Al-Ahram Hebdo, Dossier | Le parti pris du réalisme
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Dossier

Terrorisme. Les militants islamistes qui ont déclaré avoir renoncé à la violence ont écrit des ouvrages pour expliquer leur nouveau point de vue dans un contexte idéologique. Mais en général, ces écrits font plus état de pragmatisme que de nouvelles convictions.

Le parti pris du réalisme 

« Le djihad n’est pas un objectif en soi. Il faut qu’il ait une utilité. Si cette utilité n’existe pas, il n’y a donc aucun intérêt à continuer la bataille », c’est ce qu’écrivent les chefs de la Gamaa islamiya dans leur premier livre. « L’initiative d’arrêt de violence. Une vision réaliste, et un regard légitime » est le premier tome d’une série de 4 ouvrages dits « Série de rectification de notions ». C’est dans les prisons que la plupart des livres de révisions ont vu le jour. Derrière les barreaux, les anciens islamistes, les jeunes fougueux d’hier, commencent a réévaluer leur idéologie, et le résultat en est un revirement spectaculaire. Ce groupe décide de renoncer à tout acte violent, appelle à déposer les armes et prône une coexistence avec le régime et la société. La Gamaa islamiya, la première à procéder à ce genre de révisions idéologiques, aurait à ce jour publié une vingtaine de publications dans ce contexte. Mais le premier de cette série reste de loin le plus important. Il a été élaboré en 2002, en taule bien sûr, par deux figures importantes de la Gamaa : Ossama Ibrahim et Assem Abdel-Magued. Le texte, qui intervient 5 ans après une première initiative verbale de renoncement à la violence, a été appuyé comme ceci est bien noté sur la couverture par les leaders du conseil de la choura (organe de consultation), y compris ceux qui avaient pris la décision d’assassiner Sadate en 1981, comme Mohamad Derballa et Karam Zohdi.

Le livre tire aussi son importance comme l’affirme Kamal Habib, spécialiste des mouvements islamistes, du fait que « les chefs de la Gamaa y étalent les grands traits de leur nouvelle pensée, et rectifient des concepts jugés extrémistes ». Le premier concept est, comme le dit clairement le titre, celui de la violence, qui quelques ans auparavant était un devoir, un djihad. En d’autres termes, tuer, assassiner était le moyen de parvenir aux objectifs de ces militants de la mort.

En effet, le mouvement était responsable à lui seul d’environ 90 % des attentats terroristes qui ont ravagé l’Egypte dans les années 1990, commençant par l’assassinat de Réfaat Al-Mahgoub, ancien président de l’Assemblée du peuple, jusqu’à l’attentat sanglant de Louqsor en 1997, qui a eu pour cible des touristes, à Deir Al-Bahari.

« Cette renonciation à la violence à été dictée par des nécessités légitimes, rationalistes et objectives », disent les auteurs dans leur introduction, et ceci « n’est pas le résultat d’un marché conclu avec les services de sécurité ». Tout vite le livre s’attaque au fond du sujet. « Les avantages et les abus » titre le premier chapitre. C’est-à-dire qu’un musulman dans chaque affaire doit établir une balance entre les avantages et les abus. Pour convaincre le lecteur, le style est simple, rien à comparer avec un discours d’intimidation et de reproches auquel ils avaient auparavant eu recours pour influencer les jeunes.

« On se demande pourquoi tous ces incidents, tous ces bains de sang ? Pourquoi cette guerre ardente entre la Gamaa et le gouvernement ? Ils vous diront : Ne voyez-vous pas ce qui nous arrive ? N’entendez-vous pas parler des détentions et tortures sauvages, du monopole (que veut se donner l’Etat) de la religion, de l’invasion des mosquées ? Cela ne nécessite-t-il pas que nous portions les armes pour nous défendre et protéger notre message ? Mais on se demande : Est-ce le moyen convenable pour réaliser ces objectifs ? Est-ce que toutes ces exactions ont pris fin ? (...) On n’a obtenu aucun avantage. Au contraire, beaucoup de dégâts ». Une sorte de nouveau réalisme ? Le deuxième chapitre n’est-il pas intitulé « Vision réaliste » ? « Dans ce conflit, qui a l’aspect d’un cercle vicieux entre les islamistes et le gouvernement, aucune des deux parties ne tire des avantages ». Ce n’est qu’au troisième chapitre qu’on commence à prendre connaissance des « rectifications des concepts », « le vrai sens du djihad ». Ce n’est que 5 ans après la publication de ces livres de la Gamaa islamiya que son confrère le Djihad publie son premier document de révision. Un communiqué mais de 80 pages écrit par le théoricien du mouvement Sayed Imam Al-Chérif, dit le Dr Fadl ou Abdel-Qader Abdel-Aziz, avec pour titre « La rationalisation des activités djihadistes en Egypte et dans le monde ». C’est Chérif qui avait écrit le fameux livre djihadiste « Al-Omda fi eadad al-ida », qui évoque les moyens de mobilisation, qui instaure la jurisprudence de lutte armée et qu’Al-Qaëda considère aujourd’hui comme référence de premier plan. Dans ce document, Chérif s’oppose aux nouvelles formes de meurtre sous le nom de djihad, basé sur la nationalité, la race et l’ethnie. Il s’oppose aussi au sabotage ou l’acquisition des biens d’autrui. Aujourd’hui, il se remet donc en question et affirme que son ancien livre a été tiré de son vrai contexte. « Il a été rédigé lors de l’occupation soviétique de l’Afghanistan ».

Le document, aussi important soit-il puisqu’il émane du djihad pour la première fois, reste assez général. Le théoricien et ancien mufti du Djihad devrait prendre un peu plus de temps avant d’élaborer un livre aussi élaboré que ces précédents recueils. En attendant, des cassettes dans ce sens seront enregistrées et circuleront, toujours en prison, pour tenter de convaincre davantage les djihadistes de renoncer à la violence.

Aliaa Al-Korachi

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