Al-Ahram Hebdo,  supplément |Sous les pavés, le musée
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Restauration. La rue Al-Moëz Li Dine Allah, située dans Le Caire islamique, est en rénovation. Le gouvernement veut faire de ce lieu historiqueun musée à ciel ouvert, malgré les polémiques. 

Sous les pavés, le musée 

Au cœur du Caire fatimide, juste en face de la mosquée Al-Azhar, le souk Khan Al-Khalili grouille de marchands et de touristes. Quelques mètres plus loin, les passants sont rares. Pourtant, c’est ici, dans la rue Al-Moëz Li Dine Allah qu’est née la capitale égyptienne. « Cette artère est la plus ancienne, explique Mohamad Rachidi, un responsable du Projet de développement du Caire historique. Elle est la seule à rassembler à peu près tous les genres architecturaux : islamique, grec, romain et copte ».

« Normal que les touristes ne viennent pas, commente un marchand de bijoux. La chaussée est incroyablement sale ! ». En sortant des rues étroites du souk, la poussière soulevée par le chantier est aveuglante. Conséquence de ces travaux : les ventes des commerçants ont chuté. Plusieurs ont déjà mis la clé sous la porte et d’autres ont réduit leurs heures d’ouverture.

« Que devrais-je dire aux touristes ? Que nous sommes à la recherche d’un trésor ? », ironise Hag Mohamad, propriétaire d’une boutique d’argent. Autre magasin, même détresse. « Je suis certain qu’ils auraient pu achever les travaux en trois mois, se désole le gérant. Les sociétés font traîner les choses car elles en tirent des profits. Pour elles, ce n’est qu’un investissement ». Le chantier a commencé il y a six ans. Il fait partie du vaste plan de rénovation du Caire islamique, initié par le gouvernement en 1998.

Hussein Ahmad Hussein, architecte et directeur du département de restauration au ministère de la Culture, justifie la lenteur des travaux par la difficulté à rénover les anciens réseaux d’eau ou d’électricité.

Il faut également installer de nouveaux systèmes de sécurité et d’alarme. « La restauration du vieux Caire, et de la rue Moëz en particulier, est indispensable pour conserver le patrimoine architectural, confirme Omniya Abdel-Barr, chercheuse au Centre d’Etude et de Documentation Economique et Juridique du Caire (Cedej). Il y a dix ans, les conditions de vie dans ce quartier étaient très difficiles. On pouvait à peine marcher dans la rue à cause des ordures et des problèmes de drainage ». 

Préserver l’aspect historique et traditionnel 

Plus loin, le changement est bien visible. La rénovation des bâtiments  saute aux yeux : fenêtres réparées, portes retravaillées, murs restaurés. Les maçons œuvrent sur les dernières retouches de la chaussée. L’école Al-Kamiliya et le palais Bachtak sont achevés. A l’intérieur de la mosquée Sultan Barqouq, déjà ouverte au public, un vaste hall mène vers trois grandes salles de prière. Les principaux travaux de restauration ont été menés sur les murs, les colonnes et le sol. Le plafond de la mosquée, gravé d’or et d’argent, est un chef-d’œuvre.

Autre exemple de cette restauration, le Sabil Mohamad Ali. Cet ancien bâtiment religieux abritant une fontaine à eau a été transformé en musée pour le textile. Une première au Moyen-Orient. A l’extérieur, la façade arbore un caractère islamique très prononcé.

A l’intérieur du monument, retour au XXIe siècle : les décorateurs ont choisi de marier les peintures rouges et noires. « C’est un décor tout à fait moderne. Cela n’a plus rien d’historique ! », remarque une touriste marocaine.

La transformation n’est effectivement pas du goût de tous. « Il s’agit d’une innovation plutôt que d’une restauration, juge Omniya Abdel-Barr. On modifie l’aspect historique du quartier, on invente son image ». L’architecte Mohamad Rachidi assure pourtant que le projet a veillé à préserver l’aspect historique et traditionnel des bâtiments. L’intérieur des magasins a également été rénové.

Quelques mètres plus loin, la rue est bloquée. « Une mesure de sécurité, car les travaux ne font que commencer sur cette zone », explique un commerçant. L’inauguration de la rue est prévue pour octobre 2007.

Fatima AzZahra El Boukhari (Maroc)
et
Marwa Helmy (Egypte)
 

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Entretien . Gamal Al-Ghitani, écrivain, est notamment l’auteur de Rencontres avec Naguib Mahfouz. Paru en 2006, cet essai décrypte la société et le patrimoine égyptiens à travers les livres du prix Nobel de littérature. 

« c’est toute une histoire qui est en jeu et pas seulement le tourisme » 

— Quelle dimension les romans de Naguib Mahfouz ont donné aux endroits qu’il a évoqués ?

— Le monde a découvert ces lieux à travers les œuvres de Naguib. Cela leur a donné une dimension touristique. Mais cela a permis également aux Egyptiens de découvrir leur pays. Personne ne connaissait Zouqaq Al-Madaq, petite ruelle qui est aussi le titre d’un roman de l’écrivain. Depuis, c’est une destination touristique par excellence. En revanche, il existe des endroits que personne ne connaît,  justement parce que l’auteur ne les a jamais mentionnés.

— Ces romans ont-ils contribué à la préservation du Caire islamique ?

— Il y a une relation magique entre les ouvrages de Naguib Mahfouz et le patrimoine égyptien. Tous deux sont des trésors nationaux. Beaucoup visitent ces endroits car ils ont lu les œuvres de Naguib Mahfouz et beaucoup aussi découvrent les livres de l’auteur à l’occasion de promenades. Tous les Egyptiens portent les deux dans leurs cœurs.

— Vous avez vous-même grandi dans Le Caire islamique. Comment jugez-vous la restauration de ce quartier ?

— C’est une bonne chose, mais ce qui me dérange, c’est que certains voient cette restauration comme un investissement. Or, c’est toute une histoire qui est en jeu et pas seulement le tourisme.

— La restauration des bâtiments est-elle suffisante pour conserver le patrimoine ?

— Non. Ce ne sera bien sûr jamais assez. Il faut sensibiliser les jeunes. Ce sont eux qui seront chargés de préserver ces lieux demain. Par exemple, je juge que la restauration du quartier de Fostat est une réussite pure et simple. Les responsables ont tenu compte des Egyptiens et ont pris le temps de les écouter.  Il faut donner de l’importance aux habitants car après tout, ce patrimoine est à eux.

Propos recueillis par F. El B. et M. H.

 

 




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