Liban .
Attentat contre la Finul, combats entre l’armée libanaise et
le Fatah Al-Islam, échec de la
visite de la délégation arabe, le pays connaît le pire
scénario.
Les protagonistes se tournent le dos
De mal en pis. Rien de mieux ne peut qualifier la situation
dégradée au Liban. Tant sur le plan militaire que
diplomatique, la détérioration est très ressentie. Dimanche,
un attentat a visé les soldats du contingent espagnol de la
Finul, le premier à viser les Casques bleus depuis la fin de
la guerre entre Israël et le Hezbollah chiite de l’été 2006.
Selon le gouvernement libanais, il y a un lien entre
l’attentat contre la Force intérimaire de l’Onu au
Sud-Liban et les combats entre
l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam
dans le nord du pays. Des sources judiciaires libanaises
avaient indiqué début juin que le Fatah
Al-Islam, engagé dans des affrontements avec l’armée
depuis le 20 mai, projetait de s’en prendre à la Finul,
citant des aveux d’islamistes arrêtés. Le Liban est secoué
par des violences, notamment dans le nord où l’armée est
engagée depuis le 20 mai dans des affrontements avec le
groupe islamiste du Fatah Al-Islam.
Sur le plan diplomatique, rien ne permet d’envisager une
amélioration de la situation. Et pour cause le résultat de
la visite de quatre jours, effectuée par la délégation arabe
au Liban, était décevant. Certains y voient un retour à la
case départ. Le secrétaire général de la Ligue arabe a
affirmé vendredi à Beyrouth qu’il n’était pas parvenu à
dégager un accord entre la majorité anti-syrienne et
l’opposition, alliée de la Syrie et de l’Iran sur la relance
du dialogue inter-libanais.
« Des idées et des thèses proposées aujourd’hui ont retardé
la possibilité d’atteindre une entente » entre la majorité
et l’opposition pour la relance du dialogue interrompu en
juillet 2006, a dit M. Amr Moussa lors d’une conférence de
presse peu avant son départ.
Il a cependant affirmé que les entretiens de sa délégation à
Beyrouth ont permis des avancées sur les « dossiers chauds
qui sont posés : à savoir la formation d’un gouvernement
d’union nationale et la garantie de la tenue de l’élection
présidentielle prévue en septembre ». C’est peut-être le
seul point positif de la visite. M. Moussa a fait savoir que
toutes les parties étaient « pour un gouvernement d’union
nationale », et qu’il ne faisait pas face à deux projets
antagonistes.
Mais ce sont les divergences qui prévalent. De quoi ouvrir
la porte à des interventions extérieures accrues sur la
scène politique libanaise.
L’opposition comprenant le Hezbollah chiite, le mouvement
chiite Amal du chef du Parlement
Nabih Berri et celui du général
chrétien Michel Aoun, veut comme préalable au dialogue la
constitution d’un gouvernement d’union, dans lequel elle
bénéficierait d’une minorité de blocage.
La majorité anti-syrienne, qui comprend notamment le leader
druze, le député Walid Joumblatt et le chef du parti
chrétien des Forces Libanaises (FL), Samir
Geagea, veut obtenir de
l’opposition qu’elle s’engage à approuver des mesures pour
sécuriser les frontières avec la Syrie, accusée de
déstabiliser le Liban. Elle exige également avant la
formation d’un gouvernement d’union un engagement de
l’opposition sur sa participation à la séance de l’élection
du président de la République afin que le quorum requis soit
atteint.
Damas pointé du doigt
Selon un diplomate arabe qui a participé aux négociations,
c’est l’opposition qui est responsable de cet échec. « Alors
que la proposition du secrétaire général de la Ligue arabe
de renouer le dialogue faisait son chemin, l’opposition a
exigé la formation d’un gouvernement d’union sans
conditions, refusant de donner les garanties demandées par
le pouvoir sur la pérennité de ce gouvernement et la tenue
de l’élection présidentielle », le 25 septembre pour
remplacer le président prosyrien, Emile
Lahoud.
Selon lui, le président du Parlement,
Nabih Berri, mandaté pour parler au nom de
l’opposition, a souligné le rôle incontournable de la Syrie.
Plusieurs ministres ont ainsi rejeté sur la Syrie la
responsabilité de l’échec de la médiation arabe. Pour la
ministre des Affaires sociales, Nayla
Moawad, « les instructions
syriennes ont provoqué la volte-face de l’opposition ».
« C’est une gifle syrienne aux Arabes », a affirmé le
ministre de la Communication, Marwan
Hamadé, en allusion aux propos
du vice-président syrien, Farouk
Al-Chareh qui a confirmé que les alliés de la Syrie
au Liban sont puissants.
Analystes comme politologues voient que le refus de
l’opposition de l’initiative arabe est faite sur injonction
syrienne. Damas et Téhéran ont dit non. L’opposition, par le
biais notamment de MM. Berry et
Nasrallah, se sont
empressés de suivre.
Dès lors, l’évocation d’une reprise du dialogue
inter-libanais n’a aucun sens et
n’apporte aucune éclaircie, tant que l’«
immixtionnisme » syrien a cours.
Outre le rôle incontestable syrien, la visite de la
délégation arabe a mis en évidence une certaine faiblesse de
la Ligue arabe. Car, comme l’a d’ailleurs fait remarquer le
chef de la Gauche démocratique, le député Elias
Atallah, la Ligue arabe se
devait de se comporter en arbitre et non pas en simple
médiateur.
Le Liban est donc réellement, une fois de plus, dans une
phase critique qui dépendra largement de l’attitude que
décidera d’adopter la communauté internationale à l’égard de
la Syrie. Ainsi ne faut-il pas perdre de vue que la Ligue
arabe n’était peut-être que le premier pas de
l’internationalisation du problème endémique
libano-syrien. D’ailleurs, la
Ligue compte présenter un rapport sur la teneur des
obstacles ayant empêché la relance du dialogue
inter-libanais. Peut-être
l’étape ultime avant de passer au stade supérieur : celui de
l’Onu, sans doute l
Rania
Adel