Rafah .
Située à la frontière de la bande de Gaza, elle est le lieu
de refuge de milliers de Palestiniens sans-abri bloqués
depuis deux semaines après la fermeture du terminal. Ils
vivent en majorité dans des conditions déplorables.
Reportage.
La capitale de la désolation
Un
journaliste à Rafah ? C’est bien compliqué. Voire interdit.
L’état d’urgence a été décrété par les autorités il y a deux
semaines, lorsque le Hamas a pris le contrôle de Gaza et que
le terminal a été fermé. Comme d’habitude, cette ville,
située aux frontières
égypo-palestiniennes, se ressent toujours des crises
politiques qui surviennent dans les territoires occupés, et
depuis le 14 juin, des milliers de Palestiniens y sont
bloqués.
Bien qu’il soit midi, c’est le calme total. On ne voit rien
au-delà à cause des géants portails noirs cadenassés par des
chaînes. De plus, les policiers empêchent toute personne de
s’approcher et refusent même de répondre aux questions : Où
pouvons-nous rencontrer les membres des forces de sécurité
du Fatah qui se sont réfugiés à Rafah fuyant les balles du
Hamas ? Où sont ces citoyens palestiniens qui attendent
l’ouverture du terminal pour rentrer chez eux ? Qui s’occupe
de ces réfugiés ? Pas de réponse, on fait la sourde oreille.
Un quart d’heure d’attente. Rien ne change. Tout à coup, les
portes s’ouvrent et un fonctionnaire juché sur sa moto
s’avance. Celui-ci représente pour nous la seule lueur
d’espoir pour savoir ce qui se passe au-delà de ces
barrières. « Il n’y a personne dedans sauf nous », déclare
Aziz, qui travaille au service des télécommunications au
terminal. « Tous les Palestiniens qui avaient été retenus
dans l’attente de passer à Gaza,
ont été évacués il y a deux semaines. Depuis, personne ne
peut pénétrer. Ils sont tous dispersés dans les quatre coins
de la ville », ajoute Aziz qui propose de nous amener dans
un de ces coins : le camp de la sécurité centrale.
Du luxe à la misère
Situé à une dizaine de kilomètres du terminal, et
précisément dans la rue Al-Imam
Ali, le camp de la sécurité centrale regroupe environ 300
activistes du Fatah. Des membres de leur famille font la
queue à l’entrée du camp dans l’attente d’avoir la
permission d’accès pour rencontrer leurs proches. Toujours
des portes énormes fermées et une stricte surveillance
policière qui empêche la présence des médias. C’est avec
difficulté qu’on arrive à parler avec ces personnes qui
portent des sacs en plastique emmenant des bouteilles d’eau,
des vêtements et de la nourriture à ces
Fathistes. Ceux-ci avaient livré leurs armes aux
autorités égyptiennes et restent confinés dans le camp,
sécurité oblige. « Chaque jour, nous venons voir nos
proches. D’habitude, on le fait. Mais aujourd’hui, on nous
l’interdit à cause de la présence des hauts responsables
égyptiens du ministère de l’Intérieur et des ONG, comme les
autorités nous l’affirment », explique l’un des proches qui
a requis l’anonymat. Il raconte que son cousin, un fidèle du
président Mahmoud Abbass, s’est
enfui avec d’autres vers l’Egypte, certains par mer et
d’autres à travers le terminal. Ils se sont livrés aux
autorités égyptiennes après avoir remis leurs armes. Il est
interrompu par des klaxons provenant d’un camion portant des
vivres et des nourritures de luxe aux
Fathistes ! Le camion est passé après avoir été bien
fouillé par les agents de police qui nous demandent de nous
éloigner d’ici.
