Al-Ahram Hebdo, Arts | Du refus derrière la toile
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 Semaine du 27 juin au 3 juillet 2007, numéro 668

 

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Arts

Cinéma . Avec le début de la saison d’été apparaissent de fortes rivalités entre distributeurs de films, propriétaires de salles et créateurs. Chacun cherchant à faire prévaloir son intérêt.

Du refus derrière la toile

C’était l’accalmie il y a quelques mois. Comme si les distributeurs de films et les propriétaires de salles avaient signé une trêve. Puis d’un coup, la société Al-Arabiya pour la production et la distribution a annoncé sa prompte décision de projeter neuf films américains lors de la saison d’été. Cette transgression des règles convenues par la Chambre du cinéma lui permettrait éventuellement de pouvoir faire face à des films égyptiens imbattables au niveau des recettes, tels Morgane Ahmad Morgane de Adel Imam, et Karkar de Mohamad Saad.

« Nous vivons à l’ère des distributeurs. Ce sont eux qui prédominent la scène cinématographique en Egypte. Ils peuvent garantir la réussite ou l’échec d’un film donné. Et possèdent environ 95 % des salles de cinéma en Egypte, de quoi renforcer leur pouvoir », souligne la comédienne et productrice Samira Mohsen.

Tout a commencé il y a deux ans, lorsque les trois sociétés de production Al-Massa, Al-Nasr et Oscar ont décidé de former une coalition, connue aujourd’hui par La Coalition tripartite ou Les Artistes unis, afin de contrer l’hégémonie de la nouvelle entité de production, Al-Arabiya, gérée par la comédienne Issaad Younès. « La rivalité entre ces deux camps a mené à une guerre nettement matérielle », commente le critique Ali Saad.

De temps en temps, on assiste alors à une désinformation visant à affirmer la victoire d’une des deux parties. Par exemple, durant la haute saison de la fête du grand Baïram, Les Artistes unis a annoncé des chiffres fabriqués de toutes pièces visant à confirmer qu’elle a battu la société Al-Arabiya, laquelle possède aujourd’hui plus de 70 % des salles.

« Depuis plus d’un an, on ne lésine pas sur les moyens de la rivalité. On assiste à une course aux gains financiers, nuisant aussi bien à la production qu’à l’histoire du cinéma. Les cinéastes sont devenus de simples marionnettes entre les mains de ces grandes entités de distribution », explique le producteur Hani Guirguis Fawzi.

Les limites des territoires étant relativement floues, il est difficile de connaître les chiffres exacts notamment en ce qui concerne les revenus des films égyptiens en 2006.

Alaa Diab, directeur de l’une des salles de Osmane Group, précise : « Les priorités des distributeurs ont changé. Le monopole des salles est un moyen de gagner la bataille, même si cela s’opère en violant les décisions de la Chambre du cinéma ».

Maximiser les recettes

Les prémices d’une crise ont commencé à miroiter. L’Union des artistes dite aussi la Coalition tripartite a réservé 55 salles pour projeter leur film Andalib Al-Doqqi (le rossignol de Doqqi) avec Mohamad Héneidi, et la société Good News a réservé 59 salles pour donner la nouvelle comédie de Adel Imam, Morgane Ahmad Morgane. De quoi leur garantir de maximiser les recettes ! Alors de son côté, la société Al-Arabiya a annoncé consacrer 75 salles à la projection de son film Karkar, de Mohamad Saad. Un score inédit pour un film égyptien !

« Personne ne peut forcer un investisseur à perdre son argent et à laisser ses écrans vides, faute de films arabes à projeter », se défend Mohamad Al-Touni, l’un des responsables des salles exploitées par la société Al-Arabiya laquelle n’a produit cet été que très peu de films égyptiens. Ceci dit, ses productions ne peuvent pas couvrir ses salles. Et à Al-Touni d’ajouter : « Nous avons le droit de refuser la projection de films produits par nos concurrents, sur nos écrans. On ne va pas quand même fermer boutique, la seule issue était pour nous de diffuser des films américains durant l’été ».

Certains critiques approuvent cette idée de ne pas imposer un genre en particulier aux responsables des salles comme au public. Par contre, d’autres distributeurs y voient une atteinte au film égyptien. Le producteur Mohamad Hassan Ramzi, faisant partie de la Coalition tripartite, menace : « Si jamais la Chambre du cinéma ne prendra pas de décision ferme pour éviter ces projections américaines, nous allons considérer cette démarche comme une violation intentionnée de ses décisions, que nous ne respecterons plus à notre tour ».

Ces menaces, la bousculade de films et la réservation de salles font place à un chaos dont les seules victimes seraient le public ordinaire et une industrie déjà en crise. Car forcément certains films ne resteront à l’affiche que deux ou trois semaines, leurs créateurs verront leurs œuvres broyées par les distributeurs qui sont devenus les vrais maîtres du jeu l

Yasser Moheb

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