Cinéma .
Avec le début de la saison d’été apparaissent de fortes
rivalités entre distributeurs de films, propriétaires de
salles et créateurs. Chacun cherchant à faire prévaloir son
intérêt.
Du refus derrière la toile
C’était
l’accalmie il y a quelques mois. Comme si les distributeurs
de films et les propriétaires de salles avaient signé une
trêve. Puis d’un coup, la société
Al-Arabiya pour la production et la distribution a
annoncé sa prompte décision de projeter neuf films
américains lors de la saison d’été. Cette transgression des
règles convenues par la Chambre du cinéma lui permettrait
éventuellement de pouvoir faire face à des films égyptiens
imbattables au niveau des recettes, tels Morgane Ahmad
Morgane de Adel Imam, et
Karkar de Mohamad Saad.
« Nous vivons à l’ère des distributeurs. Ce sont eux qui
prédominent la scène cinématographique en Egypte. Ils
peuvent garantir la réussite ou l’échec d’un film donné. Et
possèdent environ 95 % des salles de cinéma en Egypte, de
quoi renforcer leur pouvoir », souligne la comédienne et
productrice Samira Mohsen.
Tout a commencé il y a deux ans, lorsque les trois sociétés
de production Al-Massa,
Al-Nasr et Oscar ont décidé de
former une coalition, connue aujourd’hui par La Coalition
tripartite ou Les Artistes unis, afin de contrer l’hégémonie
de la nouvelle entité de production,
Al-Arabiya, gérée par la comédienne
Issaad
Younès. « La rivalité entre ces deux camps a mené à
une guerre nettement matérielle », commente le critique Ali
Saad.
De temps en temps, on assiste alors à une désinformation
visant à affirmer la victoire d’une des deux parties. Par
exemple, durant la haute saison de la fête du grand Baïram,
Les Artistes unis a annoncé des chiffres fabriqués de toutes
pièces visant à confirmer qu’elle a battu la société
Al-Arabiya, laquelle possède
aujourd’hui plus de 70 % des salles.
«
Depuis plus d’un an, on ne lésine pas sur les moyens de la
rivalité. On assiste à une course aux gains financiers,
nuisant aussi bien à la production qu’à l’histoire du
cinéma. Les cinéastes sont devenus de simples marionnettes
entre les mains de ces grandes entités de distribution »,
explique le producteur Hani
Guirguis
Fawzi.
Les limites des territoires étant relativement floues, il
est difficile de connaître les chiffres exacts notamment en
ce qui concerne les revenus des films égyptiens en 2006.
Alaa
Diab, directeur de l’une des
salles de Osmane Group, précise
: « Les priorités des distributeurs ont changé. Le monopole
des salles est un moyen de gagner la bataille, même si cela
s’opère en violant les décisions de la Chambre du cinéma ».
Maximiser les recettes
Les prémices d’une crise ont commencé à miroiter. L’Union
des artistes dite aussi la Coalition tripartite a réservé 55
salles pour projeter leur film Andalib
Al-Doqqi (le rossignol de
Doqqi) avec Mohamad
Héneidi, et la société
Good News a réservé 59 salles
pour donner la nouvelle comédie de Adel
Imam, Morgane Ahmad Morgane. De quoi leur garantir de
maximiser les recettes ! Alors de son côté, la société
Al-Arabiya a annoncé consacrer
75 salles à la projection de son film
Karkar, de Mohamad Saad. Un score inédit pour un film
égyptien !
«
Personne ne peut forcer un investisseur à perdre son argent
et à laisser ses écrans vides, faute de films arabes à
projeter », se défend Mohamad Al-Touni,
l’un des responsables des salles exploitées par la société
Al-Arabiya laquelle n’a
produit cet été que très peu de
films égyptiens. Ceci dit, ses productions ne peuvent pas
couvrir ses salles. Et à Al-Touni
d’ajouter : « Nous avons le droit de refuser la projection
de films produits par nos concurrents, sur nos écrans. On ne
va pas quand même fermer boutique, la seule issue était pour
nous de diffuser des films américains durant l’été ».
Certains critiques approuvent cette idée de ne pas imposer
un genre en particulier aux responsables des salles comme au
public. Par contre, d’autres distributeurs y voient une
atteinte au film égyptien. Le producteur Mohamad Hassan
Ramzi, faisant partie de la
Coalition tripartite, menace : « Si jamais la Chambre du
cinéma ne prendra pas de décision ferme pour éviter ces
projections américaines, nous allons considérer cette
démarche comme une violation intentionnée de ses décisions,
que nous ne respecterons plus à notre tour ».
Ces menaces, la bousculade de films et la réservation de
salles font place à un chaos dont les seules victimes
seraient le public ordinaire et une industrie déjà en crise.
Car forcément certains films ne resteront à l’affiche que
deux ou trois semaines, leurs créateurs verront leurs œuvres
broyées par les distributeurs qui sont devenus les vrais
maîtres du jeu l
Yasser
Moheb