Al-Ahram Hebdo,  supplément | CAFÉS  « tradi » ou cafés « trendy » ?
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Ambiances. Entre établissements traditionnels et endroits branchés, le centre-ville offre une grande diversité de cafés, lieux de sociabilité par excellence. Chacun a une clientèle spécifique. 

CAFÉS  « tradi » ou cafés « trendy » ?

De vieilles chaises en bois rafistolées au scotch envahissent le trottoir. Des hommes, et uniquement des hommes, fument la chicha, le narguilé égyptien. Le café l’Unité arabe, niché entre le KFC et le McDonald’s fait face à la prestigieuse Université américaine du Caire (AUC). « Seuls les hommes fréquentent cet endroit. Si les femmes venaient ici, cela deviendrait touristique ! », s’exclame le propriétaire, Youssef Nour. L’endroit est sommaire. Mégots de cigarettes, copeaux de bois, cendre et poussière jonchent le sol fissuré. Tout est d’époque. Aucune rénovation n’a eu lieu depuis 1955.

Seize heures. L’endroit est calme. « C’est vers 14 heures, à la sortie des bureaux, que les habitués se retrouvent », explique le gérant. Sept hommes, assis, semblent attendre que le temps passe. Seuls, ils épient les va-et-vient des passants. Ensemble, ils commentent l’actualité du jour, jouent au trictrac – sorte de domino –, parlent de football, de femmes ou des dernières arnaques dont ils ont fait les frais. Le ventilateur suspendu au plafond aère la pièce, l’odeur de chicha se mêlant à celle des Cleopatra, les cigarettes locales. « Bien sûr que l’on accepte les femmes ici, mais ce n’est pas un lieu pour elles », déclare naturellement le propriétaire.

Mariane William, 29 ans, est metteur en scène. Elle est la seule femme du café. « J’avais un rendez-vous de travail avec deux collègues et nous sommes allés au plus près », déclare-t-elle. Pantalon noir serré, chemise décolletée et ongles vernis en rouge, Mariane avoue ne pas se sentir à l’aise dans ces lieux. « Le regard des hommes nous fait comprendre que nous ne sommes pas les bienvenues dans certains endroits. Nous n’y entrons pas ».

Mariane, qui ne porte pas le voile, se dit profondément convaincue « qu’un vent de liberté a soufflé sur la ville ces dernières années ». Une idée largement répandue parmi la gent masculine. « Désormais, les femmes fument même dans la rue. Avant, elles entraient dans les cafés avec un sentiment de honte, mais plus maintenant », renchérit de manière assez radicale Amer Hassanein,  propriétaire du Nadi Al-Zohour.

Des propos à nuancer car les Egyptiennes voilées et célibataires ne se permettent toujours pas de fréquenter les cafés populaires. Traditionnellement, ils sont considérés comme « des endroits malfamés, sales, où des hommes grossiers jouent et parient de l’argent ».

C’est en tout cas l’explication de Karim Benmerim, un architecte franco-tunisien qui travaille au Caire depuis trois ans. Lui préfère se rendre dans les nouveaux cafés modernes d’un autre quartier du centre-ville, Talaat Harb. Là, sur une centaine de mètres, face à l’AUC, le Café Costa, le Beano’s Café et le Potery Café, tous ouverts il y a un an à peine, se font concurrence.

Des lunettes rectangulaires noires, le col de la chemise relevé, un ordinateur portable sur les genoux et le gobelet de café à la main, le jeune architecte estime que « l’on assiste à un choc culturel, à l’opposition de deux Caire ». Confort, design, Internet haut débit, journaux et livres à disposition, les lieux à la mode proposent de nombreux services. A 25 ans, Karim, diplômé d’une licence de commerce, travaille comme serveur au Potery Café depuis trois mois. « Nos clients sont surtout des étudiants de l’université américaine qui viennent surfer sur Internet ou déjeuner ».

Prix multipliés par sept

Samedi matin, Lamis Chawqi, 24 ans, et Hadya Satehi, 25 ans, se retrouvent au Beanos’s Café pour étudier. Musique R’n’B en fond sonore, ces étudiantes de la faculté polytechnique ne vont jamais dans les cafés traditionnels. « Nos parents nous ont déconseillé de passer devant car on risquerait d’être embêtées par les hommes », avoue Hadya, un peu gênée. Les prix des consommations sont, en moyenne, multipliés par sept par rapport aux prix locaux. Inabordables pour la plupart des Cairotes. « Les femmes viennent ici seules ou entre amies car c’est un endroit fermé. On ne les voit pas de l’extérieur », conclut le serveur.

