Al-Ahram Hebdo, Egypte | Fumeurs, persona non grata
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Egypte

Tabagisme .  Après dix ans d’étude, la loi antitabac a été enfin adoptée par le Parlement. Elle prévoit l’interdiction de fumer dans les lieux publics et un durcissement des sanctions contre les contrevenants.

Fumeurs, persona non grata

Les 16 millions d’Egyptiens qui fument sont désormais dans la ligne de mire. En effet, après dix ans de délibérations et de débats acharnés, la loi contre le tabagisme a enfin vu le jour. Adoptée cette semaine par le Parlement, elle entrera en vigueur dans quelques semaines, dès sa publication dans le journal officiel. Mise à l’étude depuis l’année 1997, sa promulgation avait été reportée plusieurs fois par le gouvernement afin de modifier certaines clauses controversées. Lors des discussions au Parlement, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a annoncé que l’Etat a enfin décidé d’adopter une attitude plus ferme contre le tabagisme, « car il perd 12 milliards de L.E. par an pour soigner les cancers et d’autres maladies résultant de la consommation du tabac. Une somme qui dépasse de loin le montant des taxes prélevées par l’Etat sur l’industrie des cigarettes, montant qui s’élève à 7 milliards de L.E. annuellement ».

Les dernières statistiques officielles affirment que le nombre de fumeurs est en continuelle augmentation, surtout parmi les jeunes. Seize millions de personnes fument en Egypte, dont 439 000 de moins de 15 ans. En vertu de la nouvelle loi, il est interdit de fumer dans les lieux publics. Un certain nombre de mesures sont prévues : les mises en garde contre les dangers du tabac occuperont désormais une place plus importante sur les paquets de cigarettes. Cette mise en garde occupera la moitié du paquet et figurera sur les deux faces. L’avertissement actuel « Le tabac est dangereux pour la santé » sera remplacé par : « Le tabac provoque les maladies cardio-vasculaires, la paralysie, le cancer et la mort précoce ». Aussi, le nouveau texte interdit toute publicité sur le tabac, la publicité télévisée étant jusqu’à présent seule interdite. Par ailleurs, des amendes seront imposées aux directeurs des établissements de santé qui permettent de fumer et aux propriétaires des restaurants et des cafés qui ne prévoient pas un espace pour les non fumeurs. Selon le projet de loi, les amendes varieraient entre 5 000 et 10 000 L.E.

Lors des discussions sur le projet, certains députés ont critiqué le manque de mécanismes d’application. «  Ce sera de l’encre sur le papier », ont critiqué certains députés. L’article numéro 18 interdit la vente des cigarettes aux moins de 18 ans. Les contrevenants sont passibles d’une peine d’un an d’emprisonnement et d’une amende allant de 1 000 à 20 000 L.E. La peine peut aller jusqu’à la fermeture du kiosque ou du magasin qui vend le tabac. Pendant la discussion du projet, la plupart des députés ont estimé qu’il serait difficile de s’assurer de l’âge des acheteurs, ainsi que de contrôler les marchands ambulants. « Rien ne garantit une application sérieuse de cette clause. Avant de mettre en application la loi, il faut élaborer des mécanismes qui garantissent cette application », critique Mohamad Abdel-Alim, député du néo-Wafd.

Pourtant, la loi oblige le ministère de la Santé, en coopération avec le ministère de l’Intérieur, à créer une administration spéciale pour la lutte contre le tabagisme. « Cette administration comprend des contrôleurs ayant le rôle de police judiciaire. Leur mission est d’organiser des campagnes d’inspection sur les restaurants, les cafés, les kiosques et les institutions sanitaires », assure Hamdi Al-Sayed, député du PND, bâtonnier de l’Ordre des médecins et initiateur de la loi. Une autre nouveauté de la loi est d’allouer une part des taxes imposées sur la vente du tabac pour augmenter les rémunérations des contrôleurs afin d’améliorer leur compétence. Quant aux endroits où le contrôle serait difficile, comme dans les taxis (considérés comme un lieu public), la loi prévoit d’insérer dans la liste des contraventions de la circulation l’acte de fumer, à l’instar de la ceinture de sécurité. « L’imposition de taxes sur les cigarettes signifie une autre augmentation de leur prix, surtout après celle subie suite à l’application de la deuxième et de la troisième phases de la TVA, en 2001. Cette augmentation pourrait empêcher notamment les jeunes et les pères de famille d’acheter les cigarettes », assure Abdel-Rahmane Chahine, conseiller de presse auprès du ministère de la Santé. Il ajoute que la loi impose au ministère de la Santé d’organiser des spots télévisés pour informer les citoyens qui veulent s’abstenir de fumer sur les cliniques créées par le ministère dans certains hôpitaux afin de les aider à s’abstenir. .

Talaat Abdel-Qawi, membre de la commission de la santé à l’Assemblée du peuple, est plus réaliste : « S’abstenir de fumer est une affaire de conscience. La loi ne peut pas l’interdire, la preuve en est que la drogue est interdite, toutefois il existe des toxicomanes. La loi n’est pas un bâton magique, mais l’Etat doit accorder plus d’importance à la sensibilisation soit à travers les campagnes médiatiques, soit à travers les ONG », conclut-il l 

Mirande Youssef

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