Peintures .
Trois Egyptiennes et une Française exposent
leurs visions de l’Egypte. Des œuvres ensoleillées, signées
Khadiga Balbae, Néfissa Al-Baqli, Attiyat Moustapha et
Eliane Muis.
Fougue du jour
Couleurs
vives et gaies, tons chauds et lumineux. Ceux qui se
ressemblent s’assemblent. Trois peintres égyptiennes
évoquent leur pays natal à travers leurs mémoires intimes.
Et une quatrième, venue de France, les croise du regard,
présentant une vision aussi féminine que ces trois autres.
Khadiga Balbae met en
avant des protagonistes femmes, des belles brunes, dorées
par le soleil. Voici une paysanne, une bédouine, une gitane,
une amante, une femme de foyer ou des Alexandrines comme
celles de Mahmoud Saïd. Balbae accorde à ses femmes une
légèreté de mouvement. Elle a recours à sa palette riche en
tons chauds, c’est toujours l’orange et le jaune et leurs
dégradés. « Ce sont les couleurs les plus vives qui vont de
pair avec la femme égyptienne, maestro de la vie. J’aime
peindre le jour, durant les moments les plus ensoleillés où
la vision est plus claire », dit-elle.
Peindre à l’huile ou à
l’acrylique, c’est égal. L’essentiel, c’est de produire un
effet esthétique, par l’intermédiaire du corps et du visage,
qui dénudés de détails, dégagent une beauté extrême.
Néfissa Al-Baqli, pour
sa part, partage avec Attiyat Moustapha un monde plus
primitif et naïf, émanant du folklore et de la campagne
égyptienne. Elle ne recourt jamais à l’acrylique, offrant
plutôt des peintures à l’huile qu’elle exécute lentement,
produisant des effets de transparence et de luminosité. « Ce
que je porte en moi, c’est une vision de l’Egypte telle que
je la connaissais et telle que j’aurais souhaité qu’elle
continue à exister. La peindre, c’est essayer de capter ce
qui nous reste encore de ses belles traditions. Même la
poupée traditionnelle du mouled est sur le point de
disparaître pour céder la place à une autre poupée très
laide en plastique », explique Al-Baqli, dont les œuvres
reflètent un univers enfantin et inoffensif, sans souci. Le
plus curieux davantage chez Al-Baqli est que ses peintures
les plus « ensoleillées » sont celles qu’elle a peintes lors
de ses séjours aux Etats-Unis. « Là-bas, j’ai transporté mon
soleil en moi. En Egypte, le soleil est absolument unique.
Aux couleurs diverses : rouge, brun, orange, le ciel dans
mes œuvres est embrasé de feu. Un feu de nostalgie », ajoute
Al-Baqli.
Une
opinion partagée par l’artiste française Eliane Muis qui ne
tarde pas à confirmer que le dépaysement ne fait qu’éveiller
les sensibilités. Passionnée de l’Orient dès l’enfance,
Eliane Muis fait partie de ces nombreux artistes occidentaux
qui ont été séduits par cette région du monde. L’Egypte et
ses paysages constituent pour elle une vraie source
d’inspiration. C’est aussi par l’intermédiaire des couleurs
qu’elle a voulu recréer son Orient. Un Orient plus
ensoleillé qui diffère de celui qu’elle a visité en 1992,
lorsqu’elle a été invitée pour participer à la Biennale du
Caire. « En 1992, j’étais éblouie par l’Egypte, vue de
l’extérieur, c’est-à-dire par ses paysages, ses lumières
floues … Actuellement, ma vision de l’Egypte s’avère très
différente. Je la vois de l’intérieur », précise Muis, qui
expose 25 œuvres à Picasso. Ce sont les fruits de son
deuxième séjour à la Maison des artistes à Alexandrie en
2005 et 2006, puis de son séjour actuel au Caire. Le paysage
« pur et ouvert » dont elle parle s’exprime à travers des
œuvres où les « tréfonds » de l’artiste semblent avoir le
dernier mot. Une sorte de dialogue est entamé avec ce que
son œil aperçoit, depuis son balcon d’Alexandrie ou à
travers sa fenêtre au Caire.
Armée d’un carnet de
dessins, Muis peint de l’intérieur autant de scènes
extérieures : « La fenêtre est pour moi une sorte de quête
personnelle. Elle est ouverte sur une vue qui ne change pas,
mais aussi elle est ouverte sur le hasard. C’est un dialogue
entre l’extérieur et l’intérieur que j’engage ». Pour
traduire ce dialogue, l’artiste commence à travailler sur un
support de toile ou de bois, sur lequel elle colle puis
enduit des matériaux naturels : fibres de palmiers, bouts de
bois, coquillages, graines, perles, boutons, dalles ... Ces
matériaux une fois scellés par l’intermédiaire de
l’acrylique, Muis achève son œuvre par des peintures à
l’huile allongées de térébenthines pour produire un effet de
transparence. « Mes amis égyptiens m’appellent la
chiffonnière », avoue l’artiste qui trouve dans ces
matériaux naturels, qu’elle ramasse ou achète dans les
bazars, une richesse inouïe. Les compositions figuratives
d’Eliane Muis se distinguent de par leur relief et le
foisonnement de leurs couleurs, toujours sous l’effet d’une
lumière envahissante : jaune, orange et surtout rouge. Un
rouge d’Orient, celui du jour levant.
Névine Lameï