Une crise palestinienne interne
Hassan Abou-Taleb
Politologue
Les
dirigeants politiques du Fatah et du Hamas déploient
d’énormes efforts pour mettre un terme aux affrontements
armés entre les partisans des deux mouvements. Mais en vain,
les affrontements persistent et les victimes se font de plus
en plus nombreuses. En même temps, les raids israéliens se
multiplient contre les activistes du Hamas, dont un grand
nombre meurt chaque jour. Par ailleurs, certains membres du
mouvement des Martyrs d’Al-Aqsa, affilié au Fatah, et des
Brigades Ezzedine Al-Qassam, affiliées au Hamas, lancent des
missiles sur la colonie de Sederot, sans pour autant faire
des victimes.
Ces événements résument l’état déplorable auquel est arrivée
la cause palestinienne. Malgré les divers discours sur
l’Initiative arabe de paix et les efforts déployés par les
pays arabes pour faire de cette initiative le fondement des
négociations qui mettraient fin au conflit
israélo-palestinien, rien n’indique le sérieux des parties
concernées ni leur intérêt à se battre afin que la recherche
de la paix devienne une politique réussie.
Parallèlement à tous ces événements, le blocus international
imposé au gouvernement palestinien d’union nationale, formé
il y a deux mois, persiste. Selon le ministre des Affaires
étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, les attaques israéliennes
violentes, les assassinats arbitraires et la politique
israélienne de blocus ont créé une atmosphère palestinienne
favorable à l’expansion de la violence sous toutes ses
formes ainsi qu’à la diffusion d’un désespoir sans
précédent. Le fait qui a conduit à un chaos incontrôlable,
qui aura certainement une grande influence sur la sécurité
de toutes les parties sans exception.
Par ailleurs, il existe un grave conflit sur le pouvoir et
dans la rue palestinienne en même temps. Dans ce contexte,
il est difficile de comprendre les positions des mouvements
du Fatah et du Hamas, qui sont les deux mouvements les plus
importants et les plus influents sur l’ensemble de la
position palestinienne.
Bien que
ces deux mouvements aient formé un gouvernement d’union
nationale selon les clauses de l’accord de La Mecque, la
réalité vécue confirme que cet accord et ce gouvernement ne
sont qu’une trêve temporaire et que certaines parties ne
veulent pas faire aboutir cette expérience. En effet, cela
mènerait à une réussite plus grande représentée dans la
possibilité de développer le régime politique palestinien,
d’approfondir l’unité nationale et de développer l’OLP qui
est l’expression de l’ensemble du peuple palestinien à
l’intérieur comme à l’extérieur.
Israël
et les Etats-Unis sont évidemment les principales parties
qui veulent faire échouer l’expérience du gouvernement
d’union nationale. Ils aspirent à mettre un terme au rôle
politique et militaire du Hamas et œuvrent pour que le
mouvement du Fatah et le président Mahmoud Abbass liquident
le mouvement. Ceci est chose naturelle. Ce qui ne l’est pas
en revanche, c’est que les conjonctures palestiniennes
atteignent ce stade d’affrontements armés qui se rapprochent
de l’état de guerre civile sans aucun gain politique ou
sécuritaire, ni pour les uns ni pour les autres. Il n’est
pas naturel non plus que les dirigeants politiques se
mettent d’accord sur le cessez-le-feu et sur le retrait des
personnes armées de la rue sans que cet accord ne trouve
d’écho chez les membres des deux mouvements. Ceci soulève
des questions autour de la capacité des dirigeants
politiques de maîtriser le comportement des membres des
différents appareils et institutions qui leur sont affiliés.
La réponse à cette question signifie qu’il existe une
division dans les rangs des deux mouvements. Et ceci se
reflète de manière très négative sur l’état de cohérence
interne de chaque organisation et enfreint la supervision du
travail sur le terrain des autorités compétentes. Cette
division signifie qu’il existe un conflit sur le pouvoir au
sein de chaque mouvement. Les personnes, qui portent les
armes, voient en elles la capacité de juger les choses et
considèrent les armes qu’elles ont en main comme une source
de force qu’elles ne peuvent laisser et qu’elles doivent
même exploiter pour obtenir toutes les prérogatives, pour
refuser les ordres et même pour se venger.
