Cinéma.
L’aide à la production cinématographique, de
200 millions de L.E. accordées par l’Etat, provoque des
remous quant aux modalités de son octroi et aux tracasseries
bureaucratiques.
Débat autour d’un financement
Bureaucratie, le ministère
égyptien de la Culture a, enfin, signé les contrats avec les
cinéastes sélectionnés sur concours qui devraient bénéficier
de l’aide de l’Etat à la production. La décision d’octroyer
une aide de 200 millions de livres égyptiennes a été bien
accueillie par le milieu qui se plaignait depuis des années
du désengagement de l’Etat. Il est vrai que l’idée de tendre
la main au cinéma remonte aux années 1990, mais le dossier
est resté dans les tiroirs.
« Une mesure de bon augure.
Après, il faut explorer toutes les pistes pour promouvoir le
cinéma en difficulté », lance Ali Abou-Chadi, président du
Conseil Suprême de la culture, chargé de signer les contrats
avec les cinéastes en question.
Toutefois, une vague de colère
envahit les milieux cinématographiques. Les réalisateurs
choisis ont dû se battre longtemps contre la bureaucratie.
Car l’aide au cinéma, qui relève d’une loi promulguée sous
le gouvernement de Kamal Al-Ganzouri, ne leur a pas été
versée et il fallait attendre les recommandations de
nombreux comités, au fil des ans.
Le bureau du ministre de la
Culture donnait la même réponse depuis janvier 2007 : « Pas
de fonds avant la prochaine année financière ». Chérif Sérag,
l’un des jeunes documentaristes sélectionnés, explique : «
Nous avons passé plus de trois mois à attendre que les
responsables tiennent leur promesse et appliquent la loi.
Leurs réactions étaient jusqu’ici lentes, et enfin,
peut-être cette dernière étape de signature de contrat va
dégeler la situation ».
Les responsables du ministère
des Finances accusent leurs homologues au ministère de la
Culture. « Personne ne nous a soumis les demandes et
documents nécessaires pour compléter les dossiers », avance
Mohamad Chawqi, chargé du dossier auprès du ministère des
Finances.
Cette subvention, qualifiée pour
le moment de « récurrente » par les responsables du
ministère des Finances, permettra la réalisation de cinq à
six longs métrages ainsi qu’une dizaine de courts métrages
et documentaires. Par contre, nul ne sait si elle sera
versée annuellement ou occasionnellement.
« Cela fait des années que la
crise du cinéma perdure, les problèmes restent les mêmes et
l’on continue toujours à présenter les mêmes genres de
films. On espère que grâce à cette aide financière, on
pourra améliorer la production », indique Raafat Al-Mihi,
l’un des cinéastes qui sont censés bénéficier de cette aide.
Car l’initiative présente en effet un soutien à une majorité
de jeunes réalisateurs, sans pour autant se limiter à une
catégorie d’âge en particulier. Cela dit, l’on retrouve sur
la liste des artistes sélectionnés des noms de cinéastes
confirmés comme Raafat Al-Mihi, Daoud Abdel-Sayed ou encore
Magdi Ahmad Ali. Ce dernier, qui vient de signer son contrat,
a prévu au départ de commencer le tournage au printemps
2007, mais les choses ont traîné du côté du ministère. Plus
circonspect, le critique Mohamad Abdel-Fattah réplique : «
On se demande aussi si les fonds annoncés seront versés dans
leur totalité ». De vives remarques ont été soulevées quant
à la répartition des fonds. « Il fallait départager
clairement les catégories de films : film à vocation
internationale, première œuvre, film d’essai. Car il faut
toujours favoriser une certaine ouverture internationale,
sachant bien que le succès d’un Ossama Fawzi, à titre
d’exemple, pourrait ouvrir la voie à un Ahmad Galal ou à
beaucoup d’autres jeunes cinéastes. Vu qu’on parle argent,
il vaut mieux installer des mécanismes d’exportation comme
pour ce qui est des autres industries », s’insurge le
critique Sobhi Chokrallah.
Pour d’autres, produire cinq
films de gros calibre capables de faire le tour des
festivals vaut beaucoup mieux que consacrer la subvention à
réaliser de petits projets de courts métrages et de dessins
animés sans mérite. « Ce n’est pas la quantité, mais la
qualité qui doit compter. La première valeur d’une
cinématographie doit être le talent de ses artisans et non
pas le désir d’encourager les jeunes et plaire au plus grand
nombre possible », conteste le réalisateur et producteur
Mounir Radi.
Bref, il est évident que la
relation entre l’Etat-protecteur et les cinéastes implique
une révision, laquelle ne se fera pas sans passer par des
dossiers épineux tels la censure et la liberté d’expression.
Yasser Moheb