Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’atout de la religion plus valide
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Egypte

Frères musulmans . Le bras de fer se maintient entre le régime et la Confrérie, une bataille qui se poursuit au niveau politique, sécuritaire et récemment juridique.

L’atout de la religion plus valide

Le torchon brûle entre le gouvernement et la Confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans. Jamais la tension entre les deux camps n’avait atteint un tel stade. Le gouvernement semble être décidé à asséner un coup dur à la confrérie en utilisant la manière forte afin de l’affaiblir tandis que se déroulent les élections du Conseil consultatif. Une campagne d’arrestations, des harcèlements et des humiliations sont devenus des pratiques routinières à l’égard des membres et sympathisants de la Confrérie.

La situation a atteint son paroxysme dans la foulée des élections du Conseil consultatif. D’après le numéro 2 de la Confrérie, Mohamad Habib, le nombre des détenus issus de la Confrérie s’élève à 790. Le bilan des services de sécurité est même plus élevé, avec près de 1 000 emprisonnés depuis six mois.

Mais un incident est venu accroître la tension entre le gouvernement et les Frères. Yasser Hammoud, un député des Frères musulmans du gouvernorat de Ménoufiya, a été battu et roué de coups par les forces de sécurité lors d’une visite vendredi à son village. « Trois voitures de police sous la direction d’un officier m’ont intercepté et je fus insulté. Ils ont essayé de confisquer mon téléphone et lorsqu’ils n’ont pas réussi, ils m’ont traîné par terre et m’ont frappé », a déclaré le député. Le groupe des 88 députés issus des Frères ont observé un sit-in et réclament des excuses formelles du ministre de l’Intérieur ...

Le guide spirituel de la Confrérie des Frères musulmans, Mahdi Akef, a dénoncé la « barbarie » d’un régime qui « prétend être démocrate ». « Les Frères se sont donné pour mission d’affronter l’injustice et la dictature, et c’est pourquoi on a insisté à participer à ces élections en dépit de la guerre féroce menée par le régime », indique Akef.

La veille de la tenue des élections, la Haute cour administrative a rejeté une demande du Haut comité d’annuler la candidature de huit candidats de la confrérie pour avoir utilisé des slogans religieux. Mais ce verdict favorable est loin de pouvoir changer la donne. Les quelques 19 candidats de la confrérie sont dans une situation peu enviable.

Mais le bras de fer se poursuit sur plusieurs niveaux non seulement sur le niveau sécuritaire, mais aussi sur le plan juridique. Interdisant toute activité politique basée sur la religion, la nouvelle Constitution place de facto les Frères « hors la loi ». « Cette Constitution a été promulguée pour pouvoir falsifier la volonté du peuple et réprimer la confrérie. Nous ne sommes pas contre la loi, mais contre un régime autoritaire qui s’empare du pouvoir et du sort de 75 millions d’Egyptiens. Ces centaines de détenus représentent le prix à payer dans notre lutte pour la démocratie », se révolte Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, membre du bureau suprême de la confrérie. Selon lui, ce prétendu « usage de slogans religieux » est vague et imprécis, et se heurte également à l’article 2 de la Constitution stipulant que l’islam est la religion de l’Etat et la source essentielle de législation. « Les candidats du PND ont écrit des versets coraniques sur leurs banderoles. S’agit-il aussi d’un usage de slogans religieux ? La participation du président Moubarak aux célébrations religieuses comme la commémoration de la naissance du prophète constitue-t-elle une utilisation de la religion à des fins politiques ? », contre-attaque Aboul-Fotouh.

Selon Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, cette politique de coups préventifs adoptés à l’égard des Frères prend une nouvelle tournure avec la nouvelle Constitution. Avec leur slogan « L’islam est la solution », les Frères musulmans sont dans l’impasse. « La confrérie qui, depuis sa création en 1928, tire sa légitimité populaire de la référence religieuse, doit céder à cet atout pour pouvoir participer au jeu politique, ce qui lui représente un véritable dilemme », assure Abdel-Fattah.

La montée en puissance des Frères musulmans lors des élections législatives d’octobre et novembre 2005 a fortement inquiété l’Etat qui perçoit les Frères comme un danger pour le pays. Mais l’Etat ne semble pas disposé cette fois-ci à laisser le terrain libre aux Frères.

May Al-Maghrabi

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