Erreurs fatales
Salama A. Salama
L’ex-président
américain Jimmy Carter a reconnu que l’Administration Bush,
Israël et l’Union européenne ont déployé tous leurs efforts
pour que cette situation chaotique dans les territoires
occupés soit irréversible sur le terrain. Depuis, la
divergence entre le Hamas et le Fatah grandit davantage, au
point d’arriver à « la division de la division ». Ou en
d’autres termes pour arriver à la séparation finale entre la
Cisjordanie et Gaza. D’ailleurs, aucune lueur d’espoir ne
paraît à l’horizon, et nous nous trouvons aujourd’hui devant
trois entités : Israël d’une part, l’Etat de Abbass d’une
autre et enfin l’émirat du Hamas.
Mais lorsque nous aurons fini de blâmer les autres, nous
devrons porter un plus grand intérêt aux erreurs fatales
commises par les dirigeants palestiniens et arabes. Nous
avons tous été témoins de la fuite des cagoulés du Fatah et
de leurs familles à destination d’Israël et vers le point de
passage d’Eretz, porte d’accès à la Cisjordanie. Alors que
les cagoulés du Hamas ont préservé leurs places après la
liquidation atroce qu’ils ont effectuée des forces du Fatah.
Entre-temps, Israël a saisi l’occasion et n’a cessé
d’assassiner les cadres palestiniens du Fatah et autres.
Aussi, avons-nous vu comment toutes les factions
palestiniennes ont écrasé de leurs pieds l’union nationale
et l’histoire d’une longue lutte pour établir un Etat
indépendant.
Comme il est de coutume chez les Arabes, les deux parties se
sont mises à échanger les accusations, consacrant davantage
les divisions. Alors que parallèlement des transactions ont
lieu entre Bush et Olmert en vue d’achever le partage de ce
qui reste des territoires palestiniens en des parties
isolées et cantons. De son côté, Abou-Mazen n’obtiendra rien
des promesses illusoires faites par Olmert à Charm Al-Cheikh.
Il est certain que la consécration du divorce politique
entre Gaza et la Cisjordanie sera de plus en plus nette avec
la poursuite de la rupture et le rejet du dialogue entre le
Fatah et le Hamas.
Plus
l’appui financier et politique au gouvernement d’urgence se
multiplie et plus le gouvernement banni à Gaza est isolé,
plus les sentiments d’animosité entre les deux camps
gagneront en ampleur. Et par conséquent, la fragilité des
forces palestiniennes sera davantage mise en exergue.
Il est
incontestable que la corruption qui s’est emparée du
mouvement de libération de la Palestine et qui a atteint les
racines même ont anéanti totalement l’esprit noble de la
résistance pour faire d’elle une source de gagne-pain. Les
régimes arabes, de leur côté, ont alimenté cette situation
puis l’ont instrumentalisée pour servir leurs propres
intérêts et pour éclipser leurs défaites. La corruption a
atteint un degré incontournable au point qu’une large
tranche des partisans du Hamas et du Fatah sont devenus
membres des formations sécuritaires dont la mission est
d’assurer la garde de leurs directions et de se venger de
leurs adversaires. Et non pas de veiller à la sécurité du
peuple palestinien, facilitant ainsi la tâche au Mossad pour
transpercer les factions palestiniennes et les manipuler. Ce
qui justifie les accusations échangées entre les deux
parties.
Malgré
tout cela, la joie qui a gagné Bush et Olmert avec
l’approche de la réalisation de leurs objectifs longuement
prônés se dissipera, une fois que le président américain
découvrira l’échec de ses politiques consistant à armer le
Fatah et à asséner un coup dur au Hamas. D’ailleurs, ni
Abbass ni quiconque n’approuvera ni cette séparation
politique entre Gaza et la Cisjordanie, ni encore
l’engagement dans des négociations en cours d’élaboration,
consistant à faire prévaloir le principe de « la Cisjordanie
d’abord ».
Personne
ne peut prévoir ce qui adviendra dans un avenir proche.
Cependant, l’échec de l’Administration Bush dans la région
entraînera inévitablement l’échec des politiques arabes. Si
un miracle n’est pas réalisé à la lumière duquel les
Palestiniens reprendront conscience de la nécessité de
retrouver leur unité, nous continuerons à piétiner dans une
situation des plus chaotiques et des plus divisées. Une
conjoncture qui engendrera davantage de misères et une
dépendance palestinienne inconditionnée des aides
alimentaires. Le spectre d’une autre Somalie, d’un autre
Iraq ? Pourquoi pas ?