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 Semaine du 12 à 18 avril 2006, numéro 606

 

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Dossier

Histoire d’un repenti 

Un ancien djihadiste venant d’être libéré évoque son parcours et comment il a été amené à réviser ses idées.

Cela ne fait qu’une vingtaine de jours que le cheikh « Taha »* est sorti de la prison après y avoir passé 13 longues années. Cet homme âgé de 47 ans était forgeron, bien qu’il soit diplômé de la faculté d’agronomie. « J’avais mon atelier et en 1992, je gagnais au moins 3 000 L.E. ». La prison ne l’a pas beaucoup changé. Ce grand brun est toujours costaud, ses cheveux et sa longue barbe sont devenus un peu gris. Il porte un pantalon et un tee-shirt bleus. Son petit appartement est aussi de cette simplicité. Ses meubles sont en fer forgé et semblent être assez anciens, ils les avaient lui-même fabriqués. Notre homme était très apprécié par les habitants de son quartier : Aïn-Chams. Mais, ni ses voisins, ni sa femme ni ses deux petits enfants n’auraient jamais imaginé qu’il soit membre d’une organisation terroriste, en l’occurrence le Djihad. Il affirme avec un profond soupir de regret. « Je me rendais souvent chez des amis qui, eux, étaient membres du Djihad. Peu à peu, j’ai senti qu’ils m’attiraient par leur idéologie ». Il parle très timidement de son passé, et semble ne pas encore être rassuré. Il essaye de bien choisir ses mots et ne les prononce qu’après une longue réflexion.

Aujourd’hui, il en parle avec regret surtout lorsqu’il évoque son arrestation. Mais en tant que djihadiste ; il n’a pas manqué de participer à des actes terroristes. Avec d’autres membres, il a mis le feu à des bijouteries appartenant à des coptes. Peu après cet attentat et vers la fin de 1994, la sécurité a commencé ses rafles et il fut parmi le lot des détenus. Tout en passant les mains plusieurs fois sur ses cheveux frisés, il lance : « Les 45 premiers jours, j’étais sous le choc. Tout d’un coup, je suis devenu prisonnier politique. Je voyais mon passé défiler devant mes yeux. Quant à l’avenir, il paraissait flou », lance-t-il d’un ton assez bas, puis il ajoute en souriant et d’un ton moqueur : « Ce qui était assez drôle, c’est que je ne me sentais pas seul car beaucoup d’habitants de mon quartier étaient arrêtés avec moi ». Aïn-Chams était dans les années 1990 un terroir du Djihad. Au début, il était enfermé dans une cellule qui regroupait des membres de tous les mouvements. Il affirme avec hésitation, des grimaces au visage, comme s’il avait peur de ce qu’il voulait dire : « Ce sont les deux premières années qui furent les plus dures. Nous étions enfermés dans une cellule et nous ne pouvions pas en sortir ». Puis, il se rattrape en pensant au côté positif des choses. En effet, cette étape a bien marqué la vie du cheikh « Taha ». Les prisonniers passaient leurs temps à apprendre le Coran et les hadiths (propos) du prophète. « L’un d’entre nous qui connaissait le Coran par cœur commençait à réciter des versets que l’on répétait derrière lui ». Curieux ; cet apprentissage du Coran n’avait pas été fait au moment des actes djihadistes. Et la prison devint école : « On avait la chance d’avoir des cadres savants dans les cellules d’à côté. Des professeurs d’université nous donnaient des leçons d’histoire islamique, de fiqh (jurisprudence), de charia. Tout cela par les petites fenêtres des portes des cellules ». Cette culture aurait calmé l’âme des prisonniers et les a poussés à vouloir connaître leur religion, et même à regretter leur passé. « Nous étions ignorants. Pour nous, la religion était juste de laisser pousser la barbe, de porter une djellaba. On venait nous monter contre la société et le gouvernement. Et on suivait aveuglément ». Ce djihadiste a éprouvé alors cette volonté de corriger toutes ses erreurs.

C’est alors qu’intervint l’initiative de la Gamaa de renoncer à la violence. « Nous n’y étions pas encore invités. On entendait parler de cette évolution qui s’est produite au sein de la Gamaa et de la libération d’un nombre de ses membres. On attendait impatiemment notre tour ». Il poursuit avec enthousiasme : « Chose dite, chose faite, un des officiers est venu frapper aux portes des cellules, demandant si l’on voulait appliquer l’initiative ». Taha était un des premiers à vouloir le faire. Non seulement parce qu’il voulait être libéré mais aussi parce qu’il s’était « vraiment débarrassé des fausses idées d’avant ».

