Entre société civile et hommes d’affaires
Abdallah Al-Tatawi
Vice-président de l’Université du Caire
Les discours se sont multipliés sur la nécessité d’une
contribution de la part de la société civile, institutions
et associations, pour faire évoluer l’enseignement et la
recherche scientifique en Egypte. En même temps, les
dialogues se sont intensifiés sur le rôle des syndicats et
des hommes d’affaires dans ces mêmes domaines. D’autant plus
que le dossier du chômage des jeunes
s’impose de plus en plus à l’ordre du jour. Il est
temps en effet d’adopter des initiatives pour trouver des
solutions à ce mal qui menace la sécurité des peuples et
paralyse la démarche du développement. Et puisque le capital
est national, que l’éducation et la recherche scientifique
sont des dossiers relatifs à la sécurité nationale, et que
les problèmes liés au chômage s’inscrivent tous dans cette
même perspective, il ne faut pas que tous ces dossiers
restent suspendus. Il est plus que jamais vital que les
hommes d’affaires égyptiens révisent leurs comptes pour le
bien-être de cette patrie qui leur a beaucoup donné, depuis
la gratuité de l’enseignement jusqu’aux statuts privilégiés
dans lesquels ils se trouvent aujourd’hui.
Il n’est pas suffisant de nos jours de se contenter
d’adopter les étudiants brillants et il n’y a aucun
inconvénient à ce que de telles initiatives individuelles
s’épanouissent dans un climat de concurrence honnête. Nous
attendons surtout que le soutien de la société civile touche
les institutions éducatives même sous formes d’aides
matérielles ou en espèce. Depuis la mise en place des
laboratoires, l’aménagement des classes et salles de
conférences, la modernisation des ateliers, l’accès aux
appareils technologiques ou la construction des immeubles
supplémentaires qui porteraient le nom des donateurs et la
création de nouvelles bibliothèques. Il est question
également de mettre l’accent sur le principe de solidarité
sociale en assumant la charge d’une catégorie d’étudiants
tels que les orphelins ou les handicapés. Les hommes
d’affaires ne doivent pas se contenter du simple rôle de
spectateurs face aux dossiers relatifs à l’éducation et aux
problèmes de son financement, ils doivent passer à l’acte.
Ils ne doivent pas toujours rester en dehors du système,
mais doivent s’y intégrer, et ce, à un moment où la
conjugaison des efforts de tous les fils de la patrie
s’avère être une condition sine qua non. Tout ceci dans
l’espoir d’assurer un avenir meilleur qui reposerait sur la
science et la recherche scientifique.
Le simple citoyen est en droit de se demander pourquoi les
hôpitaux et les cliniques ne sont pas construits par ces
figures de proue du monde des affaires où les services
médicaux leur seraient assurés gratuitement et à prix
modeste pour les autres.
De même qu’il n’est pas suffisant que l’affaire reste
l’apanage d’une minorité alors que nombreux sont ceux qui
peuvent apporter leur contribution.
Les hommes d’affaires sont en position de donner davantage
et de faire plus que ce qui a été accompli par le peuple,
lequel n’a épargné aucun centime afin que des projets voient
le jour. Mentionnons à titre d’exemple l’hôpital pour le
traitement des enfants cancéreux qui s’est achevé après un
travail long et ardu et dans un esprit très
civilisationnel. Tout ce qui
importe c’est que la volonté des hommes d’affaires armés
d’un sens élevé du patriotisme s’oriente vers la
modernisation et le développement de l’enseignement
universitaire. Ce afin de contrer le phénomène des
universités privées destinées à des objectifs purement
lucratifs, sans se soucier de la gratuité de l’enseignement
pour les enfants des plus démunis. Les universités privées
doivent reconsidérer leurs objectifs, surtout qu’elles ont
épuisé les ressources des universités gouvernementales en
déléguant la plupart de leurs cadres. Elles n’ont pas songé
à alléger le chômage ni à développer les cadres
scientifiques qui leur sont propres pour que les
performances des universités gouvernementales maintiennent
leurs places au service de l’enseignement des pauvres.