Discrimination, racisme, statut particulier.
Les Arabes de Jérusalem vivent dans des conditions bien
pénibles.
Pourtant
les difficultés ne sont pas les mêmes pour tous. Reportage.
Etre
arabe à Jérusalem
Jérusalem,
Correspondance —
Une jeune femme descend du bus, un militaire la siffle comme
un chat prêt à attaquer. La jeune femme est voilée, le
militaire est, obligatoirement, israélien. Cette anecdote
reflète en grande partie les relations entre musulmans et
juifs à Jérusalem, pourtant en discutant avec les
Arabo-musulmans de Jérusalem, on s’aperçoit que tous n’ont
pas le même sentiment par rapport à ces relations. Ainsi,
cette jeune vendeuse qui travaille dans un magasin de
vêtements trouve-t-elle parfois difficile de vivre à
Jérusalem, mais ne rencontre pas de problèmes au quotidien,
alors que la dame âgée qui lui achète un foulard pense que
la vie est difficile tous les jours. Toutes les deux sont
arabo-musulmanes, mais la première a la nationalité
israélienne, tandis que l’autre non. Elles sont tout de même
d’accord sur une chose, elles aiment vivre à Jérusalem et ne
déménageraient pour rien au monde.
La bonne
ou mauvaise situation des Arabo-musulmans à Jérusalem semble
donc être grandement liée au fait qu’ils aient la
nationalité israélienne ou non, et à leur volonté de
s’intégrer dans la société israélienne. Par exemple, ces
deux jeunes filles non originaires de Jérusalem, mais qui y
font leurs études, ont parfois des problèmes, surtout parce
qu’elles portent le voile, mais le fait qu’elles aient la
nationalité israélienne et qu’elles parlent couramment
l’hébreu leur permet d’éviter les problèmes graves.
La
situation la plus difficile semble être celle des Arabes de
Jérusalem-Est. Ceux-ci n’ont pas de passeport mais un Travel
Document sur lequel est inscrit leur lieu de naissance :
Jérusalem-Est, et leur nationalité : jordanienne. Ils n’ont
jamais mis les pieds en Jordanie et n’y ont aucune famille,
mais après 1967, tous les Palestiniens vivant à Jérusalem
ont reçu la nationalité jordanienne. La première conséquence
de leur nationalité jordanienne est qu’ils ne sont que «
résidents permanents » dans la ville où ils sont nés et où
ils ont toujours vécu. S’ils quittent le pays pendant plus
de trois ans, ils perdent ce droit de résidence, et ne
peuvent plus rentrer chez eux. Ce qui semble d’autant plus
injuste c’est que tout juif qui arrive pour la première fois
à la frontière peut obtenir la nationalité israélienne très
facilement et s’installer aussitôt à Jérusalem. De plus, du
fait de leur nationalité jordanienne, les Arabes de
Jérusalem-Est n’ont pas le droit de voter pour le Parlement
ou le gouvernement israélien. Ils ont le droit de voter pour
les municipales, mais beaucoup ne votent pas car cela
reviendrait à reconnaître la légitimité de l’existence
d’Israël. Ils ont aussi le droit de voter pour les
organisations de l’OLP tout en sachant qu’Israël fiche ceux
qui le font.
Au-delà
de la condition particulière des Arabo-musulmans de
Jérusalem-Est, tous les Arabo-musulmans subissent une forte
discrimination dans la ville. 90 % des fonctionnaires sont
israéliens, les Arabes de Jérusalem qui veulent travailler
pour l’Etat doivent « coopérer », ne pas mettre en avant
leur « palestinité ». Cette discrimination ne touche pas que
le secteur public, même avec des niveaux élevés de diplômes,
ils ne trouvent que des emplois de réceptionniste, homme ou
femme de ménage, etc. Ce qui les décourage complètement à se
lancer dans des études longues. Il est aussi de plus en plus
difficile pour les Arabes qui n’ont pas la nationalité
israélienne de devenir propriétaires, ce qui explique la
diminution de la propriété arabe à Jérusalem-Est. Les Arabes
ne peuvent en effet acheter de terrains constructibles ou de
maisons à un Israélien, tandis que les Israéliens peuvent
acheter à prix d’or les propriétés arabes.
Certains
ont la vie plus facile, tels que les bédouins considérés
comme plus loyaux à Israël et qui en ont, de ce fait, tous
la nationalité. Il en est ainsi de ce commerçant bédouin
dont le principal souci est d’éviter les problèmes, de
réussir à bien vivre malgré les taxes élevées, et de donner
une bonne éducation à ses enfants, en évitant de trop se
préoccuper du futur. Malgré tout, quand on lui demande ce
qu’il pense en tant que musulman des fouilles israéliennes
devant la mosquée d’Al-Aqsa, on sent du pessimisme dans sa
réponse : « Les juifs prennent tout Jérusalem petit à petit.
On sait qu’un jour ou l’autre ils prendront Al-Aqsa » .
Julie
Durand