Al-Ahram Hebdo, Egypte | Canaliser ou non les fatwas ?
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Egypte

Religion . Suite à la prolifération d’avis religieux émanant de toutes parts, le Conseil des ministres a annoncé cette semaineune possible réforme de Dar Al-Iftaa, instance officielle chargée d’émettre les fatwas. Polémique.

Canaliser ou non les fatwas ?

L’urgence d’une réforme de Dar Al-Iftaa se fait de plus en plus ressentir face à la multiplication des fatwas farfelues et à la perte d’influence des institutions religieuses officielles. Ainsi, le porte-parole officiel du Conseil des ministres, Magdi Radi, a-t-il déclaré que des réunions se tiendront prochainement avec les responsables des instances concernées, dont Dar Al-Iftaa, Al-Azhar et le ministère de la Justice dans le but d’engager une réforme de Dar Al-Iftaa. Depuis la Révolution de juillet 1952, cette institution dépend officiellement du ministère de la Justice. Elle a pour rôle d’émettre des avis religieux sur les projets de loi élaborés par le ministère. Autrefois, les fatwas ne pouvaient qu’être « officielles », elles étaient exclusivement émises par le mufti, lui-même nommé par le chef de l’Etat, ou par une instance officielle comme le Haut Conseil des Affaires islamiques, l’Institution des recherches islamiques ou Al-Azhar. Cependant, on assiste avec la multiplication des chaînes satellites et l’Internet à une prolifération des fatwas. Elles sont rendues par des personnes qui ne sont pas toujours qualifiées pour le faire. Ce sont soit de nouveaux prédicateurs médiatisés soit des cheikhs radicaux non partisans d’avancées sociales. Ce foisonnement de fatwas contradictoires est source de confusion. Les gens ne se retrouvent plus entre les fatwas officielles émises par Dar Al-Iftaa et Al-Azhar, les fatwas dites modernes des nouveaux prédicateurs et celles des wahhabites. Face à ce chaos, la nécessité de réguler l’émission des fatwas s’est faite ressentir. « Il ne s’agit pas de confisquer les avis d’autrui ni de restreindre le droit à l’Ijtihad mais d’une tentative pour protéger la société de la dérive religieuse », estime Ali Gomaa, le mufti de la République.

La réforme en question envisage la création d’un organisme qui sera chargé de contrôler les fatwas et de mettre en place une charte de déontologie pour ce domaine. Autre volet de la réforme, la possible mise en place d’un système de sanctions à l’égard des personnes qui émettent des fatwas sans être habilitées à le faire, soit par Dar Al-Iftaa, soit par l’Institut des Recherches Islamiques (IRI) dépendant d’Al-Azhar.

Cette réforme divise les oulémas. Ses partisans y voient un moyen efficace de lutte contre l’anarchie religieuse. Les opposants au projet la considèrent comme un moyen pour le régime de contrôler, à des fins politiques, l’émission des fatwas ainsi qu’une atteinte au droit de l’Ijtihad. Mohamad Kamal, professeur de charia à l’Université d’Alexandrie, souligne que le but de la création de Dar Al-Iftaa était d’émettre des avis religieux pour le ministère de la Justice exclusivement. « Une telle décision marginaliserait les oulémas et les professeurs de charia qui sont qualifiés pour édicter des fatwas. Il est vrai qu’il existe une certaine anarchie dans ce domaine. Je ne crois pas, cependant, que la solution réside dans une telle interdiction. Par contre, il est nécessaire de sensibiliser les gens pour qu’ils sachent distinguer le vrai du faux », affirme Kamal. Cette critique est partagée par Safouat Hégazi, prédicateur, qui perçoit cette initiative comme une tentative de politiser la religion pour servir les intérêts de l’Etat.

Pour Mohamad Sélim Al-Awwa, penseur islamique, la multiplication des chaînes satellites a permis l’émergence de télé-muftis fort charismatiques. Elle a aussi laissé de côté les institutions religieuses officielles qui n’ont pas su s’adapter aux exigences de la modernité.

« Les nouveaux prédicateurs sont devenus très populaires car ils ont su s’adapter aux nouvelles données. Les azharistes, eux, persistent à tenir un discours traditionnel, compris par une petite minorité en complet décalage avec l’époque actuelle. Leur éducation est purement religieuse ; ils n’ont aucune notion en sciences et en économie, donc ils sont inaptes à émettre des fatwas sur des questions actuelles », explique-t-il. Pour lui, il faut d’abord commencer par réformer l’enseignement religieux de manière à l’adapter à la réalité actuelle.

Le célèbre penseur islamique Gamal Al-Banna affirme de son côté que l’on ne peut se contenter seulement de lier les textes sacrés à la vie quotidienne. Il faut aussi définir de nouveaux fondements (oussoul) du fiqh afin de l’adapter à notre époque tout en respectant les principes des textes du Coran et les hadiths. Enfin, pour l’écrivain islamiste Fahmi Howeidi, intellectuel, c’est le caractère gouvernemental des fatwas qui est source d’anarchie. «  La politisation du discours religieux est la principale cause de la multiplication des fatwas. La compromission des institutions religieuses avec le gouvernement a discrédité leur discours. Les gens se sont alors tournés vers d’autres sources ». Un vieux débat qui ne sera sûrement pas résolu par la seule réforme de Dar Al-Iftaa l

May Al-Maghrabi

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