Ces
affrontements ont prouvé que l’accord sur les priorités de
l’action nationale n’existe pas encore et que le cadre
déclaré du gouvernement d’union nationale n’est qu’une
déclaration des intentions qui ne peut être appliquée ni
respectée. Dans ce contexte, on peut comprendre les raisons
qui ont poussé le ministre de l’Intérieur Hani Al-Qawasmeh à
insister sur sa démission. En effet, il a réalisé que les
circonstances générales dans lesquelles œuvre le
gouvernement d’union nationale ne sont pas naturelles et que
les prérogatives qui lui sont accordées pour appliquer le
plan sécuritaire et pour maîtriser les appareils de l’Etat
ne sont pas claires. Il a aussi réalisé que les dirigeants
des divers appareils sécuritaires qui étaient censés suivre
ses ordres et ses instructions n’agissent pas selon la
logique institutionnelle connue mais selon une vision
personnelle et des intérêts particuliers. Il a aussi réalisé
que chaque appareil sécuritaire se considère au-dessus de la
loi et non pas à son service.
Cette
démission a démontré que les conjonctures palestiniennes ne
sont pas encore prêtes à un gouvernement d’union nationale.
Un gouvernement capable de lever le blocus et de se
présenter comme partenaire essentiel dans un mouvement arabe
et international pour entamer un processus de négociation
qui mettrait un terme au conflit palestino-israélien.
Cette
division institutionnelle pousse malheureusement à un état
de division sociale dangereuse et prédit davantage de chaos
sécuritaire qui renversera les droits les plus élémentaires
des Palestiniens. En plus des enlèvements réciproques
effectués par les partisans du Fatah et du Hamas, d’autres
incidents dévoilent l’ampleur de ce chaos. C’est ainsi que
le correspondant de la BBC britannique a été enlevé. Aucun
organisme n’a revendiqué l’enlèvement et son sort reste
inconnu. De plus, des groupes terroristes sont apparus dans
cet état de chaos et ont attaqué les bijouteries, les salons
de coiffure, les magasins de vente des vidéocassettes ainsi
que les écoles privées où travaillent des instituteurs
étrangers. Ils ont levé des slogans religieux répétant que
ces magasins répandent des valeurs non islamiques. Ce sont
les mêmes slogans que les groupuscules de violence
religieuse répandaient en Egypte et en Algérie dans les
années 1990 lors de leurs conflits avec l’Etat dans ces deux
pays.
Ces
évolutions révèlent qu’il ne s’agit pas seulement d’un chaos
sécuritaire. C’est une évolution négative qui prend de plus
en plus d’ampleur et qui s’étend désormais au crime organisé,
aux bandes armées qui exercent le trafic de drogue qui est
extrêmement répandu dans la bande de Gaza et en Cisjordanie,
selon le ministre palestinien de l’Information, Moustapha
Al-Barghouti. Sans oublier les autres malfaiteurs qui
s’emparent des terrains, des magasins, des maisons et des
voitures et qui extorquent de l’argent aux commerçants sous
prétexte de les protéger.
Le
résultat sur le terrain est déplorable. Lorsque les grandes
organisations qui sont censées se trouver dans un même
gouvernement s’entre-tuent, la société palestinienne reste
la victime du blocus injuste, des bandes armées et des
groupuscules religieux extrémistes qui s’adonnent à la
violence sous toutes ses formes. C’est ainsi que la question
de négocier avec Israël, qu’il accepte l’Initiative arabe ou
pas, reste écartée pendant de longs mois. En réalité, celui
qui ne peut pas contrôler un secteur et quelques villages ne
peut pas construire un Etat et respecter de grands
engagements envers son peuple et envers le monde entier .