Festival de la danse contemporaine . Des
troupes française, canadienne et allemande méditent la vie
sous son angle gestuel. Des chorégraphies mêlant yoga, buto,
ballet et mythologie sont au menu de cette huitième édition.
Danses qui défont le monde
Avec
six compagnies de danse contemporaine venues de France,
d’Allemagne et du Canada, le festival s’inscrit dans la
variété des styles. Certains chorégraphes puisent dans les
pratiques ancestrales de la danse pour ensuite présenter
leurs propres versions. D’autres cherchent à innover, créant
des mouvements plus contemporains sur une musique peu
traditionnelle. Parfois, il suffit d’imiter les scènes de la
vie quotidienne, avec leur douleur et leur violence, ou
d’évoquer le rapport avec l’Autre.
La compagnie française Pedro
Pauwels a donné au cours de la semaine dernière deux
spectacles, tirés de son répertoire. L’Etal, une création
qui remonte à 1998 et Cygne, etc. (2006). Dans la première,
il était plutôt question d’un mouvement progressif et bien
calculé associé aux rythmes africains et aux effets sonores.
Le chorégraphe-danseur (Pedro Pauwels) est accompagné d’un
batteur. Sur scène, le corps s’enveloppe de plastique. Une
chenille ? Une naissance ? Pauwels veut montrer que la danse
émane du danseur, de son for intérieur, et que la
chorégraphie est un travail de synthétisation. Dans Cygne
etc., il reprend La Mort du cygne qu’avait interprétée la
ballerine russe Anna Pavlova, en coopération avec cinq
chorégraphes. Ils tissent leur nouveau spectacle tout en
s’inspirant des mouvements du ballet classique, lui
empruntant une gestuelle douce et raffinée.
Dans une autre production
française de Maëlle Garange, les chorégraphes Laurence
Rondoni et Mohamad Chafiq ont donné Les Maux de Soqout al-zakera
(les maux de la chute de la mémoire).
Sous
le tournoiement de huit ventilateurs suspendus, des récits
et des danses entrent en collision, des imaginaires se
confondent, des morts racontent leurs histoires et des
vivants sont en quête d’eux-mêmes. Le texte poétique,
accompagnant la danse, mêle l’arabe, l’anglais, l’italien,
le néerlandais et le français. Chafiq écrit son mouvement et
dicte ses gestes rapides et violents correspondant aux
textes. Laurence Rondoni travaille sur la qualité de
l’interprétation, la mise en scène et l’articulation.
Le duo français Nans Martin et
Mathilde Rondet présentent leur chorégraphie Advaita, basée
sur le yoga (18, 19 au Caire et 22 juin à Alexandrie). « On
retravaille l’esprit, la structure et les postures du yoga.
L’idée est de mêler écriture ancestrale et exercices de yoga
à la danse contemporaine qui est très libre dans son
expression », explique Nans Martin, lequel danse aussi avec
Assem Radi dans Résonances, chorégraphié par Mathilde Rondet.
C’est en effet un autre duo basé sur « l’interférence
physique. Un dialogue en mouvement, où tout résonne sur tout
», indique Rondet.
La compagnie Accrorap présente,
le 14 juin au Caire et le 16 à Alexandrie, Les Corps
étrangers du chorégraphe d’origine algérienne Kader Attou,
lequel interroge sans cesse la condition humaine. Avec une
équipe de danseurs métissés et à partir de résidences en
Inde, au Brésil, en France, le chorégraphe met en scène les
remous pouvant entraver la vie en tranquillité. Le spectacle
a comme arrière-plan une œuvre du XVe siècle, à savoir : Le
Jugement dernier de Rogier van der Weyden. La danse d’Attou,
à partir d’un vocabulaire très riche, nous montre une
humanité dansante où le rapport avec l’autre s’installe
tantôt dans la fragilité, le conflit, tantôt dans la poésie.
Du Canada nous provient Paul
Ibey qui puise dans la mythologie et les récits de vie des
célébrités et la tradition japonaise du buto. « Je me suis
retrouvé dans le buto. Je déteste la danse basée uniquement
sur l’aspect physique, je ne peux pas l’interpréter. Chaque
mouvement doit avoir son émotion, sa motivation ... »,
souligne-t-il. La Volupté de l’être et Enochian Calling sont
deux spectacles qu’il présente durant cette huitième édition
du festival. Le premier se base sur un roman du même titre
de Luisa Casati. Et le deuxième s’inspire d’un poème
shakespearien et d’une philosophie répandue au XVIe siècle
stipulant qu’il existait déjà un langage plus ancien que le
langage actuel de l’homme, c’est celui des anges. A moitié
nu, Ibey danse, accentuant le mouvement du dos. Chacun peut
y voir un ange, un oiseau. (Au Caire, le 20 juin).
Le chorégraphe allemand Martin
Nachbar s’intéresse à la vie du comédien également allemand,
Horst Tappert, réputé pour avoir notamment interprété le
rôle du détective Stephan Derrick dans une série policière à
succès. Nachbar mêle alors l’identité réelle du comédien et
son rôle fictif dans Verdeckte Ermittlung (détection privée.
Au Caire, le 26 juin). Il confond les rôles, alterne
mouvement et danse. Sans doute, à travers un tel festival,
les idées s’expriment différemment.
May Sélim