Réaménagement .
Un des plus beaux sites alexandrins tombé pendant un certain
temps dans l’oubli revient à l’honneur suite à des travaux
de restauration.
La rénovation de la villa Antoniadis
Qui
ne connaît pas la villa Antoniadis ? Ils sont nombreux,
certainement. Ses jardins, célèbres partout, sont une vision
de beauté, de grâce et d’harmonie ! Pour en raviver le
souvenir, prenons cet extrait d’un livre de M. Fernand
Leprette, un Français ayant vécu plusieurs années à
Alexandrie, qui en parle avec poésie et amour. Ces mémoires
datent de 1938.
« Il y a Antoniadis et ces jardins grandioses, qui peuvent
rivaliser avec les plus beaux d’Europe. Dans les serres, on
admire les plantes les plus rares, les fougères géantes
d’Australie, les fougères arborescentes de Java sensitives,
plusieurs camélias, ces fleurs précieuses, les longues
allées que bordent des stipes ( trônes de palmiers), comme
de pures pensées un peu mélancoliques avec leurs palmes
rompues allées solitaires propices à l’évasion qui font
rêver de Samarcande.
J’aime cette roseraie où s’exaltent par myriades, les
délicates roses pompons, les Roses-France, noblement
épanouies, les roses-thé jaunes ou dorées, les roses
veloutées blanches ou pourpres, joie des yeux.
J’aime encore l’orangerie au temps où les petites corolles
de crie blanche jonchent le sol, parce qu’on y respire,
jusqu’à l’irises des effluves sucrés et capiteux si
violents, que les promeneurs qui passent sur la route du
Canal, lèvent la tête, ouvrent les marines et songent au
bonheur ».
(C’est un extrait d’une œuvre de F. Leprette, intitulée
Alexandrie, porte de l’Ouest). Il a été glané dans le
fascicule AAHA (Amicale Alexandrie Hier et Aujourd’hui),
fondée par M. Sancho Manzoni, ex-Alexandrin.
Ceci étant posé, venons au cœur du sujet, « La Rénovation de
la villa Antoniadis et de ses jardins ». Rénovation,
entreprise, grâce au Fonds Onassis et dont le plan est
confié à l’ingénieur-architecte, le Dr Mohamad Awad, bien
connu, Alexandrin, amoureux de sa ville natale.
Description du Palais Antoniadis
Il
est situé au sud, il est bordé de quelque quarante-huit
hectares de verdure et de gazon, englobant les jardins
Antoniadis, les jardins de Nozha. Ajoutons que l’on peut
admirer dans les jardins de la villa de magnifiques statues
ainsi que des serres contenant des plantes tropicales. Cette
superbe villa comprend un rez-de-chaussée mesurant 1 085 m2.
Le premier étage est de 860 m2, le roof 480 m2 de pourtour,
et un sous-sol de 434 m2. Soit un total d’une surface de 2
859 m2.
Le rez-de-chaussée et le premier étage possèdent, chacun,
quinze chambres. Il est fort intéressant de noter que dans
les restes architecturaux, on a découvert une tombe d’un
gnostique et une citerne. La villa est classée « monument
historique » dans le registre gouvernemental.
Coup d’œil historique
Sir John Antoniadis est le parfait prototype de l’«
Alexandrin-cosmopolite ». Il est sujet anglais, originaire
de l’île grecque de Lemnos. Ce fut le bienfaiteur de la
ville d’Alexandrie et de la communauté grecque vers le
milieu de XIXe siècle. Il fut l’instigateur de
l’embellissement des jardins, qui seront les plus fameux et
les plus célèbres d’Alexandrie.
Quand la villa et ses jardins furent offerts à la
municipalité de notre ville par son dernier propriétaire Sir
Anthony Antoniadis, ils furent utilisés comme « maison
d’invités », tels les grands dignitaires en visite. On y
notait les rois de Belgique, de Grèce, d’Italie, le Shah
d’Iran et son épouse, ainsi que la princesse Fawziya, sœur
du roi Farouq d’Egypte. On y assista à des réceptions
historiques. La villa fut témoin de celle donnée en
l’honneur de la signature du Traité anglo-égyptien de 1936,
de celle de la création de la Ligue arabe en 1946.
Des réceptions en l’honneur des événements mondains survenus
dans les années 1930-1940. Ne pas oublier que dans ces
années, ce furent des « garden parties » donnés à cette
occasion, où se tenait la splendide exposition florale, qui
se renouvellera à chaque année.
On a longtemps parlé de la fastueuse invitation donnée en
l’honneur du khédive Ismaïl, accompagné de son jeune fils,
Tewfiq, le prince héritier du trône d’Egypte, et la
réception en l’honneur de l’élite alexandrine. Ces riches
manifestations politiques et culturelles ont ajouté à la
diversité, au pluralisme et à l’interaction parmi les
représentants méditerranéens.
Après la Révolution de 1952, une partie des jardins furent
coupés, afin d’élargir Nozha et le Parc zoologique. Vers
l’année 1970, il y eut une dégradation dans la partie
architecturale de la villa. Par contre, les jardins tinrent
bon.
En 2004, sous les auspices du général Abdel-Salam Al-Mahgoub,
ex-gouverneur d’Alexandrie, la villa, ses jardins, la
collection d’œuvres d’art et les meubles furent offerts de
même à la Bibliotheca.
Enfin, après la rénovation de la villa par le compétent Dr
Mohamad Awad, se tiendra une exposition de son œuvre
architecturale. On admirera alors ce travail gigantesque,
dont les travaux ont déjà pris leur essor. On verra,
également, les meubles, les diverses collections faisant
partie des possessions de Sir John Antoniadis.
Gisèle
Boulad