Egyptologie.
Les 14 ans de fouilles à Tell Al-Balamon,
effectuées par la mission britannique du British Museum et
présidée par l’égyptologue Geffrey Spencer, ont révélé
toutes les particularités de l’enceinte religieuse de la
ville. Bilan.
Une impressionnante richesse
Dans le Delta du Nil et plus précisément dans le gouvernorat
de Daqahliya se distingue le site archéologique de Tell
Al-Balamon qui date du XXVIe siècle av. J.-C. Là opère la
mission anglaise du British Museum présidée par Geffrey
Spencer depuis près de 14 ans. Une longue période de travaux
qui a donné lieu à de nombreuses découvertes. « Pendant
cette longue durée, nous avons révélé en principe trois
temples, celui d’Amon édifié par Ramsès II, de Psématique
Ier fondateur de la XXVIe dynastie, et enfin Nectanébo Ier,
fondateur de la XXXe dynastie, et ce outre les autres
trouvailles qui témoignent de différentes activités qui ont
eu lieu au cours de ces périodes lointaines », explique
Spencer. Pour lui, derrière chacun de ces temples il y a une
histoire caractéristique, qui ajoute à la science de
l’égyptologie de nouvelles informations.
Selon l’égyptologue, Tell Al-Balamon est la dénomination la
plus récente du site qui a été précédée par plusieurs
d’autres. Lors de sa fondation, sur l’une des anciennes
branches du Nil qui se jetait dans la Méditerranée, pendant
la Ve dynastie (2498–2345 av. J.-C.), cette ville était
nommée Behdet. Une appellation qui a été modifiée en
Paiuenamon signifiant la « Terre d’Amon » durant le règne de
Ramsès II. « Tell Al-Balamon était alors un port fluvial
ouvert aux pays voisins qui recevait à la fois les
marchandises égyptiennes à exporter ainsi que les
productions importées de l’étranger. Pour nous, les
spécialistes, c’est l’un des sites archéologiques les plus
riches du Delta qui comprenait de variantes pièces et
informations archéologiques inédites, qui nous a incités à y
travailler, vers les débuts des années 1990 », explique le
directeur Geffrey Spencer. Autre raison. L’existence du site
au cœur du Delta, dont la terre est boueuse de nature et le
climat humide tout au long de l’année, facilite l’érosion
des constructions antiques dont la matière est la brique
crue. Il faut alors « se presser à les traiter, étudier,
voire préserver et consolider », reprend l’égyptologue. Dès
lors, la mission britannique a commencé de traiter
l’enceinte religieuse de la grande ville. Et les résultats
sont satisfaisants.
Enceinte de toutes les époques
Le temple d’Amon, selon les avis de Spencer, est l’essentiel
de cette enceinte, voire de toute la ville de Tell
Al-Balamon. Il a été bâti en effet à plusieurs reprises. «
La première construction a eu lieu sous le règne du grand
combattant Ramsès II durant la XIXe dynastie »,
explique-t-il. Au cours de la troisième période
intermédiaire, le roi Chechonq III a ajouté un pylône en
calcaire. Au fil des siècles, celui-ci a complètement
disparu. « Nous n’avons découvert que les fondations de ce
pylône qui témoignent de son existence à un moment donné »,
reprend Spencer. Quelques temps après, et vers la XXVIe
dynastie, a été édifié un second pylône. D’après
l’égyptologue, l’insistance de plusieurs souverains de
différentes époques à commémorer leur nom en édifiant des
pylônes de la sorte prouve que le temple d’Amon était le
temple fondamental et officiel durant ces époques.
Cependant, ce temple n’a pas résisté pour longtemps, il a
même été complètement détruit et a été transformé en centre
artisanal pendant l’époque perse.
Au cours des travaux de fouilles à côté de ce temple, des
tombes de hauts prêtres ont été découvertes. L’une de
celles-ci appartient à Iken, le vizir du roi libyen Osorcon
I de la XXIIe dynastie. Sa tombe comprenait en fait des
amulettes, des ouchebtis ainsi que le scarabée qui
remplaçait le cœur du défunt sur lequel sont inscrits le nom
Iken et celui du roi. La présence de telles tombes au sein
du temple d’Amon, notamment le pylône de Chechonq Ier, est
l’une des traditions libyques qui a été suivie pendant le
règne des souverains libyens.
Les cultes égyptiens persistent
Mais ces traditions étrangères n’ont pas survécu longtemps,
puisque Psématique Ier, fondateur de la XXVIe dynastie, a
décidé de créer un nouveau temple au sud de celui d’Amon.
Bien qu’il soit plus petit, celui-ci comprend tous les
composants du culte religieux égyptien. Selon Spencer, ce
temple semble être une annexe d’une grande citadelle en
brique crue, qui, à son tour, protégeait le coin sud-est de
l’enceinte. Il paraît que l’enceinte religieuse était la
cible des attaques militaires. « Il fallait alors protéger
ses frontières en édifiant une telle citadelle », commente
Spencer. Quant au troisième et dernier temple, c’est le plus
petit et encore le plus récent parmi les trois temples de
l’enceinte, puisqu’il a été construit lors de la XXXe
dynastie, sous le règne de Nectanébo Ier. L’édification de
ce temple a été en fait différente que les deux précédents.
Si les temples d’Amon et de Psématique ont pris la direction
du nord-est dans leur construction, celui de Nectanébo Ier
est plutôt horizontal en prenant la direction ouest-est.
Pourquoi ? Il a fallu avoir recours à l’expert de
géophysique, le Polonais Thomasz Herbish, qui a fait
l’arpentage géophysique de plusieurs sites archéologiques
égyptiens. Résultats fantastiques. L’espace devant ce temple
a été marqué d’une pièce carrée qui, selon les fouilles, «
était l’une des escales de la barque d’Amon utilisée au
cours des rites religieux pendant les festivals », reprend
l’égyptologue. Pour lui, la date de construction remonte à
la XXVIe dynastie, époque qui précède la construction du
temple de Nectanébo Ier qui a préféré suivre les rites de la
basse-époque.
Les fouilles ont livré encore trois statues en calcaire. La
première, sans aucune inscription, représente un couple d’un
roi et d’une reine, la deuxième c’est une statue incomplète
du grand roi Ramsès II, quant à la troisième, elle incarne
la tête d’un prêtre. Malgré toutes ces découvertes,
l’égyptologue déplore de n’avoir trouvé aucune pièce de la
Ve dynastie. « Il nous reste beaucoup à faire. La ville
elle-même et sa nécropole conservent encore beaucoup de
secrets à dévoiler », conclut-il .
Doaa
Elhami