Al-Ahram Hebdo, Voyages | Une impressionnante richesse
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Egyptologie.  Les 14 ans de fouilles à Tell Al-Balamon, effectuées par la mission britannique du British Museum et présidée par l’égyptologue Geffrey Spencer, ont révélé toutes les particularités de l’enceinte religieuse de la ville. Bilan. 

Une impressionnante richesse 

Dans le Delta du Nil et plus précisément dans le gouvernorat de Daqahliya se distingue le site archéologique de Tell Al-Balamon qui date du XXVIe siècle av. J.-C. Là opère la mission anglaise du British Museum présidée par Geffrey Spencer depuis près de 14 ans. Une longue période de travaux qui a donné lieu à de nombreuses découvertes. « Pendant cette longue durée, nous avons révélé en principe trois temples, celui d’Amon édifié par Ramsès II, de Psématique Ier fondateur de la XXVIe dynastie, et enfin Nectanébo Ier, fondateur de la XXXe dynastie, et ce outre les autres trouvailles qui témoignent de différentes activités qui ont eu lieu au cours de ces périodes lointaines », explique Spencer. Pour lui, derrière chacun de ces temples il y a une histoire caractéristique, qui ajoute à la science de l’égyptologie de nouvelles informations.

Selon l’égyptologue, Tell Al-Balamon est la dénomination la plus récente du site qui a été précédée par plusieurs d’autres. Lors de sa fondation, sur l’une des anciennes branches du Nil qui se jetait dans la Méditerranée, pendant la Ve dynastie (2498–2345 av. J.-C.), cette ville était nommée Behdet. Une appellation qui a été modifiée en Paiuenamon signifiant la « Terre d’Amon » durant le règne de Ramsès II. « Tell Al-Balamon était alors un port fluvial ouvert aux pays voisins qui recevait à la fois les marchandises égyptiennes à exporter ainsi que les productions importées de l’étranger. Pour nous, les spécialistes, c’est l’un des sites archéologiques les plus riches du Delta qui comprenait de variantes pièces et informations archéologiques inédites, qui nous a incités à y travailler, vers les débuts des années 1990 », explique le directeur Geffrey Spencer. Autre raison. L’existence du site au cœur du Delta, dont la terre est boueuse de nature et le climat humide tout au long de l’année, facilite l’érosion des constructions antiques dont la matière est la brique crue. Il faut alors « se presser à les traiter, étudier, voire préserver et consolider », reprend l’égyptologue. Dès lors, la mission britannique a commencé de traiter l’enceinte religieuse de la grande ville. Et les résultats sont satisfaisants.

 

Enceinte de toutes les époques

Le temple d’Amon, selon les avis de Spencer, est l’essentiel de cette enceinte, voire de toute la ville de Tell Al-Balamon. Il a été bâti en effet à plusieurs reprises. « La première construction a eu lieu sous le règne du grand combattant Ramsès II durant la XIXe dynastie », explique-t-il. Au cours de la troisième période intermédiaire, le roi Chechonq III a ajouté un pylône en calcaire. Au fil des siècles, celui-ci a complètement disparu. « Nous n’avons découvert que les fondations de ce pylône qui témoignent de son existence à un moment donné », reprend Spencer. Quelques temps après, et vers la XXVIe dynastie, a été édifié un second pylône. D’après l’égyptologue, l’insistance de plusieurs souverains de différentes époques à commémorer leur nom en édifiant des pylônes de la sorte prouve que le temple d’Amon était le temple fondamental et officiel durant ces époques. Cependant, ce temple n’a pas résisté pour longtemps, il a même été complètement détruit et a été transformé en centre artisanal pendant l’époque perse.

Au cours des travaux de fouilles à côté de ce temple, des tombes de hauts prêtres ont été découvertes. L’une de celles-ci appartient à Iken, le vizir du roi libyen Osorcon I de la XXIIe dynastie. Sa tombe comprenait en fait des amulettes, des ouchebtis ainsi que le scarabée qui remplaçait le cœur du défunt sur lequel sont inscrits le nom Iken et celui du roi. La présence de telles tombes au sein du temple d’Amon, notamment le pylône de Chechonq Ier, est l’une des traditions libyques qui a été suivie pendant le règne des souverains libyens.

