Al-Ahram Hebdo,Arts | L’amour sous deux coutures
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Arts

Cinéma . Deux films, Omar et Salma et Elaqat khassa (relations privées), s’attardent sur l’amour avec un grand A. Mais ils empruntent des chemins différents, le premier en exalte les senteurs et le deuxième se noie dans ses méandres.

L’amour sous deux coutures

Tous les pronostics donnent Omar et Salma d’Akram Farid comme le gagnant de cette première semaine de la haute saison, car il contente le public en faisant l’élégie de l’amour, alors que Relations privées d’Ihab Lameï traque son déficit, d’où son probable échec.

Dans une récente interview à la chaîne ART, le producteur Hani Guirguis a affirmé suivre l’exemple de Hussein Al-Qalla, en prenant le pari de présenter avec Relations privées une trame qui rompt avec les ressorts classiques et de jeunes acteurs qui mettent pour la première fois leurs compétences en exercice, afin de sortir le cinéma des carcans usuels. Mais la présence parcimonieuse du public, lors des projections du film, n’accorde pas de crédit aux intentions qu’il s’est données d’avance.

Ihab Lameï, voulant réformer le récit conventionnel, ne fait que déplier son versant théâtral, usant de longs silences des protagonistes, de larges poches d’attente qui trouent l’action jusqu’à la condamner. Un plan fixe inaugural, encastré dans l’encadrement d’un bar capitonné et coupé de la rue, introduit les trois protagonistes Medhat, Mohamad et George de Relations privées, qui égrènent un lamento sur un quotidien gelé. Ainsi, la claustration se dessine-t-elle comme seul horizon pour ces personnages qui trempent leur ennui dans l’alcool. Medhat, patron d’entreprise, est amoureux de Racha, son épouse, distante de lui. Mohamad, employé à la Bourse, courtise Ingi qui se présente comme le modèle de la femme idéale. Quant à George, instituteur, il fantasme sur une idylle qui ne tient pas avec une jeune élève. Ainsi, l’auteur insiste-t-il sur le fait que ce qui est visible en surface reste inexplicable. Les hommes réduits au silence de l’incertitude, sillonnent le quartier d’Héliopolis, qui s’apparente à un cimetière de maisons étanches, où, dans les nuits hostiles, ils errent en automobilistes solitaires. A l’opposé de ce cloisonnement, les femmes ont une double vie, accomplissant d’autres desseins. Racha fréquente en cachette un ancien amour de jeunesse. Ingi fait de son atelier de couture un décor pour masquer une autre vie.

Comme on dit dans le jargon de la peinture, les protagonistes font groupe sans être véritablement proches les uns des autres. Ils ne peuvent donc progresser, se métamorphoser. S’obstinant à se représenter les femmes comme des modèles peints sans pareil, sans risque d’obscénité, les hommes du film demeurent solidaires du leurre. Les femmes, en revanche, les aident à constater l’aveuglement et l’immobilité où ils sombrent. Ce que dit Relations privées ? C’est se rendre complice d’un enchaînement avec le nécessaire bégaiement en répliques, tempo, regards, figeant images et personnages dans un piège éternisé.

Aux antipodes de ce film, le sentiment du présent, que quelque chose se passe là, maintenant, émane du film Omar et Salma. Reprenant les ficelles d’une romance traditionnelle, mêlée à un dosage réussi de comique, le film fait salle comble, fédérant un public jeune de 12-18 ans autour de son idole, Tamer Hosni, s’acquittant du devoir de répéter avec lui les paroles des chansons de son album à succès sur le marché. L’action gagne son grain Live, en se limitant à la mise en valeur du talent de musicien et de chanteur de Tamer Hosni ou Omar. On passe d’une mélancolie première, en raison d’un amour déçu de Omar pour une star de la publicité, Farah (Miss Hemdane), aux frasques sexuelles qu’il multiplie pour dissiper son désespoir. Immédiate brûlure et cendre en sursis. Puis vint le moment d’espoir, où Omar rencontre Salma (May Ezzeddine), fraîchement débarquée dans son collège. Elle l’aide à conjurer le fatal échec en amour.

Cependant, Omar, écoutant ses désirs, résiste à la conversion à l’alchimie révolutionnaire de Salma, nouant avec sa réputation de tombeur de femmes, qui suscite sa colère. Le voilà happé par un engrenage qui change l’énergie vitale en pulsion de mort, menaçant de détruire sa vie sentimentale, son idée de lui-même et ses rapports avec les autres. Ainsi le récit coupe-t-il les étapes évidentes d’une idylle en progression, s’accorde du suspense d’inquiétude, de trouble, aussi importants que les faits. Avec un grain de socio, Salma renvoie Omar au face-à-face avec son père (Ezzat Abou-Auf), où s’affirme et s’explique son manque de responsabilité. L’équilibre de Omar tient à un retrait par rapport à l’orgueil abusif, la veulerie et la sécheresse d’un monde sans repères. C’est ce qui trame la fin du film qui poursuit son bonhomme de chemin romantique. Les sentiments ont le dernier mot, introduisant une humanité nouvelle, raffinée, dont le film Relations privées ignore la valeur et la mesure.

Amina Hassan

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