Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy , La victoire vide de sens et la défaite mobilisatrice ! 
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Opinion

La victoire vide de sens et la défaite mobilisatrice !  

Mohamed Salmawy  

Les Israéliens doivent se réjouir de notre vénérable presse qui a saisi l’occasion du 40e anniversaire de la guerre de 1967 pour taxer l’Egypte de tout ce qui est susceptible de démoraliser son peuple, en faisant croire qu’il n’est pas à la hauteur des Israéliens, lesquels lui ont infligé une cuisante défaite qu’ils ont toujours du mal à dépasser. 

Il est étrange que cela intervienne à un moment où la presse occidentale et israélienne évoquent l’inanité de la victoire vide de sens remportée par Israël en 1967, qui ne lui a pas permis d’atteindre ses objectifs dans la région. Qui plus a compliqué davantage le conflit, à tel point que le règlement est devenu aujourd’hui plus que jamais hors de portée.

En lisant les journaux égyptiens et en regardant les chaînes satellites depuis le début du mois de juin, l’on constate qu’ils ont ignoré la guerre d’octobre 1973, et que leur mémoire s’est arrêtée à juin 1967. Nous avons l’impression qu’ils ne veulent pas que la mémoire du peuple dépasse cette date, et souhaitent qu’elle reste prisonnière de cette guerre et de ses événements. L’image de l’armée égyptienne, celle des médias et de l’Etat à cette époque, transmise par ces journaux et chaînes, paraisse tellement naïve au point de véhiculer une vision honteusement superficielle. Quel est l’objectif que servent de tels écrits ou émissions ? S’agit-il de règlements de compte avec la révolution de juillet 1952 ? Ou bien s’agit-il tout simplement de la quête de la presse écrite et des médias de sujets brûlants qui font vendre ? Quel que soit l’objectif recherché, il n’en demeure pas moins que ce qu’ont répété nos médias tout au long d’un mois, en maximisant la victoire militaire israélienne de 1967 et en minimisant la performance égyptienne, n’a pas d’équivalent dans la presse israélienne même.

Le quotidien Haaretz a récemment publié une longue enquête sur la guerre de 1967 dans laquelle il a indiqué que la victoire militaire d’Israël en 1967 est responsable des maux qu’il vit aujourd’hui. Cause : un recul des forces politiques qui étaient disposées à dialoguer avec les Arabes et une montée en puissance des extrémistes. Cela qui s’est accompagné d’une montée de l’extrémisme religieux a saisi l’occasion pour souligner que cette victoire militaire démontre la véracité de la promesse divine concernant la terre promise au peuple juif. Il en a résulté également la multiplication des colonies de peuplement juif sur l’ensemble des territoires occupés, qui sont aujourd’hui le plus grand obstacle à un règlement politique. Un obstacle qui ne se résume pas à la simple existence des colonies, mais s’explique, selon le journal israélien, par le fait que ces colonies ont fait naître toute une génération de colons plus intransigeants et plus fanatiques que celle qui l’a précédée.

La revue britannique The Economist a choisi de faire sa couverture sur l’anniversaire de la guerre de 1967, et de titrer : « La victoire perdue d’Israël ». Elle a précisé que l’occupation des territoires arabes et notamment la bande de Gaza, la Cisjordanie, et Jérusalem-Est, a unifié les Palestiniens qui ne pouvaient pas se connecter à travers ces territoires avant la guerre. Et parce que cette unification a eu lieu sous le joug israélien, « elle les a mobilisés contre l’occupation israélienne et a cristallisé leur lutte pour l’établissement de leur Etat indépendant ».

D’autre part, l’annexion par Israël des territoires occupés a contribué à changer la nature démographique d’Israël. L’objectif de son établissement était la création d’un Etat pour les juifs et non pas un Etat juif, où vivent aussi des non-juifs. La preuve en est que le livret publié par Théodore Hertzel, le père fondateur du sionisme, était intitulé Der Judenstatt ou l’Etat des juifs. Désignant en d’autres termes un Etat qui ne compte que des habitants juifs et non pas un Etat juif. Ce qui veut dire que c’est l’Etat qui est qualifié de juif alors que ses habitants peuvent compter parmi eux des non-juifs.

Mais l’occupation des territoires arabes en 1967 a transformé l’Etat de Hertzel d’un Etat pour les juifs à un Etat juif, dont les frontières renferment une majorité d’Arabes dont il serait difficile de se débarrasser.

L’occupation militaire en 1967 a également transformé le conflit d’une guerre entre armées régulières en des actes de violence perpétrés par des individus ou des groupes contre Israël et ses habitants. Un genre de conflit qu’Israël ne peut pas gagner. Ainsi la théorie militaire selon laquelle la profondeur stratégique est capable de protéger Israël est devenue caduque : les roquettes palestiniennes sont aujourd’hui lancées à partir de la bande de Gaza contre l’Etat hébreu.

La revue résume la question en soulignant qu’aucune armée dans le monde ne peut faire face aux dangers qu’affronte Israël aujourd’hui et qui sont les résultats directs de la guerre de 1967 et de son occupation des territoires arabes tout au long des 40 dernières années.

La plus grande critique adressée par la presse israélienne à la guerre a été écrite dans Yediot Aharonot, qui a souligné que la guerre de 1967 était une aventure militaire non-calculée et, qu’en cas de son échec, elle aurait pu anéantir l’Etat d’Israël, car les lignes d’approvisionnement s’étaient trop étirées, ce qui a exposé Israël à un danger mortel. En cas de frappe militaire de ces lignes, l’Etat hébreu serait devenu l’otage de ses ennemis. Le quotidien a indiqué que la victoire militaire brillante de juin 1967 était donc inattendue. Mais que ce triomphe n’a pas permis de faire avancer d’un pouce la cause de la paix.

Où en sont nos médias de ce genre d’analyses ? Si nous portons un regard sur nos médias à l’occasion du 40e anniversaire de l’occupation des territoires occupés, nous verrons tout ce qui exprime le sentiment d’infériorité et qui incite au mépris du soi-même. Chose que je n’ai trouvée ni dans la presse israélienne, ni dans la presse occidentale .

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