Al-Ahram Hebdo,  supplément | Choubra, pagaille attachante
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Densification.  Vivre à Choubra, c’est vivre dans le bruit, la pollution, la saturation.  Mais pour les habitants, le charme opère toujours. 

Choubra, pagaille attachante 

Le salon de Noha est modestement meublé. Installée dans son fauteuil fleuri, la vieille femme de 70 ans, toute vêtue de noir, se souvient de ses premières années à Choubra. Elle vit dans ce quartier nord de la capitale depuis quarante ans. « A l’époque, c’était un petit quartier très calme et très paisible, un coin de paradis... Il y avait très peu de monde, pas comme maintenant. Aujourd’hui, cela ressemble à une fourmilière ».

Avec ses 5 millions d’habitants, Choubra est l’un des quartiers les plus peuplés du Caire et l’un des plus denses. En moyenne, 75 000 habitants s’entassent sur 1 km2.

Choubra remue, crie, tousse. Choubra souffre. Un remue-ménage continu. Les moyens de transport rivalisent avec les piétons. Bus, minibus, taxis mènent une course folle contre la montre. Et ils le font savoir. Les coups de klaxons ponctuent les pas des quelques piétons qui s’aventurent à traverser. Ceux-ci marchent à grandes enjambées, fuyant les odeurs, la chaleur et le bruit.

Vivre au quotidien dans ce quartier surpeuplé relève d’un parcours du combattant. Les gestes les plus banals, comme acheter son pain le matin ou prendre le métro, exigent de jouer des coudes. La chanteuse Dalida, qui a fait ici ses premiers pas, ne reconnaîtrait pas l’endroit.

Quitter Choubra ? « Jamais, répond la grand-mère, étonnée. Personne ne peut quitter Choubra après y avoir vécu aussi longtemps. Le quartier est loin d’être parfait, mais il est vivant ».

A une centaine de mètres de l’appartement de grand-mère Noha, Kholoussi Street. Cette avenue compte parmi les plus animées. Salem le sait bien. Peau mate, moustaches fournies, ce jeune homme à l’allure ottomane gère un café traditionnel tout au bout de la rue. Comme la majorité des commerces dans ce petit quartier, Nadi Al-Zohour ne ferme jamais. Il tourne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. « L’animation est incessante, aussi bien le jour que la nuit. C’est normal avec tout ce monde... ».

La situation stratégique de la région est à l’origine de cette densité. De Choubra, on peut rejoindre non seulement plusieurs quartiers du Caire, tels qu’Imbaba et Boulaq, mais également d’autres villes d’Egypte, comme Alexandrie. Les déplacements sont facilités par l’abondance des moyens de transport. C’est ce qui explique le mouvement pendulaire impressionnant effectué par une part importante des habitants. Salem y assiste tous les jours. « Beaucoup de gens ont leur domicile ici et travaillent dans d’autres régions du Caire. Ils font des allers-retours tous les jours. Mais il y en a qui ont la chance de travailler ici même, comme certains commerçants ».

Kholoussi est effectivement une avenue commerciale par essence. Partout où l’on pose les yeux, il n’est question que de vente et d’achat. Epiciers, boulangers et vendeurs ambulants côtoient les boutiques de vêtements dernier cri. Paradis du shopping, les magasins proposent des habits à des prix imbattables. Là, un centre commercial imposant se fond dans le décor. Le bâtiment rose trouve sa place parmi les petites échoppes qui l’entourent.

 

Harmonie des contrastes

« Il n’y a pas de zones riches et de zones pauvres à Choubra. Les différences sociales existent comme partout ailleurs, mais la particularité, c’est que les grands appartements de haut standing et les vieilles habitations sont côte à côte », explique Mohamad, agent de sécurité au centre commercial.

En effet, les vieilles bâtisses grises d’un étage s’adossent aux nouveaux immeubles colorés d’une dizaine d’étages. Les avenues exposent des toits en dents de scie. Les petites ruelles sont tellement étroites qu’il est difficile de conserver un tant soit peu d’intimité. Les volets verts restent clos toute la journée. Les rares fenêtres entrouvertes sont dotées de rideaux en tissu coloré pour décourager les regards des curieux.

Anne, Fouad, Marianne... Les enseignes des magasins révèlent la diversité religieuse. Musulmans et chrétiens cohabitent à Choubra depuis toujours. « L’esprit qui règne ici est formidable, affirme Hani, propriétaire d’une échoppe de jus de fruits. Lors des fêtes, on se rend visite, on se félicite. Les joies comme les peines sont partagées par tous, quelle que soit leur confession ». Hani en est persuadé : «  Cet esprit de tolérance n’est égalé nulle part ailleurs en Egypte ».

Un sentiment aussi partagé par Sylvie. La jeune médecin garde en mémoire l’enfance heureuse passée à Choubra. Elle aurait aimé y vivre pour toujours, mais la vie en a décidé autrement.

Aujourd’hui, elle habite avec ses parents à Alexandrie. « J’ai quitté l’endroit où j’ai grandi à contrecœur, je devais trouver un travail. Je reviens souvent pour rendre visite à mes amis, mais ce n’est pas la même chose », se désole Sylvie. Elle n’est pas la seule. Le dynamisme économique que connaît le quartier n’arrive pas à absorber les besoins en emploi.

Le sourire aux lèvres, Ibrahim négocie avec ses clients. Ce jeune homme aux airs malicieux n’a jamais vécu ici. Il a pourtant réussi à y trouver un emploi comme gérant d’une bijouterie.

Ce n’est qu’en travaillant dans le quartier qu’est née son admiration pour le lieu. « Je viens de Choubra Al-Kheima chaque matin. Je veux gagner de l’argent pour me marier et habiter à Choubra, malgré la crise du logement. C’est une région pas comme les autres, on y trouve le respect et surtout la propreté ».

Préserver la propreté est presque une devise. Les trottoirs aussi bien que la chaussée sont balayés régulièrement. Les commerçants en font un point d’honneur. Les vitrines doivent briller.

Salma Daki (Maroc)

Yendi Sfeir (Liban)

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