Al-Ahram Hebdo, Arts | Danses qui défont le monde
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 Semaine du 13 au 19 juin 2007, numéro 666

 

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Arts

Festival de la danse contemporaine . Des troupes française, canadienne et allemande méditent la vie sous son angle gestuel. Des chorégraphies mêlant yoga, buto, ballet et mythologie sont au menu de cette huitième édition.

Danses qui défont le monde

Avec six compagnies de danse contemporaine venues de France, d’Allemagne et du Canada, le festival s’inscrit dans la variété des styles. Certains chorégraphes puisent dans les pratiques ancestrales de la danse pour ensuite présenter leurs propres versions. D’autres cherchent à innover, créant des mouvements plus contemporains sur une musique peu traditionnelle. Parfois, il suffit d’imiter les scènes de la vie quotidienne, avec leur douleur et leur violence, ou d’évoquer le rapport avec l’Autre.

La compagnie française Pedro Pauwels a donné au cours de la semaine dernière deux spectacles, tirés de son répertoire. L’Etal, une création qui remonte à 1998 et Cygne, etc. (2006). Dans la première, il était plutôt question d’un mouvement progressif et bien calculé associé aux rythmes africains et aux effets sonores. Le chorégraphe-danseur (Pedro Pauwels) est accompagné d’un batteur. Sur scène, le corps s’enveloppe de plastique. Une chenille ? Une naissance ? Pauwels veut montrer que la danse émane du danseur, de son for intérieur, et que la chorégraphie est un travail de synthétisation. Dans Cygne etc., il reprend La Mort du cygne qu’avait interprétée la ballerine russe Anna Pavlova, en coopération avec cinq chorégraphes. Ils tissent leur nouveau spectacle tout en s’inspirant des mouvements du ballet classique, lui empruntant une gestuelle douce et raffinée.

Dans une autre production française de Maëlle Garange, les chorégraphes Laurence Rondoni et Mohamad Chafiq ont donné Les Maux de Soqout al-zakera (les maux de la chute de la mémoire).

Sous le tournoiement de huit ventilateurs suspendus, des récits et des danses entrent en collision, des imaginaires se confondent, des morts racontent leurs histoires et des vivants sont en quête d’eux-mêmes. Le texte poétique, accompagnant la danse, mêle l’arabe, l’anglais, l’italien, le néerlandais et le français. Chafiq écrit son mouvement et dicte ses gestes rapides et violents correspondant aux textes. Laurence Rondoni travaille sur la qualité de l’interprétation, la mise en scène et l’articulation.

Le duo français Nans Martin et Mathilde Rondet présentent leur chorégraphie Advaita, basée sur le yoga (18, 19 au Caire et 22 juin à Alexandrie). « On retravaille l’esprit, la structure et les postures du yoga. L’idée est de mêler écriture ancestrale et exercices de yoga à la danse contemporaine qui est très libre dans son expression », explique Nans Martin, lequel danse aussi avec Assem Radi dans Résonances, chorégraphié par Mathilde Rondet. C’est en effet un autre duo basé sur « l’interférence physique. Un dialogue en mouvement, où tout résonne sur tout », indique Rondet.

La compagnie Accrorap présente, le 14 juin au Caire et le 16 à Alexandrie, Les Corps étrangers du chorégraphe d’origine algérienne Kader Attou, lequel interroge sans cesse la condition humaine. Avec une équipe de danseurs métissés et à partir de résidences en Inde, au Brésil, en France, le chorégraphe met en scène les remous pouvant entraver la vie en tranquillité. Le spectacle a comme arrière-plan une œuvre du XVe siècle, à savoir : Le Jugement dernier de Rogier van der Weyden. La danse d’Attou, à partir d’un vocabulaire très riche, nous montre une humanité dansante où le rapport avec l’autre s’installe tantôt dans la fragilité, le conflit, tantôt dans la poésie.

Du Canada nous provient Paul Ibey qui puise dans la mythologie et les récits de vie des célébrités et la tradition japonaise du buto. « Je me suis retrouvé dans le buto. Je déteste la danse basée uniquement sur l’aspect physique, je ne peux pas l’interpréter. Chaque mouvement doit avoir son émotion, sa motivation ... », souligne-t-il. La Volupté de l’être et Enochian Calling sont deux spectacles qu’il présente durant cette huitième édition du festival. Le premier se base sur un roman du même titre de Luisa Casati. Et le deuxième s’inspire d’un poème shakespearien et d’une philosophie répandue au XVIe siècle stipulant qu’il existait déjà un langage plus ancien que le langage actuel de l’homme, c’est celui des anges. A moitié nu, Ibey danse, accentuant le mouvement du dos. Chacun peut y voir un ange, un oiseau. (Au Caire, le 20 juin).

Le chorégraphe allemand Martin Nachbar s’intéresse à la vie du comédien également allemand, Horst Tappert, réputé pour avoir notamment interprété le rôle du détective Stephan Derrick dans une série policière à succès. Nachbar mêle alors l’identité réelle du comédien et son rôle fictif dans Verdeckte Ermittlung (détection privée. Au Caire, le 26 juin). Il confond les rôles, alterne mouvement et danse. Sans doute, à travers un tel festival, les idées s’expriment différemment.

May Sélim

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* Au Caire, les spectacles susmentionnés se déroulent au théâtre Gomhouriya et à Alexandrie, au théâtre Sayed Darwich. A 21h.

 




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