Les mots et les choses
Anas Fawzy
Membre de l’Association des hommes d’affaires
francophones
La
France a un nouveau président, Nicolas Sarkozy. C’est un
homme qui se situe lui-même à droite et son élection a
montré qu’il était porté par une vraie adhésion du peuple
français, en opposition avec l’élection présidentielle
précédente en 2002.
Cette adhésion n’a cependant rien d’un plébiscite ou d’une
confiance aveugle comme l’ont démontré les récentes
élections législatives.
Deux faits sont frappants : les Français ont élu un immigré
de deuxième génération sans que cette question ne fasse
l’objet du moindre débat et le président élu a réinstallé
l’idée de nation dans la vie publique.
Cette idée de nation dont les horreurs de plusieurs guerres
ont appris aux peuples à se
méfier.
Il n’est pas simple de se faire une idée d’un président
politicien habile et qui a réconcilié ce que la droite
française nommait le pays légal et le pays réel. Le présent
auteur qui connaît Nicolas Sarkozy et sa famille et
entretenant avec lui des relations confiantes sait mieux que
d’autres juger cette forte personnalité dont l’habileté
politique ne doit pas faire oublier que c’est un homme de
convictions à la personnalité affirmée.
Prenons la question de l’immigration, problème aux
dimensions morales, politiques et économiques : dès ses
premiers actes Nicolas Sarkozy montre clairement comment il
veut gouverner.
Une partie des Français craint l’immigration comme un
vecteur de déséquilibre et d’insécurité. Nicolas Sarkozy,
lui, lie carrément les questions de l’immigration à celles
de l’identité nationale.
Depuis quelques années on a vu apparaître en France des
secrétaires d’Etat directement issus de l’immigration pour
s’occuper de ces questions. Nicolas Sarkozy a rejeté cette
pratique pour ce qu’elle était, une forme de ghettoïsation
(les Français disent : les Arabes s’occupent des Arabes). Il
a créé un ministère et non un secrétariat d’Etat et l’a
placé sous la direction de l’un de ses fidèles, Brice
Hortefeux, un Français de souche
ancienne (un « Gaulois » comme on dit en France, non sans
humour).
Il y a là un double symbole : la reconnaissance du fait que
la plupart des 10 millions d’immigrés sont maintenant des
Français comme les autres, puisque le ministre en charge est
un Français de vieille souche et la reconnaissance du fait
que l’intégration d’une telle masse de population (1/6e de
la population française) pose des problèmes réels tant
économiques que moraux. Ces symboles ne viennent pas d’une
gauche « généreuse », mais d’un pragmatique de droite.
Ce président ignore les faux fuyants et nous rappelle que,
ministre, il a œuvré pour la création d’un conseil
représentatif des musulmans de France et s’est fermement
positionné pour la construction de mosquées.
Dans le même temps il dessine les contours d’une politique
du vivre ensemble en fixant les devoirs des étrangers
entrant en France pour y rester et leur donne un symbole
éclatant de ce que le génie français peut leur offrir : une
immigrée de deuxième génération,
Rachida Dati, de famille
laborieuse, de père marocain et de mère algérienne, de
confession musulmane est devenue ministre de la Justice,
l’un des ministères névralgiques de tout Etat.
Nicolas Sarkozy indique clairement que le temps du ghetto
est terminé.
Nicolas Sarkozy nous suggère d’abandonner les grands
discours idéologiques pour constater qu’un pays déséquilibré
par une immigration mal contrôlée finira par ne plus pouvoir
accueillir d’immigrés du tout.
Nous-mêmes, Egyptiens, avons en commun avec la France de
constituer une très ancienne nation et partageons le fait
d’apparaître comme un havre de paix et de tolérance aux yeux
de nos voisins immédiats, en proie aux horreurs des guerres,
de l’intolérance et de la pauvreté. Les effets de cette
immigration commencent à se faire sentir en termes de
logement et économiques. C’est paradoxalement dans un
domaine aussi controversé que l’immigration que se dessine
clairement une communauté d’intérêts entre nos deux pays.
Parce qu’il y a les mots et parce qu’il y a les choses.