Bonne gouvernance .
Martin Steindel est chargé de ce
dossier au sein de la Société financière internationale (IFC),
liée à la Banque mondiale. Il évalue la performance des
sociétés égyptiennes privées dans ce domaine.
« Dans deux ans, les prémices
d’un réel changement se feront sentir »
Al-Ahram
Hebdo : Vous menez, en coopération avec le ministère de
l’Investissement, un programme de formation des dirigeants
des entreprises en voie de privatisation sur le thème de la
bonne gouvernance. En quoi consiste cette coopération ?
Martin Steindel : La Société
financière internationale (IFC) a signé il y a 18 mois un
mémorandum d’entente avec le ministère de l’Investissement.
Il s’agit d’assister le Centre de formation des dirigeants,
dépendant du ministère, dans le développement d’un plan de
formation à la bonne gouvernance dans les conseils
d’administration des grandes entreprises, dans l’élaboration
d’une stratégie de bonne gouvernance qui devra devenir texte
législatif, et de choisir le personnel adéquat pour la mise
en œuvre de cette stratégie. Notre mission, qui prend fin en
décembre 2007, est de fournir la matière nécessaire aux
stages de formation sur le thème de la bonne gouvernance.
Quatre sortes de stage ont été créées, reconnues à
l’international.
— Et quel bilan tirez-vous de cette action ?
— En 18 mois, l’IFC a contribué
à la formation de plus de 750 dirigeants. En outre, nous
avons organisé plus de 30 conférences afin de faire
davantage connaître le concept et les bénéfices de la
gouvernance.
— La gouvernance est d’application plus facile dans le
secteur public, où l’administration est fortement
subordonnée au ministre. Qu’en est-il des banques et des
sociétés privées ?
— L’application des règles de la gouvernance est
indispensable dans les banques, car elle touche des sujets
liés à la gestion des risques et à la supervision interne.
Cependant, les banques souffrent d’une gestion trop
compliquée en Egypte, même celles possédées par les
étrangers, à cause de l’enchevêtrement des prérogatives des
différents départements. Il existe quand même des exceptions
comme la Commercial International Bank
(CIB) qui depuis près de cinq ans applique les règles de la
bonne gouvernance. Elle a intérêt à cela pour concurrencer
le marché international. La CIB y a gagné une crédibilité
qui se reflète sur le cours de ses valeurs cotées à la
Bourse de Londres, appelées les GDR (certificats
internationaux de dépôts). La banque en a également profité
au niveau de sa gestion interne en considérant ces règles
comme une loi éthique. Référez-vous, par exemple, au rapport
d’activité trimestriel de la banque HSBC : il est de 500
pages alors que celui de la CIB ne compte que quelques
pages.
Quant aux sociétés privées, le chemin reste encore long car
rien ne les contraint à suivre les règles de la bonne
gouvernance. Et elles disposent donc d’un prétexte pour en
reporter l’application. C’est dommage, car l’application de
la bonne gouvernance au niveau des sociétés est le moyen de
réaliser une vraie croissance durable.
—
Comment expliquez-vous cette réticence ?
— Je dirais que d’une part, le secteur privé est dominé par
des sociétés familiales. Cela entraîne un délai de la prise
de la décision, dans une entreprise où les principaux
actionnaires ne sont pas forcément impliqués dans la
gestion. Ce modèle est très clair par exemple avec la
société Sekem (produits bio),
contrairement au cas des sociétés cotées en Bourse comme
Orascom
Telecom (OT) et Olympic
Group. D’autre part, la bonne gouvernance doit rester le
choix de chaque entreprise. Il faut alors trouver la formule
convenable pour que les sociétés puissent suivre les règles,
sans qu’elles ne soient forcées par la loi. Bien que, je
l’avoue, il existe des exemples réussis dans les pays
émergeants où le régulateur a réussi à forcer les sociétés à
appliquer les règles de gouvernance.
— Dans ce contexte, comment expliquez-vous la récente
demande de Vodafone
Egypt de se retirer de la
Bourse, alors qu’elle y est cotée depuis 5 ans et qu’elle
s’empare de près du tiers des échanges ?
— Je pense que sa demande peut être traduite par le fait
qu’elle désire réduire ses coûts de transparence et
d’information, comme l’annonce de ses
bilans dans la presse. Ici l’entreprise estime que
l’Organisme du marché financier est trop strict. Pourtant,
les normes utilisées par l’organisme ne sont pas plus
intransigeantes qu’autre part. En fait, les sociétés
égyptiennes ne sont pas habituées à ces conditions et ne les
ont pas encore assimilées.
— Que manque-t-il pour que vous jugiez votre programme en
Egypte réussi ?
— Nous avons les yeux rivés sur les sociétés d’au moins 50
employés, surtout quand le besoin s’avère urgent de séparer
gestion et propriété. Nous sommes alors prêts à leur
apporter des conseils. De même, il nous faut introduire la
bonne gouvernance dans les programmes des universités
spécialisées. C’est un concept très lié à l’échange des
cultures. Je prévois que dans deux ans les prémices d’un
réel changement se feront sentir en Egypte l
Propos recueillis par Dahlia Réda