Al-Ahram Hebdo, Opinion | Abdel-Moneim Al-Machat, L’absence de vision dans l’enseignement
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Opinion

L’absence de vision dans l’enseignement

Abdel-Moneim Al-Machat
Professeur de sciences politiques
 

Tout le monde est d’accord sur le fait que l’enseignement égyptien à tous ses niveaux passe par une crise aiguë. Il y a également unanimité pour dire que le niveau de l’enseignement est incontournable dans le progrès et dans le passage d’une société et d’un Etat donné vers des horizons plus élargis de développement. Les aspects démontrant la précarité du niveau de l’enseignement résident dans le fait que l’Egypte occupe le classement n°143 sur 177 Etats au niveau de l’analphabétisme. Selon les chiffres officiels, les taux d’analphabétisme ont atteint 30 %, alors que dans les statistiques mondiales, ce taux dépasse de loin le chiffre officiel. Pour ce qui est de la recherche scientifique, les bulletins scientifiques publiés par les Egyptiens sont 20 % moins nombreux de ce que les Israéliens ont publié. D’ailleurs, les inventions égyptiennes enregistrées sont de 27 % inférieures à ce qu’ont enregistré les Israéliens. Les sommes consacrées à la recherche scientifique en Egypte ne dépassent pas les 2 % du PIB, soit 4 % de moins de ce que dépense Israël. Ajoutons à cela l’incapacité des diplômés égyptiens à se livrer à la concurrence non seulement sur les marchés mondiaux, mais également à l’intérieur de l’Egypte, pour occuper les postes administratifs et techniques avancés. A la lumière de la mondialisation, de la concurrence féroce et de la facilité de transfert des candidats qualifiés vers les marchés mondiaux transcendant ainsi les barrières nationales et attirant les compétences quelles que soient leurs nationalités ou origines, les diplômés égyptiens restent incapables de s’engager dans cette concurrence. Car ils sont ligotés par le marché régional traditionnel, caractérisé par son bas niveau et son étroitesse de vue.

L’essence de la crise de l’enseignement réside dans l’absence de la vision et par conséquent l’absence de politiques et leurs divergences. En portant un regard sur les pays dans lesquels l’enseignement joue un rôle primordial au niveau des progrès, surtout industriel et technologique, tels que l’Inde, la Thaïlande et les pays de l’Est asiatique, nous verrons qu’ils ont déterminé leurs visions quant à l’enseignement et ont fixé son rôle dès le dernier quart du siècle passé. Leurs visions se sont centrées sur la réalisation du succès et de la prédominance dans les domaines scientifiques, technologiques et mathématiques tout en exposant leur produit éducatif à la concurrence sur les marchés mondiaux. L’Inde a mis en place l’Institut Indien pour la Technologie (IIT), alors que la Thaïlande a établi l’Institut asiatique de la technologie (AIT). La Banque mondiale a d’ailleurs attesté que le niveau scientifique des diplômés de cet institut n’est pas moindre comparé aux grandes universités britanniques et américaines. Ainsi les pays de l’Est de l’Asie et l’Inde ont-ils connu un essor industriel et technologique sans précédent. Les diplômés indiens sont devenus sur la liste du personnel technique requis mondialement dans les domaines technologiques. Il nous suffit de mettre l’accent sur le rôle qu’ils ont joué dans l’évolution des programmes de la compagnie Microsoft.

Le problème réside dans le fait que le processus éducatif égyptien est renfermé dans un dossier d’ordre politique et médiatique n’ayant rien à voir avec son objectif de base, celui d’assurer le savoir et de promouvoir les talents et compétences. En réalité, cet état de fait ne prévoit aucune vision concernant l’avenir de l’enseignement en Egypte, son rôle ou encore le produit final qui en résulte. Il est clair que les responsables de l’enseignement au cours des derniers 25 ans orientent l’effort et l’énergie et l’intérêt même vers des questions secondaires pour éviter d’être confrontés aux responsabilités majeures et aux politiques qu’ils doivent mettre en application. L’absence de vision entraîne une absence de politiques scientifiques et par conséquent la concrétisation de celles-ci sur le terrain de la réalité. Il faut mettre en place des politiques éducatives réussies en parallèle avec une vision d’avenir. Il faut que les connaissances et les informations soient disponibles en toute minutie et en toute crédibilité tout en mettant l’accent sur l’importance de la participation populaire à la formule proposée.

Ceci doit s’appliquer à tous les pays. Le point de départ doit être le changement radical des politiques qui influenceraient l’enseignement et son évolution au lieu de se concentrer sur les petits détails qui sont du seul ressort des fonctionnaires et des techniciens . 

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