Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Les protagonistes se tournent le dos
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Liban . Attentat contre la Finul, combats entre l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam, échec de la visite de la délégation arabe, le pays connaît le pire scénario.

Les protagonistes se tournent le dos

De mal en pis. Rien de mieux ne peut qualifier la situation dégradée au Liban. Tant sur le plan militaire que diplomatique, la détérioration est très ressentie. Dimanche, un attentat a visé les soldats du contingent espagnol de la Finul, le premier à viser les Casques bleus depuis la fin de la guerre entre Israël et le Hezbollah chiite de l’été 2006. Selon le gouvernement libanais, il y a un lien entre l’attentat contre la Force intérimaire de l’Onu au Sud-Liban et les combats entre l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam dans le nord du pays. Des sources judiciaires libanaises avaient indiqué début juin que le Fatah Al-Islam, engagé dans des affrontements avec l’armée depuis le 20 mai, projetait de s’en prendre à la Finul, citant des aveux d’islamistes arrêtés. Le Liban est secoué par des violences, notamment dans le nord où l’armée est engagée depuis le 20 mai dans des affrontements avec le groupe islamiste du Fatah Al-Islam.

Sur le plan diplomatique, rien ne permet d’envisager une amélioration de la situation. Et pour cause le résultat de la visite de quatre jours, effectuée par la délégation arabe au Liban, était décevant. Certains y voient un retour à la case départ. Le secrétaire général de la Ligue arabe a affirmé vendredi à Beyrouth qu’il n’était pas parvenu à dégager un accord entre la majorité anti-syrienne et l’opposition, alliée de la Syrie et de l’Iran sur la relance du dialogue inter-libanais.

« Des idées et des thèses proposées aujourd’hui ont retardé la possibilité d’atteindre une entente » entre la majorité et l’opposition pour la relance du dialogue interrompu en juillet 2006, a dit M. Amr Moussa lors d’une conférence de presse peu avant son départ.

Il a cependant affirmé que les entretiens de sa délégation à Beyrouth ont permis des avancées sur les « dossiers chauds qui sont posés : à savoir la formation d’un gouvernement d’union nationale et la garantie de la tenue de l’élection présidentielle prévue en septembre ». C’est peut-être le seul point positif de la visite. M. Moussa a fait savoir que toutes les parties étaient « pour un gouvernement d’union nationale », et qu’il ne faisait pas face à deux projets antagonistes.

Mais ce sont les divergences qui prévalent. De quoi ouvrir la porte à des interventions extérieures accrues sur la scène politique libanaise.

L’opposition comprenant le Hezbollah chiite, le mouvement chiite Amal du chef du Parlement Nabih Berri et celui du général chrétien Michel Aoun, veut comme préalable au dialogue la constitution d’un gouvernement d’union, dans lequel elle bénéficierait d’une minorité de blocage.

La majorité anti-syrienne, qui comprend notamment le leader druze, le député Walid Joumblatt et le chef du parti chrétien des Forces Libanaises (FL), Samir Geagea, veut obtenir de l’opposition qu’elle s’engage à approuver des mesures pour sécuriser les frontières avec la Syrie, accusée de déstabiliser le Liban. Elle exige également avant la formation d’un gouvernement d’union un engagement de l’opposition sur sa participation à la séance de l’élection du président de la République afin que le quorum requis soit atteint.

 

Damas pointé du doigt

Selon un diplomate arabe qui a participé aux négociations, c’est l’opposition qui est responsable de cet échec. « Alors que la proposition du secrétaire général de la Ligue arabe de renouer le dialogue faisait son chemin, l’opposition a exigé la formation d’un gouvernement d’union sans conditions, refusant de donner les garanties demandées par le pouvoir sur la pérennité de ce gouvernement et la tenue de l’élection présidentielle », le 25 septembre pour remplacer le président prosyrien, Emile Lahoud.

Selon lui, le président du Parlement, Nabih Berri, mandaté pour parler au nom de l’opposition, a souligné le rôle incontournable de la Syrie.

Plusieurs ministres ont ainsi rejeté sur la Syrie la responsabilité de l’échec de la médiation arabe. Pour la ministre des Affaires sociales, Nayla Moawad, « les instructions syriennes ont provoqué la volte-face de l’opposition ».

« C’est une gifle syrienne aux Arabes », a affirmé le ministre de la Communication, Marwan Hamadé, en allusion aux propos du vice-président syrien, Farouk Al-Chareh qui a confirmé que les alliés de la Syrie au Liban sont puissants.

Analystes comme politologues voient que le refus de l’opposition de l’initiative arabe est faite sur injonction syrienne. Damas et Téhéran ont dit non. L’opposition, par le biais notamment de MM. Berry et Nasrallah, se sont empressés de suivre.

Dès lors, l’évocation d’une reprise du dialogue inter-libanais n’a aucun sens et n’apporte aucune éclaircie, tant que l’« immixtionnisme » syrien a cours.

Outre le rôle incontestable syrien, la visite de la délégation arabe a mis en évidence une certaine faiblesse de la Ligue arabe. Car, comme l’a d’ailleurs fait remarquer le chef de la Gauche démocratique, le député Elias Atallah, la Ligue arabe se devait de se comporter en arbitre et non pas en simple médiateur.

Le Liban est donc réellement, une fois de plus, dans une phase critique qui dépendra largement de l’attitude que décidera d’adopter la communauté internationale à l’égard de la Syrie. Ainsi ne faut-il pas perdre de vue que la Ligue arabe n’était peut-être que le premier pas de l’internationalisation du problème endémique libano-syrien. D’ailleurs, la Ligue compte présenter un rapport sur la teneur des obstacles ayant empêché la relance du dialogue inter-libanais. Peut-être l’étape ultime avant de passer au stade supérieur : celui de l’Onu, sans doute l

Rania Adel

 

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