ECHOS ECONOMIQUES
L’exportation comme bouée de sauvetage
L’Afrique doit développer ses exportations pour stimuler la
croissance et faire reculer la pauvreté. Tel est le
pronostic des institutions financières internationales
intervenant en Afrique. Dans ses efforts vers l’intégration
au système commercial mondial, l’Afrique fait face à
d’énormes défis et bien que le commerce africain connaisse
depuis quelques années seulement quelques succès, les
produits phares des exportations africaines demeurent pour
un grand nombre de pays africains les produits de base :
minerais, pétrole, cacao, café, horticulture (fleurs
coupées), poissons surgelés et agrumes.
A la fin des années 1990, les exportations africaines
atteignaient environ 124 milliards de dollars. Entre 1994 et
1998, les exportations totales, sans le pétrole,
augmentaient en moyenne de 5 % par année. Depuis 1991, les
exportations africaines vers la Chine ont doublé. En effet,
alors qu’elles ne représentaient que 3,2 % de l’ensemble des
exportations africaines en 2001, ce taux a atteint 7,5 % en
2005. Cependant, si ces chiffres indiquent une forte
augmentation, il ne faut surtout pas généraliser la
situation car derrière ces chiffres ne figurent que les
réussites de quelques produits et de quelques pays.
En effet, ce sont deux régions seulement du continent — nord
et sud — qui sont les représentants de ces réussites : les
pays du Maghreb qui ont réussi à rejoindre les rangs des
zones phares dans le commerce mondial en termes de produits
manufacturés, et les pays membres de l’Union douanière
d’Afrique australe (SACU) qui eux figurent parmi les quinze
meilleurs exportateurs du monde. Mais il faut admettre que
les réussites africaines dans l’exportation ne se limitent
pas aux pays du Maghreb ou d’Afrique australe. Selon les
experts statisticiens du Trade
Performance Index, plusieurs Etats subsahariens comme le
Kenya, le Malawi, le Ghana, l’Ethiopie et le Mozambique sont
« en train d’améliorer leur compétitivité dans les
exportations d’aliments préparés ».
Le Ghana, qui vient cette année de fêter ses 50 ans
d’indépendance, pourrait, selon certains observateurs, être
le premier pays africain à atteindre l’Objectif de
développement pour le millénaire qui vise à réduire de
moitié le nombre de pauvres. En effet, le Ghana a vu ses
exportations croître et les exportations non traditionnelles
du pays, y compris les services, ont fait un bond en avant
de 60 % depuis 2000. Quant à l’Ethiopie, malgré ses
difficultés internes et ses démêlés avec ses voisins —
Erythrée et Somalie — est devenue en quelques années un
fournisseur international compétitif pour certains services
et marchandises. Les producteurs éthiopiens sont les
premiers fournisseurs de graines de sésame, avec 11 % des
importations mondiales, de cuir et de café.
Les observateurs reconnaissent que les cas de réussite
pourraient se multiplier et pourrait mettre le continent au
diapason mondial si deux conditions sine qua non sont
présentes. La première de ces deux conditions est que les
pays industrialisés tiennent leurs promesses et fassent en
sorte que les négociations de l’Organisation Mondiale du
Commerce (OMC), dans le cadre du cycle de Doha, aboutissent
à des résultats « favorables au développement », en
acceptant de réduire leur protection douanière et d’ouvrir
leur marché aux produits agricoles, aux services et aux
biens manufacturés.
La deuxième condition, aussi importante que la première,
implique également la coopération entre dirigeants africains
et leurs partenaires internationaux. Les deux groupes
doivent créer un « environnement favorable aux exportations
… » en réduisant les coûts de fonctionnement et les risques
élevés pour les entreprises.
Cependant, un autre problème se pose : la communauté
internationale ne favorise pas toujours la réussite des
exportateurs africains. La position de certains pays
industrialisés concernant les subventions accordées aux
producteurs de coton, en particulier aux Etats-Unis, pèse
sur les cours mondiaux et coûte aux économies africaines du
Sahel en particulier, quelque 250 millions de dollars par
an. En outre, les ONG internationales telles qu’Oxfam,
estiment que l’escalade tarifaire pénalise les produits à
valeur ajoutée. Selon les observateurs, l’Union européenne,
par exemple, n’impose quasiment aucun droit sur les fèves de
cacao exportées par l’Afrique, mais par contre prélève
environ 10 % sur le cacao
semi-transformé et 30 % sur le chocolat. Les
exportateurs africains font également face aux contraintes
intérieures « qui les empêchent de tirer parti des nouvelles
possibilités commerciales ».
En l’absence d’avancées décisives sur ces deux fronts, on
voit mal comment l’Afrique pourra accélérer sa croissance
économique et réduire le nombre de ceux qui vivent dans la
misère extrême.
Eva Dadrian