Iran .
La dernière rencontre entre MM. Solana
et Larijani laisse la porte
entrouverte à de nouvelles négociations entre Téhéran et la
communauté internationale sur le nucléaire. Les deux parties
multiplient toutefois les manœuvres.
L’aubaine du statu quo
Que
faut-il comprendre par le terme « constructives » utilisé
par le haut représentant de la politique étrangère
européenne, Javier Solana, pour
qualifier les discussions qu’il a eues samedi dernier à
Lisbonne avec le principal négociateur iranien sur le
nucléaire Ali Larijani ?
Probablement pas grand-chose, sinon que la crise du
nucléaire iranien, qui dure déjà depuis au moins quatre ans,
ne risque pas d’être résolue de sitôt et qu’il y aura encore
probablement de longues tergiversations avant d’arriver à un
compromis. Car des rencontres de ce genre, il y en a eu des
dizaines dans le passé. Et c’est tout juste si elles
réussissent à éviter l’escalade quand les choses semblent se
diriger vers un blocage dangereux sans pour autant
désamorcer la crise en profondeur. En effet, tous les
ingrédients sont présents pour que le bras de fer perdure :
une communauté internationale intransigeante redoutant le «
danger » que représente la République islamique, et cette
dernière tenant dur comme fer à son droit au nucléaire
civil.
Dans ce contexte, le statu quo est une véritable aubaine et
la seule avancée possible est de maintenir le dialogue, ce
qui représente en soi un acquis de taille puisque la
poursuite du dialogue évite au moins qu’on arrive à l’usage
de la force.
Il aurait donc été utopique d’espérer plus de la réunion de
Lisbonne. Une réunion qui aura au moins permis de garder
ouverte les voies du dialogue entre l’Union Européenne (UE)
et l’Iran sur le dossier nucléaire iranien. Devant la
presse, M. Larijani a affirmé
que sa rencontre avec M. Solana
avait « aidé à avancer et à clarifier nos positions ». « Je
crois possible d’établir de bonnes bases pour les
négociations », a-t-il ajouté, alors que M.
Solana a dit de son côté que ces
discussions permettront « d’avancer vers une meilleure
compréhension ».
La porte-parole de M. Solana,
Cristina
Gallach, a été, elle, plus claire à ce sujet en
affirmant que « les Iraniens se sont engagés à travailler de
façon diligente et efficace sur les questions en suspens »,
avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA),
c’est-à-dire sur les modalités de vérification de son
programme nucléaire. Il s’agit de contrôler si le programme
nucléaire iranien n’a que des objectifs civils, et non
militaires comme le soupçonne Washington. Pour Mme
Gallach, cet engagement de
Téhéran constitue un pas « fondamental » qui permettra
d’avancer vers la tenue de négociations formelles entre
Téhéran et la communauté internationale. Il faudrait pour
cela que l’Iran respecte les résolutions des
Nations-Unies qui exigent
notamment de Téhéran l’arrêt de l’enrichissement d’uranium,
a également rappelé la porte-parole de M.
Solana, ajoutant que « l’Iran
obtiendrait ainsi la possibilité d’avoir un programme
nucléaire à des fins civiles totalement accepté par la
communauté internationale ».
Londres et Washington pour une nouvelle résolution
D’ailleurs, la rencontre de cette semaine entre MM.
Solana et
Larijani, la deuxième en moins d’un mois, intervient
alors que les grandes puissances envisagent l’adoption d’une
nouvelle résolution contre l’Iran, renforçant les sanctions
déjà en vigueur. Selon le Washington Post de samedi,
Washington comme Londres ont d’ores et déjà rédigé des
projets de résolution, qui prévoient notamment des
interdictions de voyager, un gel des avoirs bancaires ainsi
que des inspections des navires et avions-cargos iraniens.
Interrogé sur la possibilité de voter une nouvelle
résolution, lors de la conférence de presse qui a suivi les
entretiens entre les deux hommes, M.
Solana a évité de répondre directement se contentant
de souhaiter que reste ouverte « la possibilité de
poursuivre les négociations ».
De plus, la menace s’est faite sentir davantage avec les
propos d’un haut diplomate proche de l’AIEA, selon lequel
l’Iran, qui exploitait plus de 1 300 centrifugeuses pour
l’enrichissement d’uranium à la mi-mai dans son centre de
Natanz, pourrait en avoir
installé 3 000 d’ici fin juillet. Une telle installation
permettrait d’obtenir suffisamment d’uranium hautement
enrichi pour une bombe nucléaire dans un délai maximal d’un
an.
On se retrouve ainsi face à une situation dans laquelle
chacune des deux parties se montre prête à la fois au
dialogue et à l’escalade. A la veille de ses discussions
avec le haut représentant de la politique étrangère
européenne, M. Larijani s’était
entretenu à Vienne avec le chef de l’AIEA, Mohamad
Al-Baradeï. Il s’est engagé à
définir, dans les deux mois, un plan de travail avec l’AIEA,
qui réclame de pouvoir vérifier si le programme nucléaire
iranien n’est effectivement que civil, comme l’affirme
Téhéran, et n’a pas d’objectifs militaires comme le
soupçonne Washington. Mais M. Larijani
a, en même temps, écarté toute discussion sur la question
centrale de l’enrichissement d’uranium. Retour à la case
départ donc ? Il semble du moins que chacune des deux
parties s’apprête à s’engager dans d’éventuelles
négociations en position de force pour obtenir le maximum de
gains possibles.
Dans un entretien publié jeudi dernier au Newsweek, M.
Larijani a été on ne peut plus
clair : si l’Onu décide de nouvelles sanctions contre
Téhéran, « nous ferons un autre plus grand pas » dans le
domaine nucléaire ; alors que du côté des Occidentaux, et
notamment des Américains, on brandit conjointement la menace
de nouvelles sanctions et celle de l’usage de la force. Pour
le rappeler, les armées de l’air israélienne et américaine
ont tenu récemment dans le sud d’Israël d’importantes
manœuvres aériennes dans l’éventualité d’une opération
militaire conjointe contre les installations nucléaires
iraniennes l
Abir
Taleb