Al-Ahram Hebdo, Egypte | Une réalité plus forte que la loi
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Egypte

Enfance . Le Conseil national veut introduire des amendements sur la loi en vigueur, mais les activistes mettent déjà en doute le résultat de la démarche.

Une réalité plus forte que la loi

« La révision de la loi 12/96 sur l’enfance est devenue nécessaire afin de répondre aux besoins actuels de l’enfant et traiter de nombreux phénomènes qui ont apparu récemment et qui ont été négligés dans la loi sur l’enfance promulguée il y a 10 ans », a déclaré Mouchira Khattab, secrétaire générale du Conseil National de la Maternité et de l’Enfance (CNME). Le projet d’amendement fait passer l’âge minimum du travail des enfants de 12 à 14 ans. Le patron qui fait travailler un enfant de moins de 14 ans risque une peine de prison pouvant aller de 6 mois à un an et une amende de 100 à 500 L.E. L’amendement prévoit qu’un enfant ne doit pas travailler plus de 6 heures par jour. Il existe en Egypte 1,3 million d’enfants travailleurs âgés entre 7 et 14 ans. Trois millions d’enfants âgés de moins de 18 ans exercent un métier dans le secteur agricole pour 80 % d’entre eux.

Outre le travail des enfants, le phénomène des enfants de la rue est le deuxième problème auquel s’est attaqué le projet de loi.

Un phénomène qui prend de l’ampleur. L’exemple de « Torbini » en illustre la gravité. Condamné à mort la semaine dernière, celui-ci avait grandi dans la rue et a fini par former une bande de jeunes délinquants qui abusaient physiquement et sexuellement des enfants de la rue qui refusaient de « travailler » pour leur compte. Selon le CNME, Le Caire, Alexandrie et Tanta sont les trois villes les plus touchées par ce phénomène. Selon les chiffres du Conseil, 32 % des enfants de la rue sont âgés de 5 à 9 ans, la plupart faisant l’objet de violence et d’abus sexuel. Mouchira Khattab affirme qu’on ne peut pas donner de chiffres exacts et que les chiffres cités restent imprécis à cause de l’absence d’une base de données.

La loi en vigueur confie le dossier des enfants de la rue à l’institution policière. C’est le ministère de l’Intérieur qui dirige lesdits centres de « réhabilitation » où les enfants sont traités en tant que hors-la-loi. L’amendement prévoit d’arrêter la chasse aux sorcières menée par les policiers contre ces enfants. En vertu de la nouvelle loi, l’âge de la responsabilité criminelle devrait passer de 8 à 12 ans, et des centres d’accueil devront accueillir les enfants de la rue, loin des postes de police.

Bechr Al-Chorbagui, président de l’Administration générale pour la protection juridique des enfants auprès du ministère de la Justice, explique que la loi restera incapable de remédier aux maux des enfants tant qu’elle ne sera pas accompagnée de mécanismes de mise en vigueur. « Nous avons besoin d’une campagne médiatique pour sensibiliser les citoyens aux droits des enfants, mais aussi pour les inviter à participer et à aider les organismes concernés », explique Al-Chorbagui. Il est vrai que le Conseil a consacré une ligne téléphonique SOS pour recevoir des plaintes. Il suffit de composer le 16 000 pour signaler un abus ou un cas de maltraitance d’enfant. Reste à savoir comment motiver les gens et les responsabiliser pour les amener à décrocher le téléphone.

Le manque de coordination entre les divers ministères concernés constitue une autre entrave à l’application de la loi. « Le ministère de l’Intérieur travaille seul loin du Conseil de la maternité et de l’enfance et des autres ONG. L’approche est très différente et aucune stratégie n’existe », dénonce Adel Eid, président du Centre des droits de l’enfant.

Pour Azza Korayem, sociologue, l’échec provient du fait que nous prenons en compte les conséquences et non pas les causes. Elle pense que le travail des enfants, les enfants de la rue et l’excision ne sont que des symptômes des maladies sociales et économiques. « Les peines imposées par ces amendements ne changeront pas grand-chose tant qu’on n’offrira pas d’alternative aux parents qui envoient leurs enfants au travail pour pouvoir manger à leur faim », conclut-elle.

Mirande Youssef

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