L’absence de vision dans l’enseignement
Abdel-Moneim
Al-Machat
Professeur de sciences politiques
Tout le monde est d’accord sur le fait que l’enseignement
égyptien à tous ses niveaux passe par une crise aiguë. Il y
a également unanimité pour dire que le niveau de
l’enseignement est incontournable dans le progrès et dans le
passage d’une société et d’un Etat donné vers des horizons
plus élargis de développement. Les aspects démontrant la
précarité du niveau de l’enseignement résident dans le fait
que l’Egypte occupe le classement n°143 sur 177 Etats au
niveau de l’analphabétisme. Selon les chiffres officiels,
les taux d’analphabétisme ont atteint 30 %, alors que dans
les statistiques mondiales, ce taux dépasse de loin le
chiffre officiel. Pour ce qui est de la recherche
scientifique, les bulletins scientifiques publiés par les
Egyptiens sont 20 % moins nombreux de ce que les Israéliens
ont publié. D’ailleurs, les inventions égyptiennes
enregistrées sont de 27 % inférieures à ce qu’ont enregistré
les Israéliens. Les sommes consacrées à la recherche
scientifique en Egypte ne dépassent pas les 2 % du PIB, soit
4 % de moins de ce que dépense Israël. Ajoutons à cela
l’incapacité des diplômés égyptiens à se livrer à la
concurrence non seulement sur les marchés mondiaux, mais
également à l’intérieur de l’Egypte, pour occuper les postes
administratifs et techniques avancés. A la lumière de la
mondialisation, de la concurrence féroce et de la facilité
de transfert des candidats qualifiés vers les marchés
mondiaux transcendant ainsi les barrières nationales et
attirant les compétences quelles que soient leurs
nationalités ou origines, les diplômés égyptiens restent
incapables de s’engager dans cette concurrence. Car ils sont
ligotés par le marché régional traditionnel, caractérisé par
son bas niveau et son étroitesse de vue.
L’essence de la crise de l’enseignement réside dans
l’absence de la vision et par conséquent l’absence de
politiques et leurs divergences. En portant un regard sur
les pays dans lesquels l’enseignement joue un rôle
primordial au niveau des progrès, surtout industriel et
technologique, tels que l’Inde, la Thaïlande et les pays de
l’Est asiatique, nous verrons qu’ils ont déterminé leurs
visions quant à l’enseignement et ont fixé son rôle dès le
dernier quart du siècle passé. Leurs visions se sont
centrées sur la réalisation du succès et de la prédominance
dans les domaines scientifiques, technologiques et
mathématiques tout en exposant leur produit éducatif à la
concurrence sur les marchés mondiaux. L’Inde a mis en place
l’Institut Indien pour la Technologie (IIT), alors que la
Thaïlande a établi l’Institut asiatique de la technologie
(AIT). La Banque mondiale a d’ailleurs attesté que le niveau
scientifique des diplômés de cet institut n’est pas moindre
comparé aux grandes universités britanniques et américaines.
Ainsi les pays de l’Est de l’Asie et l’Inde ont-ils connu un
essor industriel et technologique sans précédent. Les
diplômés indiens sont devenus sur la liste du personnel
technique requis mondialement dans les domaines
technologiques. Il nous suffit de mettre l’accent sur le
rôle qu’ils ont joué dans l’évolution des programmes de la
compagnie Microsoft.
Le problème réside dans le fait que le processus éducatif
égyptien est renfermé dans un dossier d’ordre politique et
médiatique n’ayant rien à voir avec son objectif de base,
celui d’assurer le savoir et de promouvoir les talents et
compétences. En réalité, cet état de fait ne prévoit aucune
vision concernant l’avenir de l’enseignement en Egypte, son
rôle ou encore le produit final qui en résulte. Il est clair
que les responsables de l’enseignement au cours des derniers
25 ans orientent l’effort et l’énergie et l’intérêt même
vers des questions secondaires pour éviter d’être confrontés
aux responsabilités majeures et aux politiques qu’ils
doivent mettre en application. L’absence de vision entraîne
une absence de politiques scientifiques et par conséquent la
concrétisation de celles-ci sur le terrain de la réalité. Il
faut mettre en place des politiques éducatives réussies en
parallèle avec une vision d’avenir. Il faut que les
connaissances et les informations soient disponibles en
toute minutie et en toute crédibilité tout en mettant
l’accent sur l’importance de la participation populaire à la
formule proposée.
Ceci doit s’appliquer à tous les pays. Le point de départ
doit être le changement radical des politiques qui
influenceraient l’enseignement et son évolution au lieu de
se concentrer sur les petits détails qui sont du seul
ressort des fonctionnaires et des
techniciens .