L’Etat et la religion : l’exemple turc
Wahid
Abdel-Méguid
Politologue
L’élite politique et culturelle du monde musulman a du mal à
croire que leur pays, appelés à s’élancer vers l’avant,
continuent au contraire à faire du surplace en abordant avec
beaucoup d’hésitation la question de la relation
Etat-religion jusqu’au jour où
elle trouvera une solution à ce problème.
Certains ne sont pas encore prêts à opter pour le dialogue
franc et sérieux susceptible d’aboutir à un compromis en
fonction des conjonctures et des enjeux dans chaque pays, de
la Turquie, en passant par l’Algérie, l’Egypte et la Syrie.
D’autres connaissent bien l’importance du dialogue, mais ne
sont pas disposés à en payer le prix. En d’autres termes,
personne ne veut faire des concessions pour se rapprocher de
l’autre.
Enfin, il y a ceux qui n’ont aucune confiance en l’autre.
Raison pour laquelle aucun dialogue n’est envisageable.
Il s’agit en fait ici d’un problème récurrent dans la
relation entre les régimes au pouvoir, les partis, les
forces nationales, libérales et de gauche d’une part, et les
mouvements de l’islam politique de l’autre.
Malgré l’avancée relative de leur discours politique les
dernières années, la plupart de ces mouvements n’ont pas
incité à la confiance. Ce qui le plus pousse au doute quant
à leurs intentions, c’est que leur discours, malgré une
évolution relative durant ces dix dernières années,
est perturbé parfois et contradictoire d’autres fois.
Cette situation engendre inévitablement une tension sur la
scène politique dans certains pays, voire même des batailles
successives dans d’autres, à travers le monde musulman.
Même dans les cas où il y aurait une évolution et une
possibilité d’accumulation pour aller de l’avant, au lieu du
surplace, il paraît vite qu’il n’est pas possible de passer
outre la question cruciale de l’Etat et la religion.
La Turquie est témoin. Elle avait semblé avoir enfin trouvé
son élan après l’accession au pouvoir du Parti de la Justice
et du développement d’obédience islamique et sa cohabitation
avec les forces qui se veulent gardiennes du régime laïque.
Certains ont pensé que la Turquie s’est élancée sans avoir
eu recours à un compromis clair sur les divergences autour
de la relation entre l’Etat et la religion. Cela s’est
conforté par le succès du gouvernement d’obédience à trouver
des solutions aux problèmes économiques structurels et à
introduire des réformes concrètes.
Bien que cette réalisation turque ait été prometteuse et
soit considérée comme un modèle de réforme économique à
suivre, il ne l’est pas de même sur le plan politique : où
relation Etat/religion continue à se détériorer.
Les Turcs étaient divisés jusqu’à la moelle sur ce dossier,
et ce malgré le consensus apparent sur la continuité du
régime laïque. Les Turcs n’ont pas réussi à exploiter les
conjonctures favorables que le pays a connues pour engager
une entente entre les différents
tendances et courants politiques. Alors qu’une telle entente
était possible car les circonstances historiques étaient
propices. Une occasion s’était offerte pour une
réconciliation, difficile il est vrai, mais possible pour la
Turquie. Celle-ci s’apprêtait à parvenir à une
réconciliation historique, mais elle a échoué et le surplace
a resurgi avec la candidature du numéro deux du parti de la
Justice et du développement.
Le problème est toujours là et les Turcs ont simplement
réussi à déplacer la barrière terrible entre Etat et
religion donnant l’illusion d’une résolution du problème.
Rien n’est résolu, l’affrontement Etat/religion est
uniquement reporté. La situation est très grave, car le
conflit Etat/religion dont souffre le monde musulman peut
avoir des conséquences terribles.
Le problème qui se pose en Turquie aujourd’hui ne se situe
pas au niveau des procédures d’élection d’un nouveau
président, mais plutôt réside dans le conflit fondamental
que vit notre monde musulman de nos jours, celui de l’Etat
et de la religion .