Turquie .
L’armée a lancé une vaste opération au sud du pays et au
nord de l’Iraq contre les kurdes du PKK qui ont intensifié
leurs attentats ces dernières semaines. Un défi de plus qui
vient menacer le pays à un mois des législatives du 22
juillet.
Offensive anti-kurde interne et externe
En pleine campagne électorale à l’approche des législatives
du 22 juillet assez cruciales pour l’avenir du pays, la
Turquie a fait sortir ses griffes, cette semaine, dans une
tentative de neutraliser les rebelles kurdes repliés au nord
de l’Iraq et au sud du pays. Tout au long de cette semaine,
le gouvernement turc, qui a toujours accusé les Kurdes
d’Iraq de tolérer, voire de soutenir le Parti des
travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit), a sensiblement
renforcé ses troupes à la frontière iraqienne, procédé à des
manœuvres sur la ligne de démarcation et établi des zones de
sécurité, autant de signes qui laissent entrevoir une
éventuelle incursion en Iraq pour neutraliser les camps des
rebelles kurdes. Déjà, les autorités iraqiennes ont accusé,
samedi, la Turquie d’avoir bombardé les provinces kurdes au
nord de l’Iraq. Selon les experts, l’armée turque dispose
d’un contingent de 1 500 soldats à quelques kilomètres du
territoire iraqien, dans la province de
Dohouk, pour empêcher les infiltrations des rebelles
séparatistes dans une zone escarpée sur une longue frontière
poreuse de 384 km. « De telles activités doivent cesser
immédiatement car elles vont éroder la confiance entre les
deux pays et conduire à l’instabilité dans la région »,
insistent les autorités iraqiennes qui appellent au dialogue
pour résoudre le problème des Kurdes. Ces accusations ont
exacerbé la Turquie en pleine campagne électorale à
l’approche des législatives prévues le 22 juillet. Samedi,
le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah
Gul, a démenti ces informations,
mais il a insisté sur le fait qu’une intervention turque
resterait possible si les séparatistes du PKK n’étaient pas
mis hors d’état de nuire en Iraq où ils agissent, selon
Ankara, avec le soutien des factions kurdes, alliées des
Américains.
L’armée turque avait déjà lancé de telles opérations dans le
nord de l’Iraq dans les années 1990, sans jamais toutefois
réussir à déloger les rebelles qui se procurent aisément,
selon elle, armes et explosifs pour mener des attentats de
l’autre côté de la frontière. « La Turquie ne pourra jamais
neutraliser les Kurdes du PKK à cause de la longue chaîne de
montagnes assez rudes où ils se cachent. Toute tentative de
les attaquer coûterait à l’armée turque de lourdes pertes.
En plus, le PKK est un parti qui ne connaît que la violence
comme langage. Tout au long des 23 dernières années, ce
parti a réussi à se procurer plusieurs sources de revenus
pour se maintenir et poursuivre sa lutte. Aujourd’hui, le
PKK se considère comme le parrain de tous les Kurdes que ce
soit en Iraq, en Turquie, en Syrie ou en Iran. Il ne peut
jamais renoncer à son ancien rêve : instaurer le Grand
Kurdistan et y regrouper les Kurdes éparpillés dans le monde
», analyse M. Ragaï Fayed, spécialiste des affaires kurdes.
Parallèlement à l’offensive déchaînée contre les Kurdes de
l’Iraq, l’armée turque a déchaîné une vaste campagne contre
les séparatistes kurdes à l’intérieur du pays. Dimanche
matin, cinq rebelles séparatistes kurdes ont été tués lors
de combats dans l’est de la Turquie, a affirmé l’armée
turque, tout en appelant toute la population à s’opposer «
massivement » aux activités des rebelles séparatistes
kurdes, qui se sont récemment intensifiées en Turquie.
Oppression
Selon les experts, la colère des Kurdes turcs émane
essentiellement de l’oppression qui pèse sur eux en Turquie.
« Les Kurdes turcs sont les plus opprimés de tous les Kurdes
du monde. En Iraq et en Syrie par exemple, les Kurdes ont
obtenu leur autonomie et jouissent d’une liberté beaucoup
plus large. Mais, en Turquie, on est toujours hanté par la
théorie suivante : Sur les territoires turcs, il ne faut
avoir que des Turcs. D’où l’ignorance de tous les droits
culturels et politiques des Kurdes dont le nombre vacille
entre 15 et 20 millions en Turquie », explique M. Ragaï
Fayed. Preuve de cette discrimination, le conseil électoral
turc (YSK) a décidé, samedi, que trois ex-députés kurdes ne
pouvaient participer aux élections législatives du 22
juillet, en raison de leur casier judiciaire. Les trois
anciens parlementaires kurdes sont les compagnons de cellule
de l’activiste kurde Leyla Zana. Celle-ci ne s’est pas
présentée aux prochaines législatives. Mais ses compagnons
MM. Dicle, Sakik et Dogan se sont présentés comme candidats
indépendants, le parti pro-kurde dont ils sont membres
n’ayant aucune chance de franchir le seuil électoral de 10 %
des voix requis au niveau national pour pouvoir disposer de
députés au Parlement.
Mme Leyla Zana et ses trois collègues sont entrés au
Parlement en 1991 sur les listes d’un parti social démocrate
mais ont été condamnés à la prison en 1994 pour
collaboration avec les séparatistes kurdes armés du PKK. Ils
ont été libérés en 2004. Pourtant, certains analystes
pressentent le début d’une détente vis-à-vis des Kurdes
turcs grâce aux pressions de l’Union européenne quant au
respect des droits de l’homme et surtout ceux des minorités.
« Il n’y a nul doute que la Turquie doit prouver aux
Européens qu’elle est digne d’adhérer à leur union, en
respectant le droit des minorités, dont ceux des Kurdes.
Mais, une solution radicale du problème kurde relève de
plusieurs conditions internationales et intérieures.
Le
problème
est fort enchevêtré »,
conclut M. Fayed.
Maha
Al-Cherbini