Frères musulmans .
Le bras de fer se maintient entre le régime et la
Confrérie, une bataille qui se poursuit au niveau politique,
sécuritaire et récemment juridique.
L’atout de la religion plus valide
Le
torchon brûle entre le gouvernement et la Confrérie
interdite mais tolérée des Frères musulmans. Jamais la
tension entre les deux camps n’avait atteint un tel stade.
Le gouvernement semble être décidé à asséner un coup dur à
la confrérie en utilisant la manière forte afin de
l’affaiblir tandis que se déroulent les élections du Conseil
consultatif. Une campagne d’arrestations, des harcèlements
et des humiliations sont devenus des pratiques routinières à
l’égard des membres et sympathisants de la Confrérie.
La situation a atteint son paroxysme dans la foulée des
élections du Conseil consultatif. D’après le numéro 2 de la
Confrérie, Mohamad Habib, le nombre des détenus issus de la
Confrérie s’élève à 790. Le bilan des services de sécurité
est même plus élevé, avec près de 1 000 emprisonnés depuis
six mois.
Mais un incident est venu accroître la tension entre le
gouvernement et les Frères. Yasser Hammoud, un député des
Frères musulmans du gouvernorat de Ménoufiya, a été battu et
roué de coups par les forces de sécurité lors d’une visite
vendredi à son village. « Trois voitures de police sous la
direction d’un officier m’ont intercepté et je fus insulté.
Ils ont essayé de confisquer mon téléphone et lorsqu’ils
n’ont pas réussi, ils m’ont traîné par terre et m’ont frappé
», a déclaré le député. Le groupe des 88 députés issus des
Frères ont observé un sit-in et réclament des excuses
formelles du ministre de l’Intérieur ...
Le guide spirituel de la Confrérie des Frères musulmans,
Mahdi Akef, a dénoncé la « barbarie » d’un régime qui «
prétend être démocrate ». « Les Frères se sont donné pour
mission d’affronter l’injustice et la dictature, et c’est
pourquoi on a insisté à participer à ces élections en dépit
de la guerre féroce menée par le régime », indique Akef.
La veille de la tenue des élections, la Haute cour
administrative a rejeté une demande du Haut comité d’annuler
la candidature de huit candidats de la confrérie pour avoir
utilisé des slogans religieux. Mais ce verdict favorable est
loin de pouvoir changer la donne. Les quelques 19 candidats
de la confrérie sont dans une situation peu enviable.
Mais le bras de fer se poursuit sur plusieurs niveaux non
seulement sur le niveau sécuritaire, mais aussi sur le plan
juridique. Interdisant toute activité politique basée sur la
religion, la nouvelle Constitution place de facto les Frères
« hors la loi ». « Cette Constitution a été promulguée pour
pouvoir falsifier la volonté du peuple et réprimer la
confrérie. Nous ne sommes pas contre la loi, mais contre un
régime autoritaire qui s’empare du pouvoir et du sort de 75
millions d’Egyptiens. Ces centaines de détenus représentent
le prix à payer dans notre lutte pour la démocratie », se
révolte Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, membre du bureau suprême
de la confrérie. Selon lui, ce prétendu « usage de slogans
religieux » est vague et imprécis, et se heurte également à
l’article 2 de la Constitution stipulant que l’islam est la
religion de l’Etat et la source essentielle de législation.
« Les candidats du PND ont écrit des versets coraniques sur
leurs banderoles. S’agit-il aussi d’un usage de slogans
religieux ? La participation du président Moubarak aux
célébrations religieuses comme la commémoration de la
naissance du prophète constitue-t-elle une utilisation de la
religion à des fins politiques ? », contre-attaque
Aboul-Fotouh.
Selon Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre des Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, cette
politique de coups préventifs adoptés à l’égard des Frères
prend une nouvelle tournure avec la nouvelle Constitution.
Avec leur slogan « L’islam est la solution », les Frères
musulmans sont dans l’impasse. « La confrérie qui, depuis sa
création en 1928, tire sa légitimité populaire de la
référence religieuse, doit céder à cet atout pour pouvoir
participer au jeu politique, ce qui lui représente un
véritable dilemme », assure Abdel-Fattah.
La montée en puissance des Frères musulmans lors des
élections législatives d’octobre et novembre 2005 a
fortement inquiété l’Etat qui perçoit les Frères comme un
danger pour le pays. Mais l’Etat ne semble pas disposé cette
fois-ci à laisser le terrain libre aux Frères.
May
Al-Maghrabi