Cinéma .
Deux films, Omar et Salma et Elaqat
khassa (relations privées), s’attardent sur l’amour avec un
grand A. Mais ils empruntent des chemins différents, le
premier en exalte les senteurs et le deuxième se noie dans
ses méandres.
L’amour sous deux coutures
Tous
les pronostics donnent Omar et Salma d’Akram Farid comme le
gagnant de cette première semaine de la haute saison, car il
contente le public en faisant l’élégie de l’amour, alors que
Relations privées d’Ihab Lameï traque son déficit, d’où son
probable échec.
Dans une récente interview à la
chaîne ART, le producteur Hani Guirguis a affirmé suivre
l’exemple de Hussein Al-Qalla, en prenant le pari de
présenter avec Relations privées une trame qui rompt avec
les ressorts classiques et de jeunes acteurs qui mettent
pour la première fois leurs compétences en exercice, afin de
sortir le cinéma des carcans usuels. Mais la présence
parcimonieuse du public, lors des projections du film,
n’accorde pas de crédit aux intentions qu’il s’est données
d’avance.
Ihab Lameï, voulant réformer le
récit conventionnel, ne fait que déplier son versant
théâtral, usant de longs silences des protagonistes, de
larges poches d’attente qui trouent l’action jusqu’à la
condamner. Un plan fixe inaugural, encastré dans
l’encadrement d’un bar capitonné et coupé de la rue,
introduit les trois protagonistes Medhat, Mohamad et George
de Relations privées, qui égrènent un lamento sur un
quotidien gelé. Ainsi, la claustration se dessine-t-elle
comme seul horizon pour ces personnages qui trempent leur
ennui dans l’alcool. Medhat, patron d’entreprise, est
amoureux de Racha, son épouse, distante de lui. Mohamad,
employé à la Bourse, courtise Ingi qui se présente comme le
modèle de la femme idéale. Quant à George, instituteur, il
fantasme sur une idylle qui ne tient pas avec une jeune
élève. Ainsi, l’auteur insiste-t-il sur le fait que ce qui
est visible en surface reste inexplicable. Les hommes
réduits au silence de l’incertitude, sillonnent le quartier
d’Héliopolis, qui s’apparente à un cimetière de maisons
étanches, où, dans les nuits hostiles, ils errent en
automobilistes solitaires. A l’opposé de ce cloisonnement,
les femmes ont une double vie, accomplissant d’autres
desseins. Racha fréquente en cachette un ancien amour de
jeunesse. Ingi fait de son atelier de couture un décor pour
masquer une autre vie.
Comme
on dit dans le jargon de la peinture, les protagonistes font
groupe sans être véritablement proches les uns des autres.
Ils ne peuvent donc progresser, se métamorphoser.
S’obstinant à se représenter les femmes comme des modèles
peints sans pareil, sans risque d’obscénité, les hommes du
film demeurent solidaires du leurre. Les femmes, en revanche,
les aident à constater l’aveuglement et l’immobilité où ils
sombrent. Ce que dit Relations privées ? C’est se rendre
complice d’un enchaînement avec le nécessaire bégaiement en
répliques, tempo, regards, figeant images et personnages
dans un piège éternisé.
Aux antipodes de ce film, le
sentiment du présent, que quelque chose se passe là,
maintenant, émane du film Omar et Salma. Reprenant les
ficelles d’une romance traditionnelle, mêlée à un dosage
réussi de comique, le film fait salle comble, fédérant un
public jeune de 12-18 ans autour de son idole, Tamer Hosni,
s’acquittant du devoir de répéter avec lui les paroles des
chansons de son album à succès sur le marché. L’action gagne
son grain Live, en se limitant à la mise en valeur du talent
de musicien et de chanteur de Tamer Hosni ou Omar. On passe
d’une mélancolie première, en raison d’un amour déçu de Omar
pour une star de la publicité, Farah (Miss Hemdane), aux
frasques sexuelles qu’il multiplie pour dissiper son
désespoir. Immédiate brûlure et cendre en sursis. Puis vint
le moment d’espoir, où Omar rencontre Salma (May Ezzeddine),
fraîchement débarquée dans son collège. Elle l’aide à
conjurer le fatal échec en amour.
Cependant, Omar, écoutant ses
désirs, résiste à la conversion à l’alchimie révolutionnaire
de Salma, nouant avec sa réputation de tombeur de femmes,
qui suscite sa colère. Le voilà happé par un engrenage qui
change l’énergie vitale en pulsion de mort, menaçant de
détruire sa vie sentimentale, son idée de lui-même et ses
rapports avec les autres. Ainsi le récit coupe-t-il les
étapes évidentes d’une idylle en progression, s’accorde du
suspense d’inquiétude, de trouble, aussi importants que les
faits. Avec un grain de socio, Salma renvoie Omar au face-à-face
avec son père (Ezzat Abou-Auf), où s’affirme et s’explique
son manque de responsabilité. L’équilibre de Omar tient à un
retrait par rapport à l’orgueil abusif, la veulerie et la
sécheresse d’un monde sans repères. C’est ce qui trame la
fin du film qui poursuit son bonhomme de chemin romantique.
Les sentiments ont le dernier mot, introduisant une humanité
nouvelle, raffinée, dont le film Relations privées ignore la
valeur et la mesure.
Amina Hassan