En
sillonnant les rues de Rafah, nous sommes arrêtés par les
cris de trois personnes nous demandant de transporter un
malade. « Dieu vous accorde beaucoup de grâces, pouvez-vous
nous aider à amener ce malade au centre médical ? Nous
sommes des Palestiniens et nous n’avons pas d’argent », crie
l’homme en nous suppliant. Au centre hospitalier, le médecin
a examiné le patient qui souffrait de maux d’estomac : « Il
a bu de l’eau de mer et souffre de faiblesse », affirme le
médecin qui leur donne le médicament gratuitement tout en
ajoutant qu’il examine une dizaine de cas de Palestiniens
quotidiennement souffrant des mêmes symptômes. Dans un
bâtiment sous construction dépendant de la mosquée d’Al-Madina,
ces trois Palestiniens résident avec cinq autres familles
palestiniennes. A quelques mètres du camp « luxueux », ces
familles vivent à l’intérieur de ce bâtiment dans des
conditions déplorables. Sans vêtements, sans couverture,
privés des moindres éléments leur permettant de survivre,
ces familles ne trouvent rien pour vivre. Femmes, hommes et
enfants, tous dorment sur des tas de sable, privés de leurs
valises retenues dans le terminal, ils n’ont que les
vêtements qu’ils portent. « Nous les lavons dans la mosquée
et nous les portons mouillés. ce
qui rend malade », crie Salha.
Celle-ci, qui travaille avec son mari aux Emirats arabes
unis, est venue à Rafah pour passer les vacances avec sa
famille à Gaza. « Voilà que nous
sommes bloqués ici, sans aucun moyen. Nous vivons grâce aux
aides des citoyens de Rafah ou bien nous collectons des sous
pour acheter de la nourriture », ajoute-t-elle. En fait, ce
ne sont pas seulement ces personnes qui souffrent de ce
malaise, mais aussi l’équipe nationale palestinienne de boxe
composée de 6 joueurs qui participaient à un championnat en
Algérie et n’arrivent pas à rentrer à
Gaza. « Nous nous plaignons auprès de la Ligue arabe, au
Caire, mais en vain. Personne ne se soucie de régler nos
problèmes, croyant que nous sommes ici en paix, loin de la
bataille du Hamas », affirme Moustapha,
membre de l’équipe, en nous montrant des taches rouges sur
son corps provoquées par les insectes qui se trouvent dans
le sable où ils dorment. « Nous savons que ce n’est pas l’Egypte
qui bloque les frontières, mais nous voulons passer. Nous
appelons les autorités à intervenir pour ouvrir le terminal.
Que ce soit le Fatah ou le Hamas qui gouvernent Gaza, on
s’en désintéresse. Laissez-nous passer », dit un autre
réfugié qui a requis également l’anonymat. « Nous refusons
de déclarer nos noms car la police nous menace si l’on
s’adresse aux médias. Nous avons été chassés de la cafétéria
du terminal, où nous avions résidé, après avoir parlé avec
un journaliste », révèle-t-il.
Hamas ou la vie prospère
Tous critiquent, dénoncent leur situation, la discussion
s’est enflammée ... car ce groupe de familles ne trouvaient
d’autres que nous pour adresser leurs plaintes. A ce moment,
un autre Palestinien fait son apparition et nous propose de
l’accompagner pour rencontrer un troisième groupe de
familles palestiniennes.
Juste derrière le conseil municipal de Rafah se trouve la
maison du cheikh
Abdel-Sater Al-Ghalbane,
considéré comme le chef des Palestiniens qui résident à
Rafah et dont les signes de richesse sont bien clairs.
Dans sa maison huppée et bien équipée se regroupent dix
hommes de différents âges, barbus et ayant l’air sérieux
dans une grande terrasse. Il est facile de découvrir qu’ils
sont des partisans du Hamas. « Enfin, Gaza respire après
s’être débarrassée de l’insécurité et de l’instabilité dans
lesquelles elle vit depuis 2005 sous le Fatah »,
assurent-ils avant d’accorder la parole à leur chef, ne
l’interrompant que pour rejeter toute critique lancée contre
le Hamas. Ici, les demandes des Palestiniens bloqués
diffèrent. Ils ne cherchent ni nourriture, ni argent, ni
même un endroit pour dormir car ceci est fourni par le chef
« C’est moi qui leur offre tous leurs besoins. Je les laisse
résider gratuitement dans mes chalets qui se trouvent au
bord de la mer », déclare avec fierté
Abdel-Sater, qui, malgré son titre, n’a aucune
information au sujet des Palestiniens vivant dans la
rue , et vice-versa. Cette
ignorance n’est qu’un signe très clair que les Palestiniens
sont influencés par les conflits qui se déroulent
à Gaza. Ils sont à leur tour
divisés en trois : les Hamasis,
les Fathistes et puis la
majorité silencieuse qui paie toujours le prix des conflits
soit en Palestine, soit à Rafah l
Chérine
Abdel-Azim
Héba Nasreddine