La réalité est cependant bien plus complexe. Les Egyptiennes des classes moyennes commencent tout doucement à sortir le soir dans les lieux typiques du centre, en compagnie de leur mari ou fiancé. A l’abri des regards inquisiteurs, dans une impasse derrière le Café Riche, au cœur du quartier Talaat Harb, quatre jeunes couples profitent de la douce soirée. Certaines, voilées, osent fumer avec leur compagnon. Les mœurs évoluent certes, mais à petits pas. « Fumer la chicha devrait être réservé aux hommes, déclare Rachad Rachad Al-Saïd, gérant du bar. Selon moi, ce sont les bas prix qui attirent toujours les clients ». A 28 ans, il gagne peu d’argent, en moyenne 250 livres par mois (33 euros). « Il est vrai que les femmes sortent plus qu’avant. Ça ne me gêne pas tant que ce n’est pas ma fiancée ou mes sœurs, confesse-t-il. Les filles d’aujourd’hui sont plus audacieuses. Désormais, il n’y a plus de cafés uniquement pour les hommes et les personnes âgées. C’est vraiment  dommage ».

Haguer Ezz Eldine (Egypte)

Noemie Machado (France)

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La fièvre du jeudi soir 

Où sortir au Caire pour transpirer sur le dance floor ? Pas dans les cafés traditionnels où les hommes passent le temps en sirotant thés à la menthe sucrés ou carcadets – boissons typiques rafraîchissantes à base d’hibiscus. Le tout dans un nuage de fumée de chichas. Ici, pas de musique, pas de femmes et peu de jeunes.

Sur les bords du Nil, un jeudi soir, on trouve fraîcheur et richesse au café Sangria. Ce petit oasis entre hôtels et avenues bruyantes est niché dans une palmeraie. Devant la majestueuse grille d’entrée en fer forgé, des voitures de luxe se frayent un chemin entre passants, touristes, jeunes clubbers et enfants des rues. Ici, fit de femmes voilées et de claquettes en plastique. La population porte des lunettes de soleil Prada et des sacs Louis Vuitton, des jeans Diesel et des polos Ralph Lauren. Des airs de techno arabisante se mêlent aux fous rires des groupes de jeunes venus  profiter de la douce soirée. Des chichas aseptisées encerclent les grandes tables basses. Dans un petit bassin d’eau flottent des pétales de rose, les bougies oscillent dans la brise tiède.

Ce soir, peu de monde ira danser dans la boîte branchée, L’Absolut : on est lundi soir. Hanane, une femme de 39 ans,  accompagnée de trois amis, chemisier Lacoste et brushing sophistiqué, travaille dans l’industrie pharmaceutique. Elle témoigne : « Nous sommes très occupés, on ne peut pas sortir tard. Je m’accorde trois soirées par semaine : un restaurant, un cinéma et une soirée où je danse jusqu’à tard le soir ». Elle ne se considère pas comme une privilégiée.

Jeudi soir. Un peu plus loin sur la corniche, au rez-de-chaussée de l’hôtel Nile Hilton, une boîte de nuit au nom évocateur : Le Latex. C’est le début du week-end pour les Cairotes, le soir où l’on peut sortir jusqu’à l’aube. Ici, on ne plaisante pas. Détecteur de métaux à l’entrée, fouille des sacs et vigiles posés dans l’obscurité de la salle. Les corps se libèrent. Mini-jupes et débardeurs, talons aiguilles et maquillage appuyé.

La jeunesse dorée égyptienne se mêle aux touristes de passage, aux businessmen étrangers venus prendre un verre ou danser jusqu’à l’aube.

Mais ici, le prix des boissons n’est abordable que pour une partie restreinte de la population. Quarante livres pour un cocktail (environ 5 euros), 26 livres pour une bière (environ 3,5 euros), alors qu’un tenancier de café en centre-ville gagne en moyenne 250 livres par mois (environ 30 euros). Sur de la house entêtante, les danseurs investissent la piste à partir de deux heures du matin. La jeunesse dorée, seulement.

Caroline Besse et N. M. (France)

 




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