Visas .
Obtenir un visa exige une multitude de démarches et peut
constituer une véritable épreuve. Témoignage.
Les travaux d’Hercule
«
Mon cher oncle, je vous invite, vous et ma chère tante, à
assister le mois prochain à mes fiançailles. Je vous attends
avec impatience ». Amr éclate de joie en entendant la voix
de son neveu Emad au téléphone.
Voilà des années qu’il ne l’a pas vu
et aujourd’hui, l’occasion se présente. A 69 ans, Amr
partira de nouveau à Paris. Il en garde encore de très beaux
souvenirs, lui et sa femme Dina.
Plein d’enthousiasme, Amr se dirige au centre-ville,
destination ? Le consulat de France au Caire. Une fois sur
place, ses yeux perdent leur éclat. Une longue queue
s’allonge devant lui. Il ne perd pas pour autant son
enthousiasme, se met en ligne pendant une heure et une fois
arrivé devant la première personne, on lui dit : « Vous
devez d’abord obtenir un rendez-vous en appelant le 090 070
678 relatif aux pays de l’Union européenne ». La responsable
regarde l’écran de son ordinateur, et lui lance : « C’est
dans 40 jours, Monsieur, le premier rendez-vous ». Apeuré,
Amr pense : « c’est une semaine après les fiançailles !! ».
Résigné, il rentre chez lui, appelle son neveu, s’excuse
auprès de lui mais lui demande de le prévenir encore plus
tôt le jour du mariage.
C’était un an après. Le téléphone sonne, c’est
Emad. « Mon mariage est dans
deux mois, préparez-vous », dit-il à son oncle. Connaissant
désormais les procédures, Amr compose le numéro requis, suit
les étapes dictées par le répondeur automatique avant de
tomber sur quelqu’un du service clientèle, qui lui indique
les documents nécessaires et un rendez-vous dans un mois. Il
ne panique pas cette fois-ci mais se demande : « Qu’en
est-il des personnes qui, par exemple, veulent visiter
d’urgence un ami ou un parent malade ou agonisant ? ».
Le jour J, Amr et sa femme arrivent à l’heure. Le spectacle
est toujours désolant, une longue file d’attente : femmes,
hommes, enfants et personnes âgées attendent des heures sous
le soleil infernal de l’été devant la porte du consulat,
pour avoir la chance de recevoir un numéro. Avec un numéro
70, le couple pénètre à l’intérieur du consulat, où la
situation n’est pas du tout meilleure. Il se met dans une
autre queue, cette fois-ci pour prendre des photos puis
encore une autre pour le système biométrique, une troisième
pour payer les frais. « Bon, nous les Egyptiens, nous avons
l’habitude des queues, du pain jusqu’au visa », dit-il. La
machine indique son numéro, il se précipite vers le guichet
indiqué et remet les documents à l’employé, derrière les
vitres. « Vos documents sont incomplets », lui lance ce
dernier. « Il vous faut un certificat d’hébergement, puisque
vous allez visiter un membre de votre famille. Votre neveu
doit faire la démarche auprès de la mairie de son
département ». Amr lui montre le courrier électronique
d’invitation envoyé par son neveu. « Non, Monsieur, ce n’est
pas un document reconnu par le consulat. Vous avez une
semaine pour obtenir cette lettre, sinon vous risquez de
recommencer les étapes à nouveau », explique l’employé.
C’est-à-dire faire de nouveau toutes ces queues et payer
encore une fois les tarifs de visa.
Amr appelle son neveu qui lui a promis de déployer tous ses
efforts pour lui envoyer le certificat. Il lui a fallu
exactement 6 jours pour finaliser les procédures avant que
le document n’arrive enfin entre les mains de Amr qui se
dirige immédiatement au consulat. « J’ai encore le temps, 3
semaines avant le mariage ». Cette fois-ci, il était « en
règle » et on lui accorde lui et sa femme un visa de deux
semaines.
Tout joyeux, Amr n’avait remarqué ce papier agrafé à son
passeport qu’après son retour à la maison. « Une demande de
présentation au retour », titre le document. Plus loin est
inscrit que Amr « devrait justifier de son retour en se
présentant, par lui-même, au service de visas » en Egypte,
avec un délai de deux semaines après son retour, muni de son
passeport visé, en entrée et en sortie de l’espace Schengen,
par la police aux frontières. A défaut, le consulat sera
fondé « à supposer qu’il séjourne irrégulièrement en France
ou dans l’un des pays Schengen, situation dont le consulat
serait obligé de prendre acte, notamment dans le cadre de
toute demande ultérieure ». Ebahi, Amr, qui voulait après la
France partir quelques jours en Angleterre, dont il avait
obtenu sans aucun problème le visa, devrait retourner,
immédiatement après les deux semaines, en Egypte. « Tous ces
visas des Etats-Unis, de l’Angleterre et du Canada sur mon
passeport ne les a pas rassurés que j’ai fait l’objet d’une
investigation sérieuse et que je n’ai pas l’intention de
vivre en dehors de l’Egypte. A 69 ans, est-ce je représente
un risque d’immigration illégale ? »,
s’exclame-t-il.
« C’est comme si nous étions ces repris de justice qui, une
fois lâchés par la police, devraient quand même signer
présent la nuit au commissariat de police », enchaîne sa
femme. Le couple, résigné à ces conditions « sévères », part
en France, assiste aux noces, rentre au Caire puis se dirige
au centre-ville et devant le consulat, fait de nouveau la
queue pour présenter la lettre de retour l
Aliaa
Al-Korachi