Al-Ahram Hebdo,Arts | Débat autour d’un financement
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Arts

Cinéma. L’aide à la production cinématographique, de 200 millions de L.E. accordées par l’Etat, provoque des remous quant aux modalités de son octroi et aux tracasseries bureaucratiques.

Débat autour d’un financement 

Bureaucratie, le ministère égyptien de la Culture a, enfin, signé les contrats avec les cinéastes sélectionnés sur concours qui devraient bénéficier de l’aide de l’Etat à la production. La décision d’octroyer une aide de 200 millions de livres égyptiennes a été bien accueillie par le milieu qui se plaignait depuis des années du désengagement de l’Etat. Il est vrai que l’idée de tendre la main au cinéma remonte aux années 1990, mais le dossier est resté dans les tiroirs.

« Une mesure de bon augure. Après, il faut explorer toutes les pistes pour promouvoir le cinéma en difficulté », lance Ali Abou-Chadi, président du Conseil Suprême de la culture, chargé de signer les contrats avec les cinéastes en question.

Toutefois, une vague de colère envahit les milieux cinématographiques. Les réalisateurs choisis ont dû se battre longtemps contre la bureaucratie. Car l’aide au cinéma, qui relève d’une loi promulguée sous le gouvernement de Kamal Al-Ganzouri, ne leur a pas été versée et il fallait attendre les recommandations de nombreux comités, au fil des ans.

Le bureau du ministre de la Culture donnait la même réponse depuis janvier 2007 : « Pas de fonds avant la prochaine année financière ». Chérif Sérag, l’un des jeunes documentaristes sélectionnés, explique : « Nous avons passé plus de trois mois à attendre que les responsables tiennent leur promesse et appliquent la loi. Leurs réactions étaient jusqu’ici lentes, et enfin, peut-être cette dernière étape de signature de contrat va dégeler la situation ».

Les responsables du ministère des Finances accusent leurs homologues au ministère de la Culture. « Personne ne nous a soumis les demandes et documents nécessaires pour compléter les dossiers », avance Mohamad Chawqi, chargé du dossier auprès du ministère des Finances.

Cette subvention, qualifiée pour le moment de « récurrente » par les responsables du ministère des Finances, permettra la réalisation de cinq à six longs métrages ainsi qu’une dizaine de courts métrages et documentaires. Par contre, nul ne sait si elle sera versée annuellement ou occasionnellement.

« Cela fait des années que la crise du cinéma perdure, les problèmes restent les mêmes et l’on continue toujours à présenter les mêmes genres de films. On espère que grâce à cette aide financière, on pourra améliorer la production », indique Raafat Al-Mihi, l’un des cinéastes qui sont censés bénéficier de cette aide. Car l’initiative présente en effet un soutien à une majorité de jeunes réalisateurs, sans pour autant se limiter à une catégorie d’âge en particulier. Cela dit, l’on retrouve sur la liste des artistes sélectionnés des noms de cinéastes confirmés comme Raafat Al-Mihi, Daoud Abdel-Sayed ou encore Magdi Ahmad Ali. Ce dernier, qui vient de signer son contrat, a prévu au départ de commencer le tournage au printemps 2007, mais les choses ont traîné du côté du ministère. Plus circonspect, le critique Mohamad Abdel-Fattah réplique : « On se demande aussi si les fonds annoncés seront versés dans leur totalité ». De vives remarques ont été soulevées quant à la répartition des fonds. « Il fallait départager clairement les catégories de films : film à vocation internationale, première œuvre, film d’essai. Car il faut toujours favoriser une certaine ouverture internationale, sachant bien que le succès d’un Ossama Fawzi, à titre d’exemple, pourrait ouvrir la voie à un Ahmad Galal ou à beaucoup d’autres jeunes cinéastes. Vu qu’on parle argent, il vaut mieux installer des mécanismes d’exportation comme pour ce qui est des autres industries », s’insurge le critique Sobhi Chokrallah.

Pour d’autres, produire cinq films de gros calibre capables de faire le tour des festivals vaut beaucoup mieux que consacrer la subvention à réaliser de petits projets de courts métrages et de dessins animés sans mérite. « Ce n’est pas la quantité, mais la qualité qui doit compter. La première valeur d’une cinématographie doit être le talent de ses artisans et non pas le désir d’encourager les jeunes et plaire au plus grand nombre possible », conteste le réalisateur et producteur Mounir Radi.

Bref, il est évident que la relation entre l’Etat-protecteur et les cinéastes implique une révision, laquelle ne se fera pas sans passer par des dossiers épineux tels la censure et la liberté d’expression.

Yasser Moheb

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