Congo .
Le premier tour des législatives a eu lieu cette semaine
malgré des difficultés techniques et le boycottage de
certains partis de l’opposition. Un scrutin qui devrait
redonner la majorité absolue au camp du chef de l’Etat.
Vers une majorité présidentielle
Les
électeurs congolais se sont rendus dimanche dernier aux
urnes pour élire 137 députés parmi 1 044 candidats. Le
tout-puissant Parti Congolais du Travail (PCT) du chef de l’Etat
Denis Sassou-Nguesso, qui
comptait 115 députés dans la chambre sortante, devrait
retrouver la majorité absolue à l’issue de cette
consultation, dont le second tour a été programmé le 22
juillet prochain.
Avec ces législatives, le PCT désire accroître sa majorité
au Parlement qui était de 134 sièges (en comptant les petits
partis alliés) dans l’assemblée sortante. Mais, le taux de
participation est resté faible en raison des nombreux appels
au boycottage des partis de l’opposition et du caractère
attendu du résultat du scrutin. En outre, plusieurs bureaux
de vote ont ouvert leurs portes tardivement en raison du
retard pris dans la mise en place du matériel nécessaire à
la tenue du scrutin, obligeant ainsi les électeurs à voter
au compte-gouttes et aussi du retard de l’affichage des
listes ou de l’arrivée des équipes de scrutateurs. Beaucoup
de personnes se sont plaintes de ne pas avoir reçu leur
carte d’électeur.
Mais depuis plusieurs mois, le Parti Congolais du Travail (PCT),
au pouvoir, se querelle avec l’opposition, appuyée par un
certain nombre de partis alliés au PCT, sur les modalités
d’organisation du scrutin. Le débat portait notamment sur la
nature de la commission qui a supervisé le scrutin. Les
partisans du PCT, majoritaires à l’Assemblée et profitant du
boycott du Parlement par l’opposition, ont obtenu en avril
dernier que les commissaires électoraux soient désignés par
décret présidentiel. Depuis, les opposants réclament le
remplacement de la Commission nationale d’organisation des
élections (CONEL), mise en place le 31 mai, par une
commission « véritablement indépendante ». Les partis
d’opposition reprochent toutefois au gouvernement d’avoir
rassemblé les membres de cette commission électorale avec
les partisans de Sassou-Nguesso
et, plus grave, d’avoir trafiqué les listes électorales. «
Nous avons appelé au boycottage car nous ne croyons pas que
puissent se tenir des élections équitables », a déclaré
Eugène Sama, porte-parole d’un
parti de l’opposition. L’opposition, mais aussi quelques
voix de la majorité, avaient réclamé au moins le report du
scrutin.
Outre ces difficultés sur le plan organisationnel, une
quarantaine de partis ont catégoriquement refusé de
participer à ce qu’ils ont qualifié de « mascarade
électorale », les principaux mouvements hostiles au régime
en place ont finalement, malgré leurs réserves, décidé de se
lancer dans la bataille. C’est le cas de l’Union
panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) de
l’ex-président Pascal Lissouba,
renversé en 1997 par M. Sassou-Nguesso,
et de l’Union pour la Démocratie et la République (UDR-Mwinda)
dirigée par l’ancien premier ministre André
Milongo. Après avoir longtemps
hésité, le tout nouveau Conseil National des Républicains
(CNR) de l’ex-rebelle Frédéric
Bitsangou, alias Ntumi,
dont les miliciens « ninjas »
ont combattu les troupes
gouvernementales de 1998 à 2003, a confirmé sa
participation au scrutin.
L’hypothèse d’une défaite du parti présidentiel étant
unanimement écartée, le principal enjeu de ces législatives
porte sur la composition de la future majorité
présidentielle. A côté d’un PCT tiraillé entre «
conservateurs » et « rénovateurs » ont récemment émergé de
nombreuses petites formations aux mains de parents ou de
proches du chef de l’Etat, qui présentent de nombreux
candidats. Les analystes prévoient que la montée des petits
partis pourrait empiéter sur les plates-bandes du PCT, dont
les barons sont soumis à une forte concurrence. « La
majorité est un ensemble assez composite et le président
devra être assez habile pour maintenir des équilibres »,
affirme un analyste. Partageant le même avis un observateur
congolais estime que « l’intérêt du président, c’est de se
débarrasser de la vieille classe politique et de faire
monter les jeunes. Le PCT est usé, il n’attire plus (et)
Sassou a un œil sur (la
présidentielle de) 2009. S’il réussit la recomposition de la
classe politique, il aura un boulevard en 2009 »,
pronostique-t-il.
Mais ces enjeux restent très loin des préoccupations
quotidiennes des Congolais. « Ils veulent des députés qui
s’intéressent à leurs problèmes, et qui peuvent trouver des
issues pour améliorer leurs conditions de vie et leurs
questions économiques », explique Sayed
Feleifal, analyste au Centre des
études africaines au Caire l
Maha Salem