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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Economie

Bonne gouvernance . Martin Steindel est chargé de ce dossier au sein de la Société financière internationale (IFC), liée à la Banque mondiale. Il évalue la performance des sociétés égyptiennes privées dans ce domaine.

« Dans deux ans, les prémices
d’un réel changement se feront sentir »

Al-Ahram Hebdo : Vous menez, en coopération avec le ministère de l’Investissement, un programme de formation des dirigeants des entreprises en voie de privatisation sur le thème de la bonne gouvernance. En quoi consiste cette coopération ?

Martin Steindel : La Société financière internationale (IFC) a signé il y a 18 mois un mémorandum d’entente avec le ministère de l’Investissement. Il s’agit d’assister le Centre de formation des dirigeants, dépendant du ministère, dans le développement d’un plan de formation à la bonne gouvernance dans les conseils d’administration des grandes entreprises, dans l’élaboration d’une stratégie de bonne gouvernance qui devra devenir texte législatif, et de choisir le personnel adéquat pour la mise en œuvre de cette stratégie. Notre mission, qui prend fin en décembre 2007, est de fournir la matière nécessaire aux stages de formation sur le thème de la bonne gouvernance. Quatre sortes de stage ont été créées, reconnues à l’international.

— Et quel bilan tirez-vous de cette action ?

— En 18 mois, l’IFC a contribué à la formation de plus de 750 dirigeants. En outre, nous avons organisé plus de 30 conférences afin de faire davantage connaître le concept et les bénéfices de la gouvernance.

— La gouvernance est d’application plus facile dans le secteur public, où l’administration est fortement subordonnée au ministre. Qu’en est-il des banques et des sociétés privées ?

— L’application des règles de la gouvernance est indispensable dans les banques, car elle touche des sujets liés à la gestion des risques et à la supervision interne. Cependant, les banques souffrent d’une gestion trop compliquée en Egypte, même celles possédées par les étrangers, à cause de l’enchevêtrement des prérogatives des différents départements. Il existe quand même des exceptions comme la Commercial International Bank (CIB) qui depuis près de cinq ans applique les règles de la bonne gouvernance. Elle a intérêt à cela pour concurrencer le marché international. La CIB y a gagné une crédibilité qui se reflète sur le cours de ses valeurs cotées à la Bourse de Londres, appelées les GDR (certificats internationaux de dépôts). La banque en a également profité au niveau de sa gestion interne en considérant ces règles comme une loi éthique. Référez-vous, par exemple, au rapport d’activité trimestriel de la banque HSBC : il est de 500 pages alors que celui de la CIB ne compte que quelques pages.

Quant aux sociétés privées, le chemin reste encore long car rien ne les contraint à suivre les règles de la bonne gouvernance. Et elles disposent donc d’un prétexte pour en reporter l’application. C’est dommage, car l’application de la bonne gouvernance au niveau des sociétés est le moyen de réaliser une vraie croissance durable.

— Comment expliquez-vous cette réticence ?

— Je dirais que d’une part, le secteur privé est dominé par des sociétés familiales. Cela entraîne un délai de la prise de la décision, dans une entreprise où les principaux actionnaires ne sont pas forcément impliqués dans la gestion. Ce modèle est très clair par exemple avec la société Sekem (produits bio), contrairement au cas des sociétés cotées en Bourse comme Orascom Telecom (OT) et Olympic Group. D’autre part, la bonne gouvernance doit rester le choix de chaque entreprise. Il faut alors trouver la formule convenable pour que les sociétés puissent suivre les règles, sans qu’elles ne soient forcées par la loi. Bien que, je l’avoue, il existe des exemples réussis dans les pays émergeants où le régulateur a réussi à forcer les sociétés à appliquer les règles de gouvernance.

— Dans ce contexte, comment expliquez-vous la récente demande de Vodafone Egypt de se retirer de la Bourse, alors qu’elle y est cotée depuis 5 ans et qu’elle s’empare de près du tiers des échanges ?

— Je pense que sa demande peut être traduite par le fait qu’elle désire réduire ses coûts de transparence et d’information, comme l’annonce de ses bilans dans la presse. Ici l’entreprise estime que l’Organisme du marché financier est trop strict. Pourtant, les normes utilisées par l’organisme ne sont pas plus intransigeantes qu’autre part. En fait, les sociétés égyptiennes ne sont pas habituées à ces conditions et ne les ont pas encore assimilées.

— Que manque-t-il pour que vous jugiez votre programme en Egypte réussi ?

— Nous avons les yeux rivés sur les sociétés d’au moins 50 employés, surtout quand le besoin s’avère urgent de séparer gestion et propriété. Nous sommes alors prêts à leur apporter des conseils. De même, il nous faut introduire la bonne gouvernance dans les programmes des universités spécialisées. C’est un concept très lié à l’échange des cultures. Je prévois que dans deux ans les prémices d’un réel changement se feront sentir en Egypte l

Propos recueillis par Dahlia Réda

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