On s’attendait cette année à une remise des prix d’Etat plus
ou moins fade, notamment après l’ouverture de la session
sous la direction du ministre de la Culture Farouk Hosni.
Les débats engagés ne semblaient pas aussi passionnants que
ceux qui ont marqué ceux de la session précédente, qui
avaient témoigné de beaucoup d’animation. On s’attendait
donc à rester à l’ombre du statu quo généralisé ayant pour
but de satisfaire plus ou moins tout le monde. Primer le
grand poète Afifi
Matar qui atteint ses 72 ans,
candidat pour plus de 4 ans, et consacré dans nombre de pays
arabes, sauf dans son propre pays, était certes attendu et
le voilà lauréat du prix de l’Estime pour les lettres.
Mais la surprise est venue du choix de certains lauréats que
l’on croyait mis à l’écart. C’était le moment d’élire le
grand cinéaste de renommée mondiale Youssef Chahine et qui a
plus de 80 ans. Le poète Ahmad
Abdel-Moeti Hégazi, qui
était l’an dernier l’un des candidats les plus en vue pour
le grand prix Moubarak, ayant remporté le plus grand nombre
de voix après Hussein Nassar, et
n’a pas eu la faveur du jury cette année. Une surprise en
quelque sorte. Il fut dépassé en nombre de voix par
Ezzeddine Ismaïl, qui reçoit
ainsi le prix à titre posthume. Cette sélection s’intègre
dans une tendance exprimant du regret pour les gloires
disparues que l’on n’a pas su apprécier à temps. Cela fut le
cas, l’an dernier, pour le prix d’Estime de l’Etat pour les
lettres qui était allé à Mohamad
Moustagab. Une nostalgie, qui est celle de la
majorité des membres du jury, sans pour autant ôter de la
valeur au primé. En effet Ezzeddine
Ismaïl est une figure éminente de la littérature, parmi les
premiers qui ont puisé dans la psychologie en matière
critique littéraire. Hégazi,
lui, a joué un rôle indéniable dans l’évolution de la poésie
libre dans les années cinquante. Sa production poétique n’a
jamais cessé de surprendre bien qu’il se soit consacré
dernièrement aux débats culturels dans la presse.
Des prix qui se veulent démocratiques
La chose qui n’a pas manqué d’attirer l’attention a été la
remise du prix Moubarak pour les arts à Youssef Chahine,
celui de l’Estime de l’Etat dans les lettres à
Gamal
Al-Ghitani, et de l’Excellence au poète
Helmi Salem. En ce qui concerne
Youssef Chahine, il était candidat l’an dernier du même prix
et l’on ne cessait de répéter que sa position de dissident
et son soutien au mouvement égyptien pour le changement
Kéfaya étaient suffisants pour
le mettre hors combat. Le second Gamal
Al-Ghitani, grand romancier, n’a
jamais épargné la moindre occasion pour lancer ses quolibets
contre la politique du ministère de la Culture. C’est dire
qu’il y a eu tendance à mettre en avant un esprit
démocratique, une tolérance face à l’opposition. Quant à
Helmi Salem, il fut au centre
d’une très grosse affaire de censure pour un poème jugé
contenant des offenses à la religion. La distinction qu’il
vient de recevoir susciterait probablement le mécontentement
des groupes des islamistes et des
Azharis, c’est-à-dire tous ceux qui se positionnent
aujourd’hui dans le camp des défenseurs des bonnes mœurs et
de la foi pure et dure. Cette attitude provocatrice du
ministère de la Culture rappelle les positions libérales
qu’il adopte parfois avant qu’il ne rejoigne rapidement le
politiquement correct. Puisque le poème de Salem était
publié dans un magazine du ministère qui n’a pas tardé, lui,
à censurer sa propre publication. C’est-à-dire souffler le
chaud et le froid en même temps l
Dina
Kabil