Politique.
La guerre des idées bat son plein et le monde arabe y est
entraîné, freiné cependant par l’absence de démocratie.
Al-Sayed
Yassine tente de cerner
dans un nouvel ouvrage les tenants et les aboutissants de la
crise.
L’indispensable pluralisme
Démocratie
et dialogue des cultures ... Une question-clé qui ne cesse
de revenir, de s’imposer et de susciter toutes sortes de
débats, notamment entre le monde arabe et l’Occident. Le
nouvel ouvrage d’Al-Sayed
Yassine, professeur de
socio-politique et conseiller
auprès du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram, fait le point sur
cette problématique en partant d’une question de base : y
a-t-il un rapport entre la démocratie et le dialogue des
cultures ? La réponse intervient très vite, elle ne laisse
aucune place au doute. « A notre avis, le rapport est étroit
». L’auteur remonte en fait à une notion fondamentale, sans
laquelle il ne peut être question ni de démocratie ni de
dialogue, il s’agit du pluralisme. Si un système politique
démocratique est bâti sur le pluripartisme, il doit aussi
instituer une pluralité de pensées ; ceci menant normalement
à l’idée du dialogue. C’est dire, selon lui, que ce sont les
régimes démocratiques qui sont susceptibles de pratiquer le
dialogue des civilisations.
Cette présentation méthodique, si elle dénote d’une logique
limpide, démontre aussi la complexité de la question. Le
dialogue des cultures ou des civilisations s’inscrit
désormais dans un contexte de rivalité, voire de conflit
politique où souvent les véritables desseins des uns et des
autres sont masqués. Il est certain que pour le monde arabe,
la démocratie est en crise et ce depuis un demi-siècle au
moins, relève Yassine. La
nouvelle vague démocratique a bien déferlé partout dans le
monde, soumettant de nombreux régimes totalitaires et
autoritaires à des pressions, le discours sur une réforme
politique dans le monde arabe s’exprime de manière plus
concrète sous l’effet conjugué de l’élite politique, des
institutions de la société civile et des exigences. L’auteur
ne manque pas non plus de citer les pressions en provenance
des Etats-Unis et de l’Europe. Une dimension trouble dans ce
contexte puisque d’aucuns s’en servent pour discréditer le
mouvement pour une démocratisation des sociétés arabes.
D’ailleurs, Yassine consacre
toute une partie de son livre à une tentative de « mesurer »
les progrès éventuels en matière de démocratie dans les
domaines politique, économique, social et culturel. Une
sorte d’observatoire qu’il avait proposé lors d’une
conférence qui s’est tenue à Alexandrie sur la réforme
politique arabe.
L’auteur passe aussi à un « démontage » du discours sur la
question afin de pouvoir expliquer, analyser et critiquer
les différents concepts sur lesquels bute l’élaboration
d’une synthèse qui favoriserait ce dialogue, à l’exemple de
la mondialisation, du chaos constructif et autres. Le besoin
d’autocritique s’avère indispensable chez les uns comme chez
les autres et Al-Sayed
Yassine en proposant des assises
et des fondements pour le dialogue n’ignore ni le contexte
politique ni celui historique. D’où la lucidité d’un ouvrage
de référence qui ne tombe ni dans le piège d’un optimisme
euphorique ni dans celui d’un pessimisme faisant d’un
certain présent l’image de l’avenir .
Ahmed
Loutfi