Al-Ahram Hebdo,Monde |L’aubaine du statu quo
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Iran . La dernière rencontre entre MM. Solana et Larijani laisse la porte entrouverte à de nouvelles négociations entre Téhéran et la communauté internationale sur le nucléaire. Les deux parties multiplient toutefois les manœuvres. 

L’aubaine du statu quo 

Que faut-il comprendre par le terme « constructives » utilisé par le haut représentant de la politique étrangère européenne, Javier Solana, pour qualifier les discussions qu’il a eues samedi dernier à Lisbonne avec le principal négociateur iranien sur le nucléaire Ali Larijani ? Probablement pas grand-chose, sinon que la crise du nucléaire iranien, qui dure déjà depuis au moins quatre ans, ne risque pas d’être résolue de sitôt et qu’il y aura encore probablement de longues tergiversations avant d’arriver à un compromis. Car des rencontres de ce genre, il y en a eu des dizaines dans le passé. Et c’est tout juste si elles réussissent à éviter l’escalade quand les choses semblent se diriger vers un blocage dangereux sans pour autant désamorcer la crise en profondeur. En effet, tous les ingrédients sont présents pour que le bras de fer perdure : une communauté internationale intransigeante redoutant le « danger » que représente la République islamique, et cette dernière tenant dur comme fer à son droit au nucléaire civil.

Dans ce contexte, le statu quo est une véritable aubaine et la seule avancée possible est de maintenir le dialogue, ce qui représente en soi un acquis de taille puisque la poursuite du dialogue évite au moins qu’on arrive à l’usage de la force.

Il aurait donc été utopique d’espérer plus de la réunion de Lisbonne. Une réunion qui aura au moins permis de garder ouverte les voies du dialogue entre l’Union Européenne (UE) et l’Iran sur le dossier nucléaire iranien. Devant la presse, M. Larijani a affirmé que sa rencontre avec M. Solana avait « aidé à avancer et à clarifier nos positions ». « Je crois possible d’établir de bonnes bases pour les négociations », a-t-il ajouté, alors que M. Solana a dit de son côté que ces discussions permettront « d’avancer vers une meilleure compréhension ».

La porte-parole de M. Solana, Cristina Gallach, a été, elle, plus claire à ce sujet en affirmant que « les Iraniens se sont engagés à travailler de façon diligente et efficace sur les questions en suspens », avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), c’est-à-dire sur les modalités de vérification de son programme nucléaire. Il s’agit de contrôler si le programme nucléaire iranien n’a que des objectifs civils, et non militaires comme le soupçonne Washington. Pour Mme Gallach, cet engagement de Téhéran constitue un pas « fondamental » qui permettra d’avancer vers la tenue de négociations formelles entre Téhéran et la communauté internationale. Il faudrait pour cela que l’Iran respecte les résolutions des Nations-Unies qui exigent notamment de Téhéran l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, a également rappelé la porte-parole de M. Solana, ajoutant que « l’Iran obtiendrait ainsi la possibilité d’avoir un programme nucléaire à des fins civiles totalement accepté par la communauté internationale ».

 

Londres et Washington pour une nouvelle résolution

D’ailleurs, la rencontre de cette semaine entre MM. Solana et Larijani, la deuxième en moins d’un mois, intervient alors que les grandes puissances envisagent l’adoption d’une nouvelle résolution contre l’Iran, renforçant les sanctions déjà en vigueur. Selon le Washington Post de samedi, Washington comme Londres ont d’ores et déjà rédigé des projets de résolution, qui prévoient notamment des interdictions de voyager, un gel des avoirs bancaires ainsi que des inspections des navires et avions-cargos iraniens. Interrogé sur la possibilité de voter une nouvelle résolution, lors de la conférence de presse qui a suivi les entretiens entre les deux hommes, M. Solana a évité de répondre directement se contentant de souhaiter que reste ouverte « la possibilité de poursuivre les négociations ».

De plus, la menace s’est faite sentir davantage avec les propos d’un haut diplomate proche de l’AIEA, selon lequel l’Iran, qui exploitait plus de 1 300 centrifugeuses pour l’enrichissement d’uranium à la mi-mai dans son centre de Natanz, pourrait en avoir installé 3 000 d’ici fin juillet. Une telle installation permettrait d’obtenir suffisamment d’uranium hautement enrichi pour une bombe nucléaire dans un délai maximal d’un an.

On se retrouve ainsi face à une situation dans laquelle chacune des deux parties se montre prête à la fois au dialogue et à l’escalade. A la veille de ses discussions avec le haut représentant de la politique étrangère européenne, M. Larijani s’était entretenu à Vienne avec le chef de l’AIEA, Mohamad Al-Baradeï. Il s’est engagé à définir, dans les deux mois, un plan de travail avec l’AIEA, qui réclame de pouvoir vérifier si le programme nucléaire iranien n’est effectivement que civil, comme l’affirme Téhéran, et n’a pas d’objectifs militaires comme le soupçonne Washington. Mais M. Larijani a, en même temps, écarté toute discussion sur la question centrale de l’enrichissement d’uranium. Retour à la case départ donc ? Il semble du moins que chacune des deux parties s’apprête à s’engager dans d’éventuelles négociations en position de force pour obtenir le maximum de gains possibles.

Dans un entretien publié jeudi dernier au Newsweek, M. Larijani a été on ne peut plus clair : si l’Onu décide de nouvelles sanctions contre Téhéran, « nous ferons un autre plus grand pas » dans le domaine nucléaire ; alors que du côté des Occidentaux, et notamment des Américains, on brandit conjointement la menace de nouvelles sanctions et celle de l’usage de la force. Pour le rappeler, les armées de l’air israélienne et américaine ont tenu récemment dans le sud d’Israël d’importantes manœuvres aériennes dans l’éventualité d’une opération militaire conjointe contre les installations nucléaires iraniennes l

Abir Taleb

 

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