Al-Ahram Hebdo, Opinion | Wahid Abdel-Méguid, L’Etat et la religion : l’exemple turc
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Opinion

L’Etat et la religion : l’exemple turc

Wahid Abdel-Méguid
Politologue
 

L’élite politique et culturelle du monde musulman a du mal à croire que leur pays, appelés à s’élancer vers l’avant, continuent au contraire à faire du surplace en abordant avec beaucoup d’hésitation la question de la relation Etat-religion jusqu’au jour où elle trouvera une solution à ce problème.

Certains ne sont pas encore prêts à opter pour le dialogue franc et sérieux susceptible d’aboutir à un compromis en fonction des conjonctures et des enjeux dans chaque pays, de la Turquie, en passant par l’Algérie, l’Egypte et la Syrie.

D’autres connaissent bien l’importance du dialogue, mais ne sont pas disposés à en payer le prix. En d’autres termes, personne ne veut faire des concessions pour se rapprocher de l’autre.

Enfin, il y a ceux qui n’ont aucune confiance en l’autre. Raison pour laquelle aucun dialogue n’est envisageable.

Il s’agit en fait ici d’un problème récurrent dans la relation entre les régimes au pouvoir, les partis, les forces nationales, libérales et de gauche d’une part, et les mouvements de l’islam politique de l’autre.

Malgré l’avancée relative de leur discours politique les dernières années, la plupart de ces mouvements n’ont pas incité à la confiance. Ce qui le plus pousse au doute quant à leurs intentions, c’est que leur discours, malgré une évolution relative  durant ces dix dernières années, est perturbé parfois et contradictoire d’autres fois.

Cette situation engendre inévitablement une tension sur la scène politique dans certains pays, voire même des batailles successives dans d’autres, à travers le monde musulman.

Même dans les cas où il y aurait une évolution et une possibilité d’accumulation pour aller de l’avant, au lieu du surplace, il paraît vite qu’il n’est pas possible de passer outre la question cruciale de l’Etat et la religion.

La Turquie est témoin. Elle avait semblé avoir enfin trouvé son élan après l’accession au pouvoir du Parti de la Justice et du développement d’obédience islamique et sa cohabitation avec les forces qui se veulent gardiennes du régime laïque.

Certains ont pensé que la Turquie s’est élancée sans avoir eu recours à un compromis clair sur les divergences autour de la relation entre l’Etat et la religion. Cela s’est conforté par le succès du gouvernement d’obédience à trouver des solutions aux problèmes économiques structurels et à introduire des réformes concrètes.

Bien que cette réalisation turque ait été prometteuse et soit considérée comme un modèle de réforme économique à suivre, il ne l’est pas de même sur le plan politique : où relation Etat/religion continue à se détériorer.

Les Turcs étaient divisés jusqu’à la moelle sur ce dossier, et ce malgré le consensus apparent sur la continuité du régime laïque. Les Turcs n’ont pas réussi à exploiter les conjonctures favorables que le pays a connues pour engager une entente entre les différents tendances et courants politiques. Alors qu’une telle entente était possible car les circonstances historiques étaient propices. Une occasion s’était offerte pour une réconciliation, difficile il est vrai, mais possible pour la Turquie. Celle-ci s’apprêtait à parvenir à une réconciliation historique, mais elle a échoué et le surplace a resurgi avec la candidature du numéro deux du parti de la Justice et du développement.

Le problème est toujours là et les Turcs ont simplement réussi à déplacer la barrière terrible entre Etat et religion donnant l’illusion d’une résolution du problème. Rien n’est résolu, l’affrontement Etat/religion est uniquement reporté. La situation est très grave, car le conflit Etat/religion dont souffre le monde musulman peut avoir des conséquences terribles.

Le problème qui se pose en Turquie aujourd’hui ne se situe pas au niveau des procédures d’élection d’un nouveau président, mais plutôt réside dans le conflit fondamental que vit notre monde musulman de nos jours, celui de l’Etat et de la religion . 

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