Terrorisme.
Les militants islamistes qui ont déclaré avoir renoncé à la
violence ont écrit des ouvrages pour expliquer leur nouveau
point de vue dans un contexte idéologique. Mais en général,
ces écrits font plus état de pragmatisme que de nouvelles
convictions.
Le parti pris du réalisme
«
Le djihad n’est pas un objectif en soi. Il faut qu’il ait
une utilité. Si cette utilité n’existe pas, il n’y a donc
aucun intérêt à continuer la bataille », c’est ce
qu’écrivent les chefs de la Gamaa islamiya dans leur premier
livre. « L’initiative d’arrêt de violence. Une vision
réaliste, et un regard légitime » est le premier tome d’une
série de 4 ouvrages dits « Série de rectification de notions
». C’est dans les prisons que la plupart des livres de
révisions ont vu le jour. Derrière les barreaux, les anciens
islamistes, les jeunes fougueux d’hier, commencent a
réévaluer leur idéologie, et le résultat en est un
revirement spectaculaire. Ce groupe décide de renoncer à
tout acte violent, appelle à déposer les armes et prône une
coexistence avec le régime et la société. La Gamaa islamiya,
la première à procéder à ce genre de révisions idéologiques,
aurait à ce jour publié une vingtaine de publications dans
ce contexte. Mais le premier de cette série reste de loin le
plus important. Il a été élaboré en 2002, en taule bien sûr,
par deux figures importantes de la Gamaa : Ossama Ibrahim et
Assem Abdel-Magued. Le texte, qui intervient 5 ans après une
première initiative verbale de renoncement à la violence, a
été appuyé comme ceci est bien noté sur la couverture par
les leaders du conseil de la choura (organe de
consultation), y compris ceux qui avaient pris la décision
d’assassiner Sadate en 1981, comme Mohamad Derballa et Karam
Zohdi.
Le livre tire aussi son importance comme l’affirme Kamal
Habib, spécialiste des mouvements islamistes, du fait que «
les chefs de la Gamaa y étalent les grands traits de leur
nouvelle pensée, et rectifient des concepts jugés
extrémistes ». Le premier concept est, comme le dit
clairement le titre, celui de la violence, qui quelques ans
auparavant était un devoir, un djihad. En d’autres termes,
tuer, assassiner était le moyen de parvenir aux objectifs de
ces militants de la mort.
En
effet, le mouvement était responsable à lui seul d’environ
90 % des attentats terroristes qui ont ravagé l’Egypte dans
les années 1990, commençant par l’assassinat de Réfaat
Al-Mahgoub, ancien président de l’Assemblée du peuple,
jusqu’à l’attentat sanglant de Louqsor en 1997, qui a eu
pour cible des touristes, à Deir Al-Bahari.
« Cette renonciation à la violence à été dictée par des
nécessités légitimes, rationalistes et objectives », disent
les auteurs dans leur introduction, et ceci « n’est pas le
résultat d’un marché conclu avec les services de sécurité ».
Tout vite le livre s’attaque au fond du sujet. « Les
avantages et les abus » titre le premier chapitre.
C’est-à-dire qu’un musulman dans chaque affaire doit établir
une balance entre les avantages et les abus. Pour convaincre
le lecteur, le style est simple, rien à comparer avec un
discours d’intimidation et de reproches auquel ils avaient
auparavant eu recours pour influencer les jeunes.
« On se demande pourquoi tous ces incidents, tous ces bains
de sang ? Pourquoi cette guerre ardente entre la Gamaa et le
gouvernement ? Ils vous diront : Ne voyez-vous pas ce qui
nous arrive ? N’entendez-vous pas parler des détentions et
tortures sauvages, du monopole (que veut se donner l’Etat)
de la religion, de l’invasion des mosquées ? Cela ne
nécessite-t-il pas que nous portions les armes pour nous
défendre et protéger notre message ? Mais on se demande :
Est-ce le moyen convenable pour réaliser ces objectifs ?
Est-ce que toutes ces exactions ont pris fin ? (...) On n’a
obtenu aucun avantage. Au contraire, beaucoup de dégâts ».
Une sorte de nouveau réalisme ? Le deuxième chapitre
n’est-il pas intitulé « Vision réaliste » ? « Dans ce
conflit, qui a l’aspect d’un cercle vicieux entre les
islamistes et le gouvernement, aucune des deux parties ne
tire des avantages ». Ce n’est qu’au troisième chapitre
qu’on commence à prendre connaissance des « rectifications
des concepts », « le vrai sens du djihad ». Ce n’est que 5
ans après la publication de ces livres de la Gamaa islamiya
que son confrère le Djihad publie son premier document de
révision. Un communiqué mais de 80 pages écrit par le
théoricien du mouvement Sayed Imam Al-Chérif, dit le Dr Fadl
ou Abdel-Qader Abdel-Aziz, avec pour titre « La
rationalisation des activités djihadistes en Egypte et dans
le monde ». C’est Chérif qui avait écrit le fameux livre
djihadiste « Al-Omda fi eadad al-ida », qui évoque les
moyens de mobilisation, qui instaure la jurisprudence de
lutte armée et qu’Al-Qaëda considère aujourd’hui comme
référence de premier plan. Dans ce document, Chérif s’oppose
aux nouvelles formes de meurtre sous le nom de djihad, basé
sur la nationalité, la race et l’ethnie. Il s’oppose aussi
au sabotage ou l’acquisition des biens d’autrui.
Aujourd’hui, il se remet donc en question et affirme que son
ancien livre a été tiré de son vrai contexte. « Il a été
rédigé lors de l’occupation soviétique de l’Afghanistan ».
Le document, aussi important soit-il puisqu’il émane du
djihad pour la première fois, reste assez général. Le
théoricien et ancien mufti du Djihad devrait prendre un peu
plus de temps avant d’élaborer un livre aussi élaboré que
ces précédents recueils. En attendant, des cassettes dans ce
sens seront enregistrées et circuleront, toujours en prison,
pour tenter de convaincre davantage les djihadistes de
renoncer à la violence.
Aliaa Al-Korachi