Al-Ahram Hebdo,Invité | Réfaat Al-Saïd, « Nous demandons le changement à travers la participation »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Le parti Al-Tagammoe (Rassemblement, gauche) a été le seul de l’opposition officielle à présenter des candidats aux élections du Conseil consultatif, qui se sont déroulées lundi. Interview avec son président, Réfaat Al-Saïd. 

« Nous demandons le changement à travers la participation » 

Al-Ahram Hebdo : Tous les partis politiques et les principales formations de l’opposition ont boycotté les élections au Conseil consultatif. Sauf Al-Tagammoe. Pourquoi ?

Réfaat Al-Saïd : Nous sommes engagés dans un dialogue avec les autres partis de l’opposition, notamment le Parti nassérien et le néo-Wafd. Nous adoptons des politiques communes sur les points où nos positions se ressemblent. Mais il se trouve que sur le dossier de la participation aux élections, nous n’avons jamais réussi à nous concerter, il y a toujours eu divergence de vues.

— Le Rassemblement a-t-il agi comme le néo-Wafd lors des élections présidentielles, qui n’avait présenté qu’un candidat face à Moubarak ? Ou s’agit-il d’aider le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) à donner un semblant de sérieux à ces élections ?

— Comment peut-on nous accuser de jouer le jeu du PND alors que nos candidats affrontent les siens sur le terrain ? La participation à une élection est un droit que nous avons choisi d’assumer. Si d’autres partis décident de boycotter ces élections en raison de l’annulation du contrôle judiciaire, cela implique le boycott de toutes les élections à venir, parce que les règles du jeu juridiques et constitutionnelles ne changeront pas. On ne peut pas appeler au boycott aujourd’hui, faire volte-face et participer, par exemple, aux élections de l’Assemblée nationale qui se déroulent dans les mêmes conditions. Nous refusons l’article 88 de la Constitution qui a annulé le principe d’« un juge pour chaque urne », nous refusons également la composition du Haut comité électoral, nous l’avons répété haut et fort, la différence c’est que nous protestons et nous demandons le changement à travers la participation.

— Peut-on parler d’un programme pour les candidats du Rassemblement aux élections du Conseil consultatif ?

— Notre parti offre deux genres de programmes, un programme général qui engage tous les candidats et un autre programme propre à chacun d’entre eux et qui est focalisé sur les problèmes d’ordre local, comme l’agriculture et les infrastructures, selon les besoins de chaque circonscription.

— Quels sont les grands traits de votre programme global ?

— Le programme de notre parti répond à une question principale, une question posée par le PND : « Pourquoi les citoyens ne ressentent-ils pas les réformes réalisées ? ». Nous croyons que l’un des problèmes fondamentaux auxquels se heurte le gouvernement est l’existence de certains ministres qui pensent pouvoir apprendre à nager dans les livres. Pour obtenir des changements palpables, il faut connaître la réalité du terrain, or ces ministres-là ne la comprennent pas. Ils ne savent pas que leurs décisions peuvent avoir des conséquences désastreuses sur la population. Ils ne savent pas que la privatisation des cimenteries par exemple peut entraîner un monopole, ce qui peut à son tour se traduire par une hausse des prix du logement, et une aggravation du phénomène des sans domicile. Si quelqu’un essaye de le leur expliquer, ils s’en moquent.

— Pour revenir aux élections, les 109 candidats du PND ne comptent qu’une seule femme et aucun copte. Une situation inégalitaire que vous avez toujours critiquée. Avez-vous réussi à donner l’exemple ?

— Nous avons toujours été les premiers à réclamer une plus forte participation à la vie politique des femmes et des coptes. Le problème est que ces élections sont partielles, donc, ne concernent pas toutes les circonscriptions. Les candidats sont limités et il n’est pas toujours possible de trouver à la fois la bonne personne et de respecter l’équilibre de la représentativité que nous souhaitons tenir. Cela dit, sur nos trois candidats, il y a un copte, mais malheureusement aucune femme.

— Ces élections sont les premières depuis les amendements constitutionnels qui ont accru les prérogatives du Conseil consultatif en lui conférant un rôle législatif. Pensez-vous que celui-ci occupera une place plus importante dans la vie politique égyptienne ?

— Le rôle du Conseil consultatif a bel et bien changé, c’est un fait. Selon la nouvelle Constitution, l’aval du Conseil est aujourd’hui incontournable pour l’adoption de lois complémentaires à la Constitution. L’Etat, le gouvernement et l’Assemblée du peuple sont engagés à soumettre ce genre de loi au Conseil. Celui-ci doit « prendre une décision » et non simplement « donner un avis » comme c’était jusque-là le cas. Ceci est très important surtout quand il s’agit de discuter des questions touchant à des droits constitutionnels comme l’enseignement, lequel est un droit garanti à tous les citoyens ...

— Vos candidats ont-ils subi des harcèlements de la part de la police ou des électeurs du PND durant la campagne ?

— Dès le premier jour, de jeunes officiers de la Sécurité d’Etat ont dit avoir reçu des directives pour restreindre les chances de réussite des candidats de l’opposition. Du coup, le comité électoral d’Alexandrie a rayé des listes le nom de notre candidat Ahmad Chaabane. Je suis intervenu à deux reprises auprès du président du Haut comité électoral pour rectifier la situation, sans recevoir de réponse. De leur côté, les agents de la sécurité ont poursuivi leurs harcèlements en empêchant notre candidat de faire campagne. Ils disaient exécuter des ordres et lui ont conseillé d’abandonner. Bref, tout cela révèle le comportement du PND, de l’institution sécuritaire et du comité électoral. Cela prouve que finalement, nous avions raison de revendiquer un contrôle judiciaire strict sur les élections. Malgré tout, nous continuerons à nous battre pour la démocratie avec la conviction que le peuple punira un jour ceux qui ont falsifié sa volonté.

— Vous êtes hostiles aux islamistes. Comment réagissez-vous aux arrestations et harcèlements ayant visé les candidats des Frères musulmans lors des élections ?

— En principe, tout citoyen a le droit de se porter candidat à une élection. Il est inacceptable de punir quelqu’un à cause de ses tendances politiques ou intellectuelles. Cela dit, quand il s’agit de faire campagne en utilisant des slogans d’ordre religieux, je suis tout à fait contre, non pas parce que c’est interdit par la loi ou parla Constitution, mais pour la simple raison que cela constitue une exploitation de la religion dont souffriraient précisément les pratiquants. Nous avons des problèmes de pauvreté, de chômage, dans les systèmes de santé et d’éducation, etc. Cela tout le monde le reconnaît, le gouvernement aussi bien que l’opposition. Maintenant si l’on avance que l’islam est la solution, de deux choses l’une : ou bien l’islam est là et n’y peut rien, ou bien l’islam est absent parce que nous sommes une société non musulmane ... avec toutes les conséquences épouvantables qui en découlent ... .

Propos recueillis par Chérif Albert

 




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