Enfance .
Le Conseil national veut introduire des amendements sur la
loi en vigueur, mais les activistes mettent déjà en doute le
résultat de la démarche.
Une réalité plus forte que la loi
«
La révision de la loi 12/96 sur l’enfance est devenue
nécessaire afin de répondre aux besoins actuels de l’enfant
et traiter de nombreux phénomènes qui ont apparu récemment
et qui ont été négligés dans la loi sur l’enfance promulguée
il y a 10 ans », a déclaré Mouchira Khattab, secrétaire
générale du Conseil National de la Maternité et de l’Enfance
(CNME). Le projet d’amendement fait passer l’âge minimum du
travail des enfants de 12 à 14 ans. Le patron qui fait
travailler un enfant de moins de 14 ans risque une peine de
prison pouvant aller de 6 mois à un an et une amende de 100
à 500 L.E. L’amendement prévoit qu’un enfant ne doit pas
travailler plus de 6 heures par jour. Il existe en Egypte
1,3 million d’enfants travailleurs âgés entre 7 et 14 ans.
Trois millions d’enfants âgés de moins de 18 ans exercent un
métier dans le secteur agricole pour 80 % d’entre eux.
Outre le travail des enfants, le phénomène des enfants de la
rue est le deuxième problème auquel s’est attaqué le projet
de loi.
Un phénomène qui prend de l’ampleur. L’exemple de « Torbini
» en illustre la gravité. Condamné à mort la semaine
dernière, celui-ci avait grandi dans la rue et a fini par
former une bande de jeunes délinquants qui abusaient
physiquement et sexuellement des enfants de la rue qui
refusaient de « travailler » pour leur compte. Selon le CNME,
Le Caire, Alexandrie et Tanta sont les trois villes les plus
touchées par ce phénomène. Selon les chiffres du Conseil, 32
% des enfants de la rue sont âgés de 5 à 9 ans, la plupart
faisant l’objet de violence et d’abus sexuel. Mouchira
Khattab affirme qu’on ne peut pas donner de chiffres exacts
et que les chiffres cités restent imprécis à cause de
l’absence d’une base de données.
La
loi en vigueur confie le dossier des enfants de la rue à
l’institution policière. C’est le ministère de l’Intérieur
qui dirige lesdits centres de « réhabilitation » où les
enfants sont traités en tant que hors-la-loi. L’amendement
prévoit d’arrêter la chasse aux sorcières menée par les
policiers contre ces enfants. En vertu de la nouvelle loi,
l’âge de la responsabilité criminelle devrait passer de 8 à
12 ans, et des centres d’accueil devront accueillir les
enfants de la rue, loin des postes de police.
Bechr Al-Chorbagui, président de l’Administration générale
pour la protection juridique des enfants auprès du ministère
de la Justice, explique que la loi restera incapable de
remédier aux maux des enfants tant qu’elle ne sera pas
accompagnée de mécanismes de mise en vigueur. « Nous avons
besoin d’une campagne médiatique pour sensibiliser les
citoyens aux droits des enfants, mais aussi pour les inviter
à participer et à aider les organismes concernés », explique
Al-Chorbagui. Il est vrai que le Conseil a consacré une
ligne téléphonique SOS pour recevoir des plaintes. Il suffit
de composer le 16 000 pour signaler un abus ou un cas de
maltraitance d’enfant. Reste à savoir comment motiver les
gens et les responsabiliser pour les amener à décrocher le
téléphone.
Le manque de coordination entre les divers ministères
concernés constitue une autre entrave à l’application de la
loi. « Le ministère de l’Intérieur travaille seul loin du
Conseil de la maternité et de l’enfance et des autres ONG.
L’approche est très différente et aucune stratégie n’existe
», dénonce Adel Eid, président du Centre des droits de
l’enfant.
Pour Azza Korayem, sociologue, l’échec provient du fait que
nous prenons en compte les conséquences et non pas les
causes. Elle pense que le travail des enfants, les enfants
de la rue et l’excision ne sont que des symptômes des
maladies sociales et économiques. « Les peines imposées par
ces amendements ne changeront pas grand-chose tant qu’on
n’offrira pas d’alternative aux parents qui envoient leurs
enfants au travail pour pouvoir manger à leur faim »,
conclut-elle.
Mirande Youssef