Al-Ahram Hebdo,Monde | Offensive anti-kurde interne et externe
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Turquie . L’armée a lancé une vaste opération au sud du pays et au nord de l’Iraq contre les kurdes du PKK qui ont intensifié leurs attentats ces dernières semaines. Un défi de plus qui vient menacer le pays à un mois des législatives du 22 juillet. 

Offensive anti-kurde interne et externe 

En pleine campagne électorale à l’approche des législatives du 22 juillet assez cruciales pour l’avenir du pays, la Turquie a fait sortir ses griffes, cette semaine, dans une tentative de neutraliser les rebelles kurdes repliés au nord de l’Iraq et au sud du pays. Tout au long de cette semaine, le gouvernement turc, qui a toujours accusé les Kurdes d’Iraq de tolérer, voire de soutenir le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit), a sensiblement renforcé ses troupes à la frontière iraqienne, procédé à des manœuvres sur la ligne de démarcation et établi des zones de sécurité, autant de signes qui laissent entrevoir une éventuelle incursion en Iraq pour neutraliser les camps des rebelles kurdes. Déjà, les autorités iraqiennes ont accusé, samedi, la Turquie d’avoir bombardé les provinces kurdes au nord de l’Iraq. Selon les experts, l’armée turque dispose d’un contingent de 1 500 soldats à quelques kilomètres du territoire iraqien, dans la province de Dohouk, pour empêcher les infiltrations des rebelles séparatistes dans une zone escarpée sur une longue frontière poreuse de 384 km. « De telles activités doivent cesser immédiatement car elles vont éroder la confiance entre les deux pays et conduire à l’instabilité dans la région », insistent les autorités iraqiennes qui appellent au dialogue pour résoudre le problème des Kurdes. Ces accusations ont exacerbé la Turquie en pleine campagne électorale à l’approche des législatives prévues le 22 juillet. Samedi, le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gul, a démenti ces informations, mais il a insisté sur le fait qu’une intervention turque resterait possible si les séparatistes du PKK n’étaient pas mis hors d’état de nuire en Iraq où ils agissent, selon Ankara, avec le soutien des factions kurdes, alliées des Américains.

L’armée turque avait déjà lancé de telles opérations dans le nord de l’Iraq dans les années 1990, sans jamais toutefois réussir à déloger les rebelles qui se procurent aisément, selon elle, armes et explosifs pour mener des attentats de l’autre côté de la frontière. « La Turquie ne pourra jamais neutraliser les Kurdes du PKK à cause de la longue chaîne de montagnes assez rudes où ils se cachent. Toute tentative de les attaquer coûterait à l’armée turque de lourdes pertes. En plus, le PKK est un parti qui ne connaît que la violence comme langage. Tout au long des 23 dernières années, ce parti a réussi à se procurer plusieurs sources de revenus pour se maintenir et poursuivre sa lutte. Aujourd’hui, le PKK se considère comme le parrain de tous les Kurdes que ce soit en Iraq, en Turquie, en Syrie ou en Iran. Il ne peut jamais renoncer à son ancien rêve : instaurer le Grand Kurdistan et y regrouper les Kurdes éparpillés dans le monde », analyse M. Ragaï Fayed, spécialiste des affaires kurdes.

Parallèlement à l’offensive déchaînée contre les Kurdes de l’Iraq, l’armée turque a déchaîné une vaste campagne contre les séparatistes kurdes à l’intérieur du pays. Dimanche matin, cinq rebelles séparatistes kurdes ont été tués lors de combats dans l’est de la Turquie, a affirmé l’armée turque, tout en appelant toute la population à s’opposer « massivement » aux activités des rebelles séparatistes kurdes, qui se sont récemment intensifiées en Turquie.

 

Oppression

Selon les experts, la colère des Kurdes turcs émane essentiellement de l’oppression qui pèse sur eux en Turquie. « Les Kurdes turcs sont les plus opprimés de tous les Kurdes du monde. En Iraq et en Syrie par exemple, les Kurdes ont obtenu leur autonomie et jouissent d’une liberté beaucoup plus large. Mais, en Turquie, on est toujours hanté par la théorie suivante : Sur les territoires turcs, il ne faut avoir que des Turcs. D’où l’ignorance de tous les droits culturels et politiques des Kurdes dont le nombre vacille entre 15 et 20 millions en Turquie », explique M. Ragaï Fayed. Preuve de cette discrimination, le conseil électoral turc (YSK) a décidé, samedi, que trois ex-députés kurdes ne pouvaient participer aux élections législatives du 22 juillet, en raison de leur casier judiciaire. Les trois anciens parlementaires kurdes sont les compagnons de cellule de l’activiste kurde Leyla Zana. Celle-ci ne s’est pas présentée aux prochaines législatives. Mais ses compagnons MM. Dicle, Sakik et Dogan se sont présentés comme candidats indépendants, le parti pro-kurde dont ils sont membres n’ayant aucune chance de franchir le seuil électoral de 10 % des voix requis au niveau national pour pouvoir disposer de députés au Parlement.

Mme Leyla Zana et ses trois collègues sont entrés au Parlement en 1991 sur les listes d’un parti social démocrate mais ont été condamnés à la prison en 1994 pour collaboration avec les séparatistes kurdes armés du PKK. Ils ont été libérés en 2004. Pourtant, certains analystes pressentent le début d’une détente vis-à-vis des Kurdes turcs grâce aux pressions de l’Union européenne quant au respect des droits de l’homme et surtout ceux des minorités. « Il n’y a nul doute que la Turquie doit prouver aux Européens qu’elle est digne d’adhérer à leur union, en respectant le droit des minorités, dont ceux des Kurdes. Mais, une solution radicale du problème kurde relève de plusieurs conditions internationales et intérieures. Le problème est fort enchevêtré », conclut M. Fayed.

Maha Al-Cherbini

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