La
victoire vide de sens
et
la défaite mobilisatrice !
Mohamed Salmawy
Les
Israéliens doivent se réjouir de notre vénérable presse qui
a saisi l’occasion du 40e anniversaire de la guerre de 1967
pour taxer l’Egypte de tout ce qui est susceptible de
démoraliser son peuple, en faisant croire qu’il n’est pas à
la hauteur des Israéliens, lesquels lui ont infligé une
cuisante défaite qu’ils ont toujours du mal à dépasser.
Il est étrange que cela intervienne à un moment où la presse
occidentale et israélienne évoquent
l’inanité de la victoire vide de sens remportée par Israël
en 1967, qui ne lui a pas permis d’atteindre ses objectifs
dans la région. Qui plus a compliqué davantage le conflit, à
tel point que le règlement est devenu aujourd’hui plus que
jamais hors de portée.
En lisant les journaux égyptiens et en regardant les chaînes
satellites depuis le début du mois de juin, l’on constate
qu’ils ont ignoré la guerre d’octobre 1973, et que leur
mémoire s’est arrêtée à juin 1967. Nous avons l’impression
qu’ils ne veulent pas que la mémoire du peuple dépasse cette
date, et souhaitent qu’elle reste prisonnière de cette
guerre et de ses événements. L’image de l’armée égyptienne,
celle des médias et de l’Etat à cette époque, transmise par
ces journaux et chaînes, paraisse tellement naïve au point
de véhiculer une vision honteusement superficielle. Quel est
l’objectif que servent de tels écrits ou émissions ?
S’agit-il de règlements de compte avec la révolution de
juillet 1952 ? Ou bien s’agit-il tout simplement de la quête
de la presse écrite et des médias de sujets brûlants qui
font vendre ? Quel que soit l’objectif recherché, il n’en
demeure pas moins que ce qu’ont répété nos médias tout au
long d’un mois, en maximisant la victoire militaire
israélienne de 1967 et en minimisant la performance
égyptienne, n’a pas d’équivalent dans la presse israélienne
même.
Le
quotidien Haaretz a récemment publié une longue enquête sur
la guerre de 1967 dans laquelle il a indiqué que la victoire
militaire d’Israël en 1967 est responsable des maux qu’il
vit aujourd’hui. Cause : un recul des forces politiques qui
étaient disposées à dialoguer avec les Arabes et une montée
en puissance des extrémistes. Cela qui s’est accompagné
d’une montée de l’extrémisme religieux a saisi l’occasion
pour souligner que cette victoire militaire démontre la
véracité de la promesse divine concernant la terre promise
au peuple juif. Il en a résulté également la multiplication
des colonies de peuplement juif sur l’ensemble des
territoires occupés, qui sont aujourd’hui le plus grand
obstacle à un règlement politique. Un obstacle qui ne se
résume pas à la simple existence des colonies, mais
s’explique, selon le journal israélien, par le fait que ces
colonies ont fait naître toute une génération de colons plus
intransigeants et plus fanatiques que celle qui l’a
précédée.
La revue britannique The
Economist a choisi de faire sa
couverture sur l’anniversaire de la guerre de 1967, et de
titrer : « La victoire perdue d’Israël ». Elle a précisé que
l’occupation des territoires arabes et notamment la bande de
Gaza, la Cisjordanie, et Jérusalem-Est, a unifié les
Palestiniens qui ne pouvaient pas se connecter à travers ces
territoires avant la guerre. Et parce que cette unification
a eu lieu sous le joug israélien, « elle les a mobilisés
contre l’occupation israélienne et a cristallisé leur lutte
pour l’établissement de leur Etat indépendant ».
D’autre part, l’annexion par Israël des territoires occupés
a contribué à changer la nature démographique d’Israël.
L’objectif de son établissement était la création d’un Etat
pour les juifs et non pas un Etat juif, où vivent aussi des
non-juifs. La preuve en est que
le livret publié par Théodore Hertzel,
le père fondateur du sionisme, était intitulé Der
Judenstatt ou l’Etat des juifs.
Désignant en d’autres termes un Etat qui ne compte que des
habitants juifs et non pas un Etat juif. Ce qui veut dire
que c’est l’Etat qui est qualifié de juif alors que ses
habitants peuvent compter parmi eux des
non-juifs.
Mais l’occupation des territoires arabes en 1967 a
transformé l’Etat de Hertzel
d’un Etat pour les juifs à un Etat juif, dont les frontières
renferment une majorité d’Arabes dont il serait difficile de
se débarrasser.
L’occupation militaire en 1967 a également transformé le
conflit d’une guerre entre armées régulières en des actes de
violence perpétrés par des individus ou des groupes contre
Israël et ses habitants. Un genre de conflit qu’Israël ne
peut pas gagner. Ainsi la théorie militaire selon laquelle
la profondeur stratégique est capable de protéger Israël est
devenue caduque : les roquettes palestiniennes sont
aujourd’hui lancées à partir de la bande de Gaza contre l’Etat
hébreu.
La revue résume la question en soulignant qu’aucune armée
dans le monde ne peut faire face aux dangers qu’affronte
Israël aujourd’hui et qui sont les résultats directs de la
guerre de 1967 et de son occupation des territoires arabes
tout au long des 40 dernières années.
La plus grande critique adressée par la presse israélienne à
la guerre a été écrite dans Yediot
Aharonot, qui a souligné que la
guerre de 1967 était une aventure militaire
non-calculée et, qu’en cas de
son échec, elle aurait pu anéantir l’Etat d’Israël, car les
lignes d’approvisionnement s’étaient trop étirées, ce qui a
exposé Israël à un danger mortel. En cas de frappe militaire
de ces lignes, l’Etat hébreu serait devenu l’otage de ses
ennemis. Le quotidien a indiqué que la victoire militaire
brillante de juin 1967 était donc inattendue. Mais que ce
triomphe n’a pas permis de faire avancer d’un pouce la cause
de la paix.
Où en sont nos médias de ce genre d’analyses ? Si nous
portons un regard sur nos médias à l’occasion du 40e
anniversaire de l’occupation des territoires occupés, nous
verrons tout ce qui exprime le sentiment d’infériorité et
qui incite au mépris du soi-même. Chose que je n’ai trouvée
ni dans la presse israélienne, ni dans la presse occidentale
.