Al-Ahram Hebdo, Arts | Fougue du jour
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Arts

Peintures . Trois Egyptiennes et une Française exposent leurs visions de l’Egypte. Des œuvres ensoleillées, signées Khadiga Balbae, Néfissa Al-Baqli, Attiyat Moustapha et Eliane Muis.

Fougue du jour

Couleurs vives et gaies, tons chauds et lumineux. Ceux qui se ressemblent s’assemblent. Trois peintres égyptiennes évoquent leur pays natal à travers leurs mémoires intimes. Et une quatrième, venue de France, les croise du regard, présentant une vision aussi féminine que ces trois autres.

Khadiga Balbae met en avant des protagonistes femmes, des belles brunes, dorées par le soleil. Voici une paysanne, une bédouine, une gitane, une amante, une femme de foyer ou des Alexandrines comme celles de Mahmoud Saïd. Balbae accorde à ses femmes une légèreté de mouvement. Elle a recours à sa palette riche en tons chauds, c’est toujours l’orange et le jaune et leurs dégradés. « Ce sont les couleurs les plus vives qui vont de pair avec la femme égyptienne, maestro de la vie. J’aime peindre le jour, durant les moments les plus ensoleillés où la vision est plus claire », dit-elle.

Peindre à l’huile ou à l’acrylique, c’est égal. L’essentiel, c’est de produire un effet esthétique, par l’intermédiaire du corps et du visage, qui dénudés de détails, dégagent une beauté extrême.

Néfissa Al-Baqli, pour sa part, partage avec Attiyat Moustapha un monde plus primitif et naïf, émanant du folklore et de la campagne égyptienne. Elle ne recourt jamais à l’acrylique, offrant plutôt des peintures à l’huile qu’elle exécute lentement, produisant des effets de transparence et de luminosité. « Ce que je porte en moi, c’est une vision de l’Egypte telle que je la connaissais et telle que j’aurais souhaité qu’elle continue à exister. La peindre, c’est essayer de capter ce qui nous reste encore de ses belles traditions. Même la poupée traditionnelle du mouled est sur le point de disparaître pour céder la place à une autre poupée très laide en plastique », explique Al-Baqli, dont les œuvres reflètent un univers enfantin et inoffensif, sans souci. Le plus curieux davantage chez Al-Baqli est que ses peintures les plus « ensoleillées » sont celles qu’elle a peintes lors de ses séjours aux Etats-Unis. « Là-bas, j’ai transporté mon soleil en moi. En Egypte, le soleil est absolument unique. Aux couleurs diverses : rouge, brun, orange, le ciel dans mes œuvres est embrasé de feu. Un feu de nostalgie », ajoute Al-Baqli.

Une opinion partagée par l’artiste française Eliane Muis qui ne tarde pas à confirmer que le dépaysement ne fait qu’éveiller les sensibilités. Passionnée de l’Orient dès l’enfance, Eliane Muis fait partie de ces nombreux artistes occidentaux qui ont été séduits par cette région du monde. L’Egypte et ses paysages constituent pour elle une vraie source d’inspiration. C’est aussi par l’intermédiaire des couleurs qu’elle a voulu recréer son Orient. Un Orient plus ensoleillé qui diffère de celui qu’elle a visité en 1992, lorsqu’elle a été invitée pour participer à la Biennale du Caire. « En 1992, j’étais éblouie par l’Egypte, vue de l’extérieur, c’est-à-dire par ses paysages, ses lumières floues … Actuellement, ma vision de l’Egypte s’avère très différente. Je la vois de l’intérieur », précise Muis, qui expose 25 œuvres à Picasso. Ce sont les fruits de son deuxième séjour à la Maison des artistes à Alexandrie en 2005 et 2006, puis de son séjour actuel au Caire. Le paysage « pur et ouvert » dont elle parle s’exprime à travers des œuvres où les « tréfonds » de l’artiste semblent avoir le dernier mot. Une sorte de dialogue est entamé avec ce que son œil aperçoit, depuis son balcon d’Alexandrie ou à travers sa fenêtre au Caire.

Armée d’un carnet de dessins, Muis peint de l’intérieur autant de scènes extérieures : « La fenêtre est pour moi une sorte de quête personnelle. Elle est ouverte sur une vue qui ne change pas, mais aussi elle est ouverte sur le hasard. C’est un dialogue entre l’extérieur et l’intérieur que j’engage ». Pour traduire ce dialogue, l’artiste commence à travailler sur un support de toile ou de bois, sur lequel elle colle puis enduit des matériaux naturels : fibres de palmiers, bouts de bois, coquillages, graines, perles, boutons, dalles ... Ces matériaux une fois scellés par l’intermédiaire de l’acrylique, Muis achève son œuvre par des peintures à l’huile allongées de térébenthines pour produire un effet de transparence. « Mes amis égyptiens m’appellent la chiffonnière », avoue l’artiste qui trouve dans ces matériaux naturels, qu’elle ramasse ou achète dans les bazars, une richesse inouïe. Les compositions figuratives d’Eliane Muis se distinguent de par leur relief et le foisonnement de leurs couleurs, toujours sous l’effet d’une lumière envahissante : jaune, orange et surtout rouge. Un rouge d’Orient, celui du jour levant.

Névine Lameï

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Jusqu’au 20 juin, de 10h30 à 21h (sauf le dimanche), à la galerie Picasso. 30, rue Hassan Assem, perpendiculaire à la rue Brésil, Zamalek. Tél. : 736 75 44.

 




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