La première réunion de révision était dirigée par le Dr Fadl, au Fayoum. Un document de 80 pages, qui comportait les points essentiels du renoncement, a été distribué. « Nous l’avons lu attentivement, puis le Dr Fadl a commencé à nous donner des conseils de vie ; comment nous comporter avec les chrétiens et avec les services de sécurité. Il disait qu’il fallait respecter le gouverneur et que c’était un pêché de lui désobéir ».

Une fois sorti Taha, a tout de suite sauté dans un taxi.« Tout au long du chemin, j’ai discuté avec le chauffeur qui m’a paru très sympa et une fois arrivé, je lui ai tendu l’argent, j’ai vu la croix tatouer sur sa main. Ma première épreuve avec le monde extérieur commençait avec un copte ».

Mais le choc est venu de sa famille. Sa femme, qui avait demandé le divorce, a refusé de retourner vivre avec lui. Il le raconte désespérément « J’ai été déçu. Je suis allé la voir et je lui ai assuré que j’avais changé. Elle n’a pas voulu m’écouter. Mon fils est heureux de mon retour et il est même venu passer plusieurs jours chez moi. Mais, ma fille a toujours peur et me parle à peine ».

La vie de Taha est de nouveau relancée. Il a acheté 10 feddans à crédit qu’il cultiverait. « Je ne peux plus travailler comme forgeron. Cela a besoin de force. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne m’est plus question d’aller rejoindre un mouvement quelconque, la religion est dans le cœur » l

Chaïmaa Abdel-Hamid 

* Le nom a été changé à la demande de l’intéressé.

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Le Djihad islamique égyptien

Le Djihad trouve ses origines en 1974. Son fondateur était un Palestinien, Saleh Sareya, auteur d’un attentat manqué contre Sadate. Le mouvement en tant que tel a été fondé vers la fin de l’année 1980, lorsque l’auteur du « L’obligation absente », Mohamad Abdel-Salam Farag, rassemble différents mouvements déjà existants depuis les années 1970 dans une seule organisation, le Djihad.

Le mouvement s’est constitué dans un premier temps des étudiants de l’Académie militaire, mais il comptait aussi Abboud Al-Zomor, qui était un officier des services de renseignements militaires, et Aymane Al-Zawahri, appartenant à une famille de la haute bourgeoisie lettrée égyptienne, aujourd’hui numéro deux d’Al-Qaëda et qui deviendrait plus tard l’émir du Djihad.

La doctrine du groupe est basée sur le fait que l’Egypte est dirigée par des « apostats » qu’il faut renverser, et pour ce il n’y a de moyen que la lutte armée.

Contrairement à la Gamaa islamiya, le Dijhad prônait une action dans la plus grande discrétion, voire la clandestinité. Il était essentiellement implanté dans le nord du pays, contrairement à la Gamaa.

De 1981 à 1983, le Djihad se rallie à la Gamaa pour assassiner le président Sadate. Le mouvement tente dix ans plus tard d’assassiner le ministre de l’Intérieur, Hassan Al-Alfi, et le premier ministre, Atef Sedqi.

Plus tard, le mouvement s’est scindé en deux factions, une dirigée par Al-Zomor, et l’autre dirigée par Zawahri après son ralliement à Bin Laden. Sayed Imam Al-Chérif, théoricien et émir du groupe jusqu’en 1993, est celui qui a commencé le processus de révision  

La Gamaa islamiya

Le mouvement a vu le jour au début des années 1970 dans les universités égyptiennes sous forme d’abord d’une organisation religieuse.

Son idéologie et son objectif ne diffèrent pas du Djihad. Il vise à renverser le régime égyptien et à instaurer un Etat islamique.

C’était au départ un mouvement salafiste, mais en 1979 son leader, Karam Zohdi, rencontre Abdel-Salam Farag, du Djihad qui lui propose de commencer la lutte pour renverser le régime. Une alliance est nouée entre les 2 mouvements, et la branche armée de la Gamaa est créée ainsi qu’un appareil de daawa (prédication) et de recrutement.

La signature des accords de paix avec Israël en 1978 et l’asile accordé au Chah d’Iran avaient provoqué les islamistes. Le cheikh Omar Abdel-Rahman, détenu actuellement aux Etats-Unis et qui plus tard deviendrait leur chef spirituel, a émis alors une fatwa condamnant à mort le président Sadate.

La Gamaa opérait surtout en Haute-Egypte et ciblait les policiers, les chrétiens et les touristes.

En 1997, le mouvement annonce pour la première fois son renoncement à la violence, mais deux mois après, la Gamaa mène un attentat spectaculaire à Louqsor dans le temple de Hatchépsout.

En 1998, on comptait 20 000 de ses militants en prison.

Depuis un an, le mouvement, dont beaucoup de militants ont été libérés, a créé son site officiel http://www.egyig.com/ dont le rédacteur en chef est Nagueh Ibrahim, ancien théoricien et philosophe.

 




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