Tabagisme .
Après dix ans d’étude, la loi antitabac a été enfin adoptée
par le Parlement. Elle prévoit l’interdiction de fumer dans
les lieux publics et un durcissement des sanctions contre
les contrevenants.
Fumeurs, persona non grata
Les
16 millions d’Egyptiens qui fument sont désormais dans la
ligne de mire. En effet, après dix ans de délibérations et
de débats acharnés, la loi contre le tabagisme a enfin vu le
jour. Adoptée cette semaine par le Parlement, elle entrera
en vigueur dans quelques semaines, dès sa publication dans
le journal officiel. Mise à l’étude depuis l’année 1997, sa
promulgation avait été reportée plusieurs fois par le
gouvernement afin de modifier certaines clauses
controversées. Lors des discussions au Parlement, le
ministre de la Santé, Hatem
Al-Gabali, a annoncé que l’Etat
a enfin décidé d’adopter une attitude plus ferme contre le
tabagisme, « car il perd 12 milliards de L.E. par an pour
soigner les cancers et d’autres maladies résultant de la
consommation du tabac. Une somme qui dépasse de loin le
montant des taxes prélevées par l’Etat sur l’industrie des
cigarettes, montant qui s’élève à 7 milliards de L.E.
annuellement ».
Les dernières statistiques officielles affirment que le
nombre de fumeurs est en continuelle augmentation, surtout
parmi les jeunes. Seize millions de personnes fument en
Egypte, dont 439 000 de moins de 15 ans. En vertu de la
nouvelle loi, il est interdit de fumer dans les lieux
publics. Un certain nombre de mesures sont prévues : les
mises en garde contre les dangers du tabac occuperont
désormais une place plus importante sur les paquets de
cigarettes. Cette mise en garde occupera la moitié du paquet
et figurera sur les deux faces. L’avertissement actuel « Le
tabac est dangereux pour la santé » sera remplacé par : « Le
tabac provoque les maladies cardio-vasculaires, la
paralysie, le cancer et la mort précoce ». Aussi, le nouveau
texte interdit toute publicité sur le tabac, la publicité
télévisée étant jusqu’à présent
seule interdite. Par ailleurs, des amendes seront imposées
aux directeurs des établissements de santé qui permettent de
fumer et aux propriétaires des restaurants et des cafés qui
ne prévoient pas un espace pour les non fumeurs. Selon le
projet de loi, les amendes varieraient entre 5 000 et 10 000
L.E.
Lors des discussions sur le projet, certains députés ont
critiqué le manque de mécanismes d’application. « Ce
sera de l’encre sur le papier »,
ont critiqué certains députés. L’article numéro 18 interdit
la vente des cigarettes aux moins de 18 ans. Les
contrevenants sont passibles d’une peine d’un an
d’emprisonnement et d’une amende allant de 1 000 à 20 000
L.E. La peine peut aller jusqu’à la fermeture du kiosque ou
du magasin qui vend le tabac. Pendant la discussion du
projet, la plupart des députés ont estimé qu’il serait
difficile de s’assurer de l’âge des acheteurs, ainsi que de
contrôler les marchands ambulants. « Rien ne garantit une
application sérieuse de cette clause. Avant de mettre en
application la loi, il faut élaborer des mécanismes qui
garantissent cette application », critique Mohamad
Abdel-Alim, député du néo-Wafd.
Pourtant, la loi oblige le ministère de la Santé, en
coopération avec le ministère de l’Intérieur, à créer une
administration spéciale pour la lutte contre le tabagisme. «
Cette administration comprend des contrôleurs ayant le rôle
de police judiciaire. Leur mission est d’organiser des
campagnes d’inspection sur les restaurants, les cafés, les
kiosques et les institutions sanitaires », assure
Hamdi
Al-Sayed, député du PND, bâtonnier de l’Ordre des
médecins et initiateur de la loi. Une autre nouveauté de la
loi est d’allouer une part des taxes imposées sur la vente
du tabac pour augmenter les rémunérations des contrôleurs
afin d’améliorer leur compétence. Quant aux endroits où le
contrôle serait difficile, comme dans les taxis (considérés
comme un lieu public), la loi prévoit d’insérer dans la
liste des contraventions de la circulation l’acte de fumer,
à l’instar de la ceinture de sécurité. « L’imposition de
taxes sur les cigarettes signifie une autre augmentation de
leur prix, surtout après celle subie suite à l’application
de la deuxième et de la troisième phases de la TVA, en 2001.
Cette augmentation pourrait empêcher notamment les jeunes et
les pères de famille d’acheter les cigarettes », assure
Abdel-Rahmane Chahine,
conseiller de presse auprès du ministère de la Santé. Il
ajoute que la loi impose au ministère de la Santé
d’organiser des spots télévisés pour informer les citoyens
qui veulent s’abstenir de fumer sur les cliniques créées par
le ministère dans certains hôpitaux afin de les aider à
s’abstenir. .
Talaat
Abdel-Qawi, membre de la
commission de la santé à l’Assemblée du peuple, est plus
réaliste : « S’abstenir de fumer est une affaire de
conscience. La loi ne peut pas l’interdire, la preuve en est
que la drogue est interdite, toutefois il existe des
toxicomanes. La loi n’est pas un bâton magique, mais l’Etat
doit accorder plus d’importance à la sensibilisation soit à
travers les campagnes médiatiques, soit à travers les ONG »,
conclut-il l
Mirande Youssef