 

Les cultes égyptiens persistent

Mais ces traditions étrangères n’ont pas survécu longtemps, puisque Psématique Ier, fondateur de la XXVIe dynastie, a décidé de créer un nouveau temple au sud de celui d’Amon. Bien qu’il soit plus petit, celui-ci comprend tous les composants du culte religieux égyptien. Selon Spencer, ce temple semble être une annexe d’une grande citadelle en brique crue, qui, à son tour, protégeait le coin sud-est de l’enceinte. Il paraît que l’enceinte religieuse était la cible des attaques militaires. « Il fallait alors protéger ses frontières en édifiant une telle citadelle », commente Spencer. Quant au troisième et dernier temple, c’est le plus petit et encore le plus récent parmi les trois temples de l’enceinte, puisqu’il a été construit lors de la XXXe dynastie, sous le règne de Nectanébo Ier. L’édification de ce temple a été en fait différente que les deux précédents. Si les temples d’Amon et de Psématique ont pris la direction du nord-est dans leur construction, celui de Nectanébo Ier est plutôt horizontal en prenant la direction ouest-est. Pourquoi ? Il a fallu avoir recours à l’expert de géophysique, le Polonais Thomasz Herbish, qui a fait l’arpentage géophysique de plusieurs sites archéologiques égyptiens. Résultats fantastiques. L’espace devant ce temple a été marqué d’une pièce carrée qui, selon les fouilles, « était l’une des escales de la barque d’Amon utilisée au cours des rites religieux pendant les festivals », reprend l’égyptologue. Pour lui, la date de construction remonte à la XXVIe dynastie, époque qui précède la construction du temple de Nectanébo Ier qui a préféré suivre les rites de la basse-époque.

Les fouilles ont livré encore trois statues en calcaire. La première, sans aucune inscription, représente un couple d’un roi et d’une reine, la deuxième c’est une statue incomplète du grand roi Ramsès II, quant à la troisième, elle incarne la tête d’un prêtre. Malgré toutes ces découvertes, l’égyptologue déplore de n’avoir trouvé aucune pièce de la Ve dynastie. « Il nous reste beaucoup à faire. La ville elle-même et sa nécropole conservent encore beaucoup de secrets à dévoiler », conclut-il .

Doaa Elhami

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Ensevelir pour préserver

Exposer les découvertes archéologiques risque parfois de les détériorer, d’où ce choix de les remettre sous terre.

La mission britannique, après avoir traité, fouillé et enregistré les temples d’Amon et de Psématique Ier, les a recouverts. Selon elle, c’est la meilleure méthode pour préserver les bâtiments antiques, surtout ceux du Delta. Or, cette technique n’est pas utilisée uniquement dans le Delta, mais aussi dans plusieurs autres sites archéologiques, notamment dans la dépression du Fayoum. Selon Magdi Al-Ghandour, directeur général du département des missions étrangères au Conseil Suprême des Antiquités (CSA), la plupart des missions étrangères et égyptiennes utilisent cette technique dans les zones archéologiques situées tout au long de la vallée du Nil, pas seulement dans le Delta. « En effet, la terre a réussi à conserver les antiquités pendant longtemps. Par ailleurs, lors du dévoilement, l’ambiance qui entourait ces monuments s’est complètement modifiée, les exposant ainsi à plusieurs dangers qui les menacent d’une disparition certaine », explique l’archéologue. En fait, l’atmosphère qui entoure ces monuments dans ces lieux est rassasiée de l’humidité, la variation de température entre le jour et la nuit, ainsi que la pluie qui tombe souvent dans ces lieux érodent les constructions antiques, dont la matière est, en général, la brique crue. Pour éviter toutes ces difficultés, il est donc préférable de recouvrir les bâtiments antiques qui ne peuvent pas être transférés. Il faut dire que cette technique n’est plus utilisée dans les sites archéologiques du désert. Ces zones sont connues par la sécheresse du climat. Lors du dévoilement des édifices antiques, elles seront conservées. Dans ce cas, les missions « sont censées encercler tout le site traité par une sorte de muraille afin de le sécuriser de n’importe quelle intrusion illégale », commente le directeur. Restent les pièces antiques légères que l’on peut enlever. Celles-ci sont préservées dans les dépôts archéologiques que toute mission travaillant en Egypte est contrainte de construire. En tout cas, toutes les étapes et les procédures effectuées au cours des fouilles sont contrôlées par le CSA, dont la présence est assurée par l’inspecteur qui accompagne la mission.

 




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