Restauration. La rue
Al-Moëz Li
Dine Allah, située dans Le Caire islamique, est en
rénovation. Le gouvernement veut faire de ce lieu
historiqueun musée à ciel
ouvert, malgré les polémiques.
Sous les pavés, le musée
Au
cœur du Caire fatimide, juste en face de la mosquée
Al-Azhar, le souk Khan
Al-Khalili grouille de marchands
et de touristes. Quelques mètres plus loin, les passants
sont rares. Pourtant, c’est ici, dans la rue
Al-Moëz Li
Dine Allah qu’est née la capitale égyptienne. « Cette
artère est la plus ancienne, explique Mohamad
Rachidi, un responsable du
Projet de développement du Caire historique. Elle est la
seule à rassembler à peu près tous les genres architecturaux
: islamique, grec, romain et copte ».
« Normal que les touristes ne viennent pas, commente un
marchand de bijoux. La chaussée est incroyablement sale ! ».
En sortant des rues étroites du souk, la poussière soulevée
par le chantier est aveuglante. Conséquence de ces travaux :
les ventes des commerçants ont chuté. Plusieurs ont déjà mis
la clé sous la porte et d’autres ont réduit leurs heures
d’ouverture.
« Que devrais-je dire aux touristes ? Que nous sommes à la
recherche d’un trésor ? », ironise
Hag Mohamad, propriétaire d’une
boutique d’argent. Autre magasin, même détresse. « Je suis
certain qu’ils auraient pu achever les travaux en trois
mois, se désole le gérant. Les sociétés font traîner les
choses car elles en tirent des profits. Pour elles, ce n’est
qu’un investissement ». Le chantier a commencé il y a six
ans. Il fait partie du vaste plan de rénovation du Caire
islamique, initié par le gouvernement en 1998.
Hussein Ahmad Hussein, architecte et directeur du
département de restauration au ministère de la Culture,
justifie la lenteur des travaux par la difficulté à rénover
les anciens réseaux d’eau ou d’électricité.
Il faut également installer de nouveaux systèmes de sécurité
et d’alarme. « La restauration du vieux Caire, et de la rue
Moëz en particulier, est
indispensable pour conserver le patrimoine architectural,
confirme Omniya
Abdel-Barr, chercheuse au Centre
d’Etude et de Documentation Economique et Juridique du Caire
(Cedej). Il y a dix ans, les
conditions de vie dans ce quartier étaient très difficiles.
On pouvait à peine marcher dans la rue à cause des ordures
et des problèmes de drainage ».
Préserver l’aspect
historique
et traditionnel
Plus loin, le changement est bien visible. La rénovation des
bâtiments saute aux yeux : fenêtres réparées, portes
retravaillées, murs restaurés. Les maçons œuvrent sur les
dernières retouches de la chaussée. L’école
Al-Kamiliya et le palais
Bachtak sont achevés. A
l’intérieur de la mosquée Sultan
Barqouq, déjà ouverte au public, un vaste hall mène
vers trois grandes salles de prière. Les principaux travaux
de restauration ont été menés sur les murs, les colonnes et
le sol. Le plafond de la mosquée, gravé d’or et d’argent,
est un chef-d’œuvre.
Autre exemple de cette restauration, le
Sabil Mohamad Ali. Cet ancien bâtiment religieux
abritant une fontaine à eau a été transformé en musée pour
le textile. Une première au Moyen-Orient. A l’extérieur, la
façade arbore un caractère islamique très prononcé.
A l’intérieur du monument, retour au XXIe siècle : les
décorateurs ont choisi de marier les peintures rouges et
noires. « C’est un décor tout à fait moderne. Cela n’a plus
rien d’historique ! », remarque
une touriste marocaine.
La transformation n’est effectivement pas du goût de tous.
« Il s’agit d’une innovation plutôt que d’une restauration,
juge Omniya
Abdel-Barr. On modifie l’aspect historique du
quartier, on invente son image ». L’architecte Mohamad
Rachidi assure pourtant que le
projet a veillé à préserver l’aspect historique et
traditionnel des bâtiments. L’intérieur des magasins a
également été rénové.
Quelques mètres plus loin, la rue est bloquée. « Une mesure
de sécurité, car les travaux ne font que commencer sur cette
zone », explique un commerçant. L’inauguration de la rue est
prévue pour octobre 2007.
Fatima AzZahra El
Boukhari (Maroc)
et
Marwa Helmy
(Egypte)