Afghanistan .
La Force de l’Otan se trouve sur la sellette pour la mort de
dizaines de civils dans des bombardements aériens qui
visaient des Talibans dans le sud. Une bourde qui rappelle
les multiples erreurs stratégiques des Occidentaux.
L’Otan piétine
La traque aux Talibans se fait désormais au prix de la vie
des civils. Un constat désolant et qui met à la fois les
forces de l’Otan et le président afghan,
Hamid
Karzai, en mauvaise posture. Ce dernier, pour éviter
de confronter la colère de son peuple à la suite de la mort
d’une centaine de civils dans des combats contre les
Talibans ces derniers jours, s’en est pris violemment aux
Forces de l’Otan. « Depuis une semaine ou dix jours, à la
suite d’opérations imprécises menées sans discernement par
les Forces de l’Otan et de la coalition, notre peuple a
souffert. Cela n’est pas acceptable. Cela ne sera plus
toléré », a-t-il dit. Tout en ajoutant que « tous les
efforts doivent être faits pour que cela cesse. Chaque
détail doit être résolu, pour que les civils ne soient plus
des victimes ». Le président afghan a lancé cette charge
contre les forces internationales au lendemain de l’annonce
de la mort de 25 civils, dont neuf femmes et trois bébés,
dans une frappe aérienne nocturne de l’Otan de leur village
dans la province d’Helmand, foyer de l’insurrection des
Talibans. Auparavant, la Force internationale d’assistance à
la sécurité de l’Otan (Isaf)
avait reconnu qu’un certain nombre de civils avaient été
tués pendant ces combats. A cet égard, une « choura »
(assemblée traditionnelle) s’est tenue vendredi dernier avec
des commandants de l’Isaf et de
l’Otan essayant d’éviter la répétition de ces événements.
De son côté, la Force de l’Otan a reconnu qu’elle devait «
améliorer » sa façon de conduire ses opérations après les
récents événements. Toutefois, pour justifier ses
opérations, la Force internationale d’assistance à la
sécurité en Afghanistan a rapporté samedi que jusqu’à 60
Talibans présumés avaient été tués par des frappes nocturnes
dans le district de Barmal, dans
la province de Paktika
(sud-est), à proximité de la frontière pakistanaise. Après
ces frappes, l’Isaf a demandé à
l’armée afghane de patrouiller dans la zone et de parler
avec les habitants pour calmer leurs craintes et leur
colère. Mais Karzai a également
mis en cause les Forces internationales pour la mort des
civils. « Si l’Otan veut gagner sa guerre contre la terreur,
si elle veut sécuriser l’Afghanistan, alors elle doit
coopérer véritablement avec le gouvernement afghan », a-t-il
dit en soulignant les différences culturelles trop souvent
ignorées par les soldats occidentaux. Par ailleurs, le
secrétaire général de l’Otan, Jaap
de Hoop Scheffer, a réclamé une
enquête sur le bombardement qui a coûté la vie à des civils
et qu’il a qualifié d’« erreur », alors que des commandants
de l’Isaf ont présenté leurs «
profonds regrets » aux habitants. L’Isaf,
qui a estimé dimanche que le président afghan
Hamid
Karzai avait « raison d’être fâché ».
Autant de déclarations de bonne volonté qui ne cache pas les
difficultés de la force de l’Otan, mais aussi celles des
autorités afghanes, de venir à bout des Talibans.
Selon l’agence Acbar, qui
chapeaute une centaine d’ONG afghanes et étrangères, les
Forces internationales et afghanes sont responsables de la
mort de plus de 230 civils, dont 60 femmes et enfants,
depuis le début de l’année. A titre de comparaison, sur un
millier de civils tués pour toute l’année 2006, 230 l’ont
été dans des opérations des forces étrangères, selon
Human
Rights Watch. Cette
augmentation du nombre de victimes civiles coïncide avec une
intensification des attaques des Talibans dont la traque ne
semble pas porter ses fruits l
Maha
Salem