Egypte-france .
Le CFCC fête les 25 ans de son Département de Traduction et
d’Interprétation (DTI), à l’heure
où
certains indices font état de difficultés pour cette
entreprise.
L’instrument d’un dialogue
Une
présentation des dernières parutions du DTI, un bilan des 25
ans en présence d’éditeurs et traducteurs égyptiens, et en
plus d’une exposition-vente d’ouvrages traduits ont eu lieu
pendant deux jours consécutifs au Centre Français de Culture
et de Coopération (CFCC) à Mounira les 26 et 27 juin. Ce
festival se tient également en parallèle avec les festivités
qui se déroulent ces jours-ci en France à l’occasion du 150e
anniversaire de la parution des Fleurs du mal de Charles
Baudelaire. Pour participer à cet événement, le Département
de Traduction et d’Interprétation (DTI) va présenter ce soir
en avant-première et en collaboration avec la maison
d’édition Al-Dar, la traduction des œuvres poétiques
complètes de Baudelaire, réalisée par le poète Rifaat Sallam
qui lira quelques vers, accompagnés au piano par Mohamad
Salah.
Le DTI lancera également 4 nouvelles traductions qui vont
être signalées lors du festival : Le Spleen de Paris, de
Charles Baudelaire, traduit par Béchir Al Sébaï (Dar Afaq),
La Voix et la pierre, anthologie d’Ives Bonnefoy, par
Mohamed Ben Saleh (Dar Afaq/Dar Al-Jamal), Histoire
culturelle de la France de la belle époque jusqu’à nos jours
de Pascal Goetschel et Emanuelle Loyer, traduit par
Moustapha Maher (Dar Aïn), et tome deuxième, livre 4 de
1922-1947 de La Question palestinienne, de Henry Laurens et
traduit par Béchir Al-Sébaï.
Etabli depuis l’année 1982, et transformé en 1992 en un
projet de soutien pour publication au nom de Taha Hussein,
financé par le ministère français des Affaires étrangères,
le DTI a pour objectif de promouvoir la diffusion des œuvres
françaises traduites en arabe en collaboration avec les
maisons d’édition arabes. Il dépend aussi des aides de
traduction fournies par le ministère français de Culture et
de Communication.
En
Egypte, avec un bilan de plus de 200 livres traduits sous
cinq directions successives, et 15 autres traduits vers le
français, le DTI fait face actuellement à un budget de plus
en plus restreint, ce qui influence négativement sa
production. Le produit de l’année dernière est juste de 17
livres et il n’avait jamais dépassé les 20 livres tout au
long des 25 ans de l’histoire du département. Le domaine de
l’histoire est dominant avec 32 % des livres traduits, suivi
par celui de la littérature (28 %), sciences sociales (24
%), philosophie (9 %) et sciences (7 %). Malheureusement,
les mécanismes internes du département entravent en quelque
sorte l’enchaînement du travail. Celui-ci est dépourvu d’une
secrétaire permanente et de correcteurs. Dounia Abou-Rachid,
directrice actuelle, doit terminer ses 4 ans de gestion fin
août et des rumeurs circulent que son successeur va se
charger du département tout en gardant son poste à
l’intérieur du CFCC.
Cela fait partie d’indices inquiétants qui dévoilent un
futur incertain pour une entreprise indispensable sur la
scène culturelle égyptienne.
Quant à la traduction des œuvres arabes vers le français,
elle avait lieu sous la direction de Richard Jacquemont de
1987 à 1994. Celle-ci s’est de plus en plus limitée pour
disparaître complètement. « Ceci est dû au fait que le
centre doit soutenir en premier lieu la diffusion du livre
français à travers sa traduction en arabe », explique Dounia
Abou-Rachid, directrice du DTI, tout en ajoutant : « On n’a
aucune autorité sur les maisons d’édition françaises pour
les obliger à publier des œuvres arabes traduites en
français. D’un autre côté, les efforts des pays arabes se
sont accentués dernièrement, afin de relancer la diffusion
de la traduction de leurs œuvres, ce qui a engendré un
certain équilibre ».
Pourtant, la collaboration du DTI avec le Centre national de
traduction auprès du Conseil suprême de la culture aurait dû
être une réussite. Des ouvrages importants ont été le fruit
de cette coopération, dont L’Université de tous les savoirs
(sous la direction d’Odile Jacob 2002) en 6 tomes, traduit
depuis 2005 jusqu’à cette année par un groupe de traducteurs
scientifiques égyptiens, La Question de Palestine d’Henry
Laurens en 4 tomes traduit par Béchir Al-Sébaï depuis 2005
jusqu’à présent. « Sans le soutien du ministère de la
Culture, on n’aurait pas pu réaliser ce travail d’une telle
importance », assure Dounia Abou-Rachid. Quant aux maisons
d’édition privées qui survivent au-delà des problèmes
financiers, elles ont trouvé secours auprès du DTI qui
finance les traductions et se charge de la moitié de celle
de la publication en cas de maisons d’édition à statut
financier médiocre. « Le DTI s’est rendu compte que la
sélection des livres traduits doit nous être laissée, car
c’est nous qui vendons et c’est nous qui savons le plus les
centres d’intérêts des lecteurs égyptiens », assure Qassem
Abdou Qassem, directeur de Dar Aïn, qui a publié avec le DTI
9 livres jusqu’à présent. « On ne peut pas les critiquer,
conclut le traducteur Béchir Al-Sébaï qui a travaillé avec
le DTI pour plus de 17 ans, car c’est une initiation
étrangère dans le champ culturel égyptien même si leur
production n’est pas comparée à leur représentation d’un
pays développé et parmi les éminents pays de culture
internationale ».
Et voilà un département de traduction qui essaye de survivre
malgré ses difficultés et qui espère avec la création
prochaine du Centre national de traduction que les choses
peuvent aller dans une meilleure voie l
Rania Hassanein