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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Arts

Rétrospective . Plus de 100 sculptures et peintures de Sobhi Guirguis dressent le parcours de ce plasticien hors pair, à la galerie Ofoq.  A 78 ans, l’artiste se consume de passion, vivant intensément.

Le génie du sens dessus dessous

Acceptation, rejet ou suspension. C’est la vie ! Sobhi Guirguis l’a compris depuis fort longtemps. On ne peut plaire à tout le monde, l’essentiel est que ses sculptures lui procurent une autosatisfaction. Il se réjouit « intérieurement », ses doigts comme titillés par d’irrésistibles envies. Avec lui, on ne sent guère la perte ni le gâchis. Pas d’arrière-goût de déception. A 78 ans, il fume comme un sapeur. Inclassable avec ses cheveux blancs épars, anachronique dans une certaine mesure. Il n’a pas appris à penser comme un vieux. La sincérité le dispute à l’humour, et la folie à la raison. Le thème de l’exaltation revient inlassablement, à l’image de tous ces êtres sculptés par lui, eux aussi à la recherche inlassable d’une sortie. « Je ressens un désir de sortir moi aussi de ma vie, d’aller ailleurs. Que mon esprit plane pour faire autre chose », dit-il face à toutes ses sculptures exposées sous l’intitulé de La Sortie.

Parfois, on a l’impression que c’est lui tout craché ! Ihab Al-Labane, responsable de la galerie Ofoq et commissaire de l’exposition, a dû par exemple agencer toute la rétrospective autour de la statue du dérouté ou du confus. « Bien que Guirguis n’ait rien de confus, il a une similarité quelconque avec cette statue. Le visage peut-être ! », avance Al-Labane, qui a passé environ un an et demi à préparer cette exposition. Durant cette période, il fallait se rendre à l’atelier-maison de Guirguis, dans le quartier populaire d’Al-Qolali, où l’artiste sculpte directement par soudure ou enroulement d’éléments métalliques. En le voyant manipuler les plaques de cuivre ou le bronze avec la plus grande aisance, Al-Labane s’étonne qu’à cet âge, il soit toujours capable de travailler 15 heures par jour. Les pièces d’art s’entassent partout et il fallait absolument en faire le tri, les classer ou les cataloguer. L’artiste prodigue aime bien vivre avec ses « créatures », plutôt « ses œuvres », comme il préfère les appeler « car la création est un attribut de Dieu ». « L’art repose sur l’invention. Des éléments qui vous emplissent pour ensuite vous quitter, à la recherche d’une issue, et un vide qui fait pression sur vous de toute part. Les tentatives d’un homme, en quête de nouveaux débuts, alors que tout est bouché tout autour », lance Sobhi Guirguis. Et d’ajouter : « Plusieurs sont capables de faire du piano peut-être mieux que Beethoven, mais qui peut écrire de pareilles symphonies ? »

Le rapport à la musique revient souvent dans ses propos. Fils du fameux Guirguis Saad, flûtiste de la diva Oum Kalsoum, lui-même fin joueur de qânoun, de luth et d’orgue, il se nourrit de musique, établissant un parallélisme. « Mes œuvres comportent un arrangement presque musical. C’est la musique qui y donne la cadence », poursuit l’artiste qui, après avoir travaillé une pièce donnée, bat d’une main habile les claviers de son orgue, foisonnant les sons à l’aide d’amplificateurs disséminés dans tous les recoins comme dans un studio.

« L’art n’est ni réalité ni Histoire ! Je n’ai rien à voir avec le réel. Où pouvez-vous trouver un être qui se tient si droit ? Une posture pareille est invraisemblable », commente Guirguis, en montrant l’une de ses œuvres exposées. C’est vrai que celles-ci n’ont aucun souci de vraisemblance, elles semblent exister de par elles-mêmes. Le sculpteur ne veut ressembler à nul autre, seulement avide d’écarter toute impression de déjà-vu.

A quoi ressemble-t-on lorsqu’on est fâché, heureux ou éperdu ? Toutes les expressions du visage et du corps y sont. Ses sculptures et ses peintures à l’huile (qui ne sont en fait que l’écho de ces premières) s’avèrent très attachées à la terre de par un effet de pesanteur, d’ancienneté et de couleurs. « L’homme a été chassé du paradis pour descendre sur terre. Il est sorti de la terre et y revient », dit dans sa voix rauque Guirguis qui a fait son magistère sur Mahmoud Mokhtar, à l’Université Saint-Marc de Florence.

Un esprit de l’enfance ? « Si vous voulez ». Une identité copte ? « Ainsi, proclame-t-on de temps en temps ». Une influence africaine ? « Pourquoi pas... ». Les jumeaux, un thème récurrent ? « Simplement, deux figures réussissent mieux la composition... ». Le bœuf avant la charrue ou la charrue avant le bœuf ? Il n’y pense pas souvent, l’art ça vient tout seul. Ce qu’on en dit ne compte pas trop pour lui. Personnellement, il n’aime pas en parler, mais laisse ses œuvres exprimer chacune son petit caractère.

Dans la grande salle d’Ofoq, le penseur a la tête à l’envers, l’enfant gâté est par terre les pieds en l’air, un homme se met à califourchon et un autre maintient le silence … C’est quoi la réalité de l’homme ? « sens dessus dessous, envers-revers », comme le révèle l’une des quelque 100 œuvres exposées, sans ordre chronologique, l’œuvre de l’artiste faisant preuve d’une certaine continuité. Le passage d’une matière à l’autre se fait sans interruption, ainsi intervient l’usage du bronze dans les années 1960 et celui plus fréquent du cuivre à partir des années 1970. Des têtes longitudinales contre d’autres plus circulaires, sculptées directement sans moulage, peuplent l’univers de Sobhi Guirguis. Sans elles, il se sent esseulé. Il n’aime pas d’ailleurs qu’on lui rende visite dans son atelier, lorsqu’elles « sont parties en exposition » comme en ce moment. L’endroit perd son tourbillon de folie l

Dalia Chams

 

Jusqu’au 12 juillet à la galerie Ofoq (musée Mahmoud Khalil). 1, rue Kafour. Guiza. Tél. : 336 29 21. De 10h à 21h, sauf le vendredi.

 

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COULISSES

La 13e édition de la Biennale des jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée (BJCM) n’aura pas lieu à Alexandrie, le mois de septembre prochain, comme prévu depuis 2005. La Bibliothèque d’Alexandrie et la fondation Anna Lindh ont avancé des raisons d’ordre économique et organisationnel pour justifier ce changement, et la direction de la biennale est en train de choisir une autre ville du pourtour méditerranéen. Cette édition, qui a pour thème « Notre diversité créative : Kairos », réunira, pendant 10 jours, 900 artistes de 48 pays dont la plupart sont déjà sélectionnés.

Jusqu’au 30 octobre prochain, le Fonds arabe pour les arts et la culture reçoit les candidatures et propositions afin d’accorder son aide financière aux jeunes créateurs. Ceux-ci doivent envoyer leurs projets en deux formulaires, s’étendant aux domaines suivants : cinéma indépendant, arts plastiques et visuels, littérature, performance et recherche.

Le 28 juin, à 19h, se tiendra un festival de musique électronique, à l’institut Goethe d’Alexandrie (10, rue des Ptolémées, Azarita). Au programme : la troupe Bikya, Adham Hafez, 2 C & Kaiser et Mahmoud Réfaat. Des performances visuelles se dérouleront en parallèle, conçues par Nermine Al-Ansari et Malak Helmi.

 

Le documentaire Nobody returns from there (nul ne revient de là-bas) sera projeté pour la première fois, le 29 juin à 20h, au centre Ibdaa (créativité, enceinte de l’Opéra du Caire). Le film abordant la vie dans les cimetières est écrit par Yasser Abdel-Latif et réalisé par Nader Hilal.

 




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