’urbaniste Milad Hanna. Les centres commerciaux sont apparus avec l’ouverture économique et la libération de la femme.

 

Un costume à 1 000 euros

Gamal Amer, urbaniste et architecte, préfère mettre l’accent sur les investissements étrangers, arabes principalement. Le plus ancien centre commercial au Caire, le Yamama Center, a été construit en 1989 grâce à un financement saoudien.

A la même époque, des milliers d’Egyptiens partaient chaque année travailler vers les pays du Golfe. Ils en sont revenus avec le mode de consommation saoudien, calqué sur celui des Américains : des courses en quantité dans des centres commerciaux à plusieurs étages. Dans les allées du City Stars, un costume de marque peut monter jusqu’à 6 000 livres égyptiennes ou 1 000 euros. Soit un an de salaire moyen en Egypte.

Un prix qui ne semble pas inquiéter Mona, 45 ans, ni sa fille voilée, au piercing sur le nez. « Je viens surtout ici pour suivre la mode », dit la mère, visiblement soulagée que sa fille rencontre ses amies dans un lieu fermé et sûr.

« Le développement de gigantesques centres commerciaux entraîne une ghettoïsation de la société égyptienne », s’inquiète Gamal Amer. Une ségrégation géographique encore plus marquée entre les classes sociales aisées et pauvres. Mais pour Yohanssen Eid, sociologue, « les centres commerciaux sont des lieux de mixité sociale ». Des lieux où les gens se côtoient et passent du temps, sans forcément acheter quelque chose. A terme, ces complexes commerciaux risquent cependant de menacer les petits artisans de quartier.

Sherine Mounib et Rime Tork (Egypte)

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