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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Kosovo . Le sort de la province se joue désormais entre les mains des puissances occidentales et de la Russie, et prend des airs d’un conflit de guerre froide. 

Au gré des intérêts 

La réunion du G8, le week-end dernier, suivie de la tournée européenne du président américain George W. Bush, ont mis à nu l’ampleur des divergences entre Occidentaux quant au statut final du Kosovo. En effet, le sort de cette province serbe à majorité albanaise, administrée depuis 1999 par l’Onu après des bombardements de l’Otan pour faire cesser la répression des forces serbes contre les séparatistes albanais réclamant leur indépendance, est l’un des sujets de crispation entre les Etats-Unis et la Russie, dont les relations sont au plus bas depuis la fin de la guerre froide en raison de l’opposition de Moscou au projet de bouclier antimissile que Washington veut étendre à l’Europe. Ce projet, ainsi que la question du Kosovo, sont désormais au cœur d’une querelle non résolue entre les Etats-Unis et la Russie.

Et, en pleine crise des relations russo-américaines, le président américain a déclaré dimanche, lors d’une visite en Albanie, refuser un « dialogue sans fin » sur le Kosovo, et a menacé de passer outre à l’opposition russe pour établir l’indépendance de la province. Si Américains et Européens, favorables à l’indépendance du Kosovo, ne parviennent pas rapidement à un accord avec les Russes et les Serbes, qui y sont hostiles, « vous devez dire : ça suffit, le Kosovo est indépendant », a déclaré M. Bush, au cours d’une conférence de presse conjointe avec le premier ministre albanais, Sali Berisha, à Tirana. Et d’ajouter : S’il apparaît qu’un terrain d’entente ne peut être trouvé « dans un délai relativement rapide (...) nous devons déposer (au Conseil de sécurité de l’Onu) la résolution » conduisant le Kosovo à une quasi-indépendance, « c’est ce que date butoir veut dire », a conclu le président américain. Une déclaration fracassante pour le moins que l’on puisse dire. D’autant plus que jusque-là, les Etats-Unis n’avaient jamais fait preuve d’autant d’intransigeance dans leur position vis-à-vis de cette question et que c’est la première fois que le président américain affirme de manière si tranchée son soutien à la cause kosovare.

Une affaire compliquée qui partage les Occidentaux. D’un côté, il y a les Européens et les Américains qui soutiennent un plan octroyant une quasi-indépendance à la province. De l’autre, les Serbes, avec leur traditionnel allié, Moscou, opposés à ce plan. Et en attendant, le Conseil de sécurité, qui doit décider du statut de la province, travaille à une résolution. Résolution qui risque de tarder avant de voir le jour en raison du veto que la Russie, membre permanent au Conseil, peut opposer.

Avec cette nouvelle prise de position américaine, la situation risque de se compliquer si chacune des parties continue à camper sur ses positions. Ainsi, la réponse de la Serbie aux propos du président américain ne s’est-elle pas fait attendre. Dimanche, l’agence Tanjug, citant une source du cabinet du premier ministre serbe Vojislav Kostunica, a affirmé que le gouvernement serbe proclamerait « immédiatement nulle et non avenue » toute déclaration unilatérale d’indépendance de la province du Kosovo. Aussi, Andrija Mladenovic, porte-parole du Parti démocratique de Serbie (DSS) de M. Kostunica, a-t-il déclaré à l’agence Tanjug que « toutes les institutions de l’Etat rejetteraient immédiatement une telle proclamation d’indépendance » du Kosovo. Tout en ajoutant : « Si les Américains accordent leur feu vert aux séparatistes albanais pour qu’ils proclament unilatéralement et contrairement à la résolution 1 244 l’indépendance du Kosovo, cela voudra dire que les Etats-Unis nous ont bombardés en 1999 avec pour but de ravir à la Serbie 15 % de son territoire ».

Cette nouvelle escalade intervient deux jours après le sommet du G8 qui s’est achevé sur un constat d’échec sur le Kosovo. « Les vues continuent à diverger sur le fond et sur la manière d’avancer », a ainsi reconnu vendredi dernier le document publié par la présidence allemande à l’issue de la rencontre de Heiligendamm (nord-est). Moscou, qui redoute qu’une indépendance du Kosovo ne déclenche une réaction en chaîne, en encourageant le séparatisme par exemple en Géorgie et Moldavie, a déjà évoqué la possibilité d’user de son droit de veto et pour le président russe, Vladimir Poutine, le projet défendu par les Occidentaux veut dire que le « problème pouvait être résolu sans l’accord de toutes les parties concernées ». « Nous pensons que ceci n’est pas juste. Cela n’est ni moral, ni légal », a-t-il dit tout en réaffirmant son soutien à la Serbie.

Pour sortir de l’impasse, le président français Nicolas Sarkozy avait proposé à ses pairs au G8 d’instaurer un délai de six mois avant tout vote d’une résolution au Conseil de sécurité, mais avec pour préalable une reconnaissance par Moscou du caractère inéluctable de l’indépendance. Une proposition mort-née. La Serbie a rejeté l’idée, arguant qu’elle mettrait « les négociateurs sous pression », tandis que le Kosovo y a vu un risque d’augmenter la « frustration » dans la province.

 

Risque d’instabilité

Face à cet état des lieux, les dirigeants du Kosovo peuvent faire face à une pression croissante de l’opinion kosovare en faveur d’une proclamation unilatérale de son indépendance. Ce qui ne risque pas d’arranger les choses. Les Albanais du Kosovo ont d’ores et déjà prévenu que si un vote aux Nations-Unies n’avait pas lieu rapidement, ils s’orienteraient vers leur « propre solution », c’est-à-dire une proclamation unilatérale d’indépendance.

Des pourparlers entre les puissances occidentales doivent débuter la semaine prochaine pour résoudre cette crise, mais pour les diplomates, l’Union européenne devra être moins « dogmatique » sur l’idée d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu. « Washington semble comprendre la situation, tandis que l’UE est paralysée par le dogme, qu’elle s’inflige à elle-même, il nous faut une résolution », a déclaré un diplomate occidental de haut rang à Reuters. Il a ajouté que les Occidentaux devaient rechercher « les moyens de résoudre la situation sans passer par une résolution du Conseil de sécurité ». Pour les observateurs donc, on s’approche d’un point de rupture. Au Kosovo, des combattants de la guérilla et des activistes étudiants appellent déjà à des manifestations contre « les jeux politiciens qui s’exercent contre le peuple kosovar ». Un peuple qui risque de perdre patience d’autant plus que la résolution onusienne a déjà été repoussée deux fois, et que, malgré la présence de 16 500 soldats de l’Otan censés assurer le maintien de la paix, un grand nombre d’armes circulent encore dans la province et des violences peuvent toujours se déclencher entre la majorité albanaise et la minorité serbe .

Abir Taleb

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