Al-Ahram Hebdo, Opinion | Une crise palestinienne interne
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Opinion

Une crise palestinienne interne

Hassan Abou-Taleb
Politologue
 

Les dirigeants politiques du Fatah et du Hamas déploient d’énormes efforts pour mettre un terme aux affrontements armés entre les partisans des deux mouvements. Mais en vain, les affrontements persistent et les victimes se font de plus en plus nombreuses. En même temps, les raids israéliens se multiplient contre les activistes du Hamas, dont un grand nombre meurt chaque jour. Par ailleurs, certains membres du mouvement des Martyrs d’Al-Aqsa, affilié au Fatah, et des Brigades Ezzedine Al-Qassam, affiliées au Hamas, lancent des missiles sur la colonie de Sederot, sans pour autant faire des victimes.

Ces événements résument l’état déplorable auquel est arrivée la cause palestinienne. Malgré les divers discours sur l’Initiative arabe de paix et les efforts déployés par les pays arabes pour faire de cette initiative le fondement des négociations qui mettraient fin au conflit israélo-palestinien, rien n’indique le sérieux des parties concernées ni leur intérêt à se battre afin que la recherche de la paix devienne une politique réussie.

Parallèlement à tous ces événements, le blocus international imposé au gouvernement palestinien d’union nationale, formé il y a deux mois, persiste. Selon le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, les attaques israéliennes violentes, les assassinats arbitraires et la politique israélienne de blocus ont créé une atmosphère palestinienne favorable à l’expansion de la violence sous toutes ses formes ainsi qu’à la diffusion d’un désespoir sans précédent. Le fait qui a conduit à un chaos incontrôlable, qui aura certainement une grande influence sur la sécurité de toutes les parties sans exception.

Par ailleurs, il existe un grave conflit sur le pouvoir et dans la rue palestinienne en même temps. Dans ce contexte, il est difficile de comprendre les positions des mouvements du Fatah et du Hamas, qui sont les deux mouvements les plus importants et les plus influents sur l’ensemble de la position palestinienne. Bien que ces deux mouvements aient formé un gouvernement d’union nationale selon les clauses de l’accord de La Mecque, la réalité vécue confirme que cet accord et ce gouvernement ne sont qