Visas .
C’est désormais un véritable calvaire
pour les Egyptiens que de pouvoir voyager, même pour
du tourisme. Les obstacles se dressent de plus en plus,
réduisant l’espace d’échange, à l’heure où l’Occident prône
la mondialisation.
Les murs invisibles
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d’attente devant les consulats ... la scène n’est plus
étrangère aux passants dans les rues de la capitale. Aussi
familière soit-elle, elle n’est pourtant que le premier
épisode d’un feuilleton qui prend parfois des tournures
dramatiques et dont les Egyptiens ne
sont que des spectateurs impuissants. Il faut être
muni de toute la patience possible avant d’aller s’aventurer
pour demander un visa, même de tourisme. Et même si vous
êtes parfaitement en règle, le risque d’être traités comme
des moins que rien, sous un dispositif perpétuellement
complexe, n’est pas à écarter. « J’étais arrivé devant cet
Ungreto qui me parla sans que je
puisse comprendre un traître mot. Je parvins tout juste à
lui faire comprendre que je voulais un visa pour une semaine
: Touristique ?, Oui,
touristique. J’étais très poli et je ne m’attendais guère à
être traité comme je le fus », raconte l’écrivain Mohamad
Al-Chazli dans sa nouvelle Visa
pour l’Italie. Fini ce jour où les Egyptiens pouvaient se
déplacer quasi librement, aller échanger des idées ici ou là
avec des voisins ou voisins lointains.
Un Egyptien est depuis un bon moment synonyme d’étranger et
présente un potentiel « danger pour l’ordre public, la
sécurité nationale ou les relations internationales », si
l’on en croit les termes précisés dans les accords Schengen
mais qui peuvent s’appliquer à l’ensemble du monde,
notamment après les événements du 11 septembre.
Les libertés individuelles des citoyens sont, d’une manière
plus générale, mises en cause
avec des mécanismes essentiellement sécuritaires, et les
Arabes sont les premiers désignés. Crainte du terrorisme qui
tient désormais lieu de politique occidentale, du moins pour
les Etats-Unis et les pays européens. Pour ces derniers,
l’essentiel de leur action émane aussi de leurs politiques
d’immigration. On dirait que le monde ressemble à une
forteresse difficile à surmonter par ces citoyens venus du
monde arabe.
Frontières davantage fermées
Les Européens ont élaboré une liste des pays dont les
ressortissants sont dispensés de visas pour rentrer dans
l’espace Schengen. Aucun pays arabe n’y figure. Alors qu’on
peut lire des noms comme Guatemala, Brunei, Costa
Rica Israël, Malaisie. Une sorte
de mur illusoire qui ne fait qu’exacerber un sentiment
d’injustice, du moins chez ceux qui sont seulement désireux
d’aller flâner quelques jours en Occident. Si les chiffres
de l’immigration illégale sont assez élevés, ils restent peu
effrayants par rapport à d’autres pays du tiers-monde. En
2006, 17 000 Egyptiens ont été expulsés de l’ensemble de
l’Europe pour situation irrégulière. Un chiffre qui n’est en
rien phénoménal. Rien n’empêche pourtant de mettre les
Egyptiens dans le même panier que celui du tiers-monde.
Curieux dans la mesure où il semble qu’ils devraient être
relativement peu nombreux ces Egyptiens voulant se rendre
dans des pays d’Europe ou pratiquant d’autres formes de
tourisme. Certaines ambassades occidentales le reconnaissent
: les Egyptiens ne représentent pas à leurs yeux des
ressortissants à grand risque d’immigration. A juste titre,
en 2006, seuls 42 000 Egyptiens ont présenté des demandes de
visa pour l’Amérique que ce soit pour tourisme, affaires ou
études. 30 000 d’entre eux ont réussi à l’obtenir. Côté
européen, sur 33 000 demandes pour la France, par exemple,
30 000 aussi ont été acceptées. En dépit de ces chiffres
positifs selon les différentes ambassades, la procédure
reste encore plus compliquée. De nombreux documents requis
qui font penser aux tatillons bureaucrates égyptiens et
pourquoi pas des empreintes digitales et un système
biométrique. Cette pratique, si elle n’est pas imposée un
peu partout, le sera bientôt.
La complication se répercute sur les Egyptiens même dans les
consulats de leurs confrères arabes. Les seuls pays où ces
pharaons appauvris peuvent bénéficier de la libre
circulation ne sont que la Libye, le Soudan, la Syrie et la
Jordanie. Ailleurs ou plutôt partout, cette liberté est
conçue comme un luxe difficile d’accès même lorsqu’il est
question de la omra ou du
hag.
A part le tourisme religieux, c’est surtout le Liban et la
Syrie qui représentaient les destinations arabes favorites
pour les vacances des Egyptiens. Damas ne pose pas de
problème, mais Beyrouth oui. L’obtention d’un visa pour le
pays du Cèdre ressemble désormais à un parcours du
combattant pour les descendants des pharaons. Tout comme
l’Europe, c’est la crainte de l’immigration clandestine qui
pèse de son ombre, surtout qu’après la seconde guerre du
Golfe et la fermeture des frontières iraqiennes aux
Egyptiens chercheurs de travail, ces derniers ont opté pour
la Syrie ou la Jordanie comme pays de transit avant
d’arriver à la destination finale, le Liban.
Options de voyage
Ces
chiffres en crescendo des Egyptiens travaillant dans les
différents pays arabes, quelque 4 millions, encouragent un
renforcement des procédures. Les soupçons qui pèsent sur un
certain nombre de clandestins se transformant parfois en
boat people, font que les autres, les voyageurs normaux,
aussi sont sous contrôle. Partir dans le Golfe pour du
tourisme ? Pas question, les distances réduites se
multiplient par des barrières
documentales. A défaut d’une invitation de la part
d’un résident dans ces monarchies, il est rare de voir un
visa délivré. Par exemple pour le Qatar, il faut s’adresser
à la compagnie Qatar Airways et
non à l’ambassade pour obtenir son
visa-invitation et dans des cas rarissimes une offre
hôtel, avion et visa. La directrice régionale de la
compagnie, Rola
Ebeid, n’était pas en mesure de
fournir des détails sur le nombre de visas délivrés aux
Egyptiens. L’ambassade des Emirats arabes unis ne délivre
pas de visa non plus. Et pour aller à Doubaï, par exemple,
trois options de voyage tourisme sont offertes. Soit une
réservation d’hôtel sur Internet, celui-ci une fois les
frais payés envoie le visa par
e-mail, le voyageur l’imprime avant d’aller à l’aéroport. La
compagnie aérienne émiratie
présente aussi une offre avion+visa+hôtel et
Itihad propose avion/visa, mais
avec une somme dite d’assurance retour, que le voyageur
récupère à son retour en Egypte.
Les agences de voyage sont les premières à en profiter. Pour
ce début de saison, presque aucune publicité n’annonce des
voyages en Europe. Cet été, elles sont remplacées par la
Thaïlande, la Malaisie et Singapour. Ceci, même si certains
agents affirment toujours leur capacité à obtenir un visa
Schengen pour leurs clients en 12 jours. « Comme nous
disposons de très bonnes relations avec les différentes
ambassades, nous arrivons facilement à achever les
procédures », explique le directeur d’une agence de voyage
sous couvert de l’anonymat.
Des facilités dont n’a pas bénéficié l’équipe de football de
Zamalek. Ses 33 joueurs doivent
partir le mois prochain en France pour un stage de
préparation, et pour ce faire, le club a été contraint
d’annuler les entraînements pour permettre aux joueurs de se
rendre pendant plusieurs jours et par groupe au consulat.
L’horizon s’élargit mais l’espace se rétrécit. Un syllogisme
? Sans doute pas. Les frontières s’érigent et se nomment
argent, politique, idéologie et même religion. Assez curieux
dans un univers que l’on dit mondialisé et à l’heure où les
distances ne semblent guère exister l
Samar Al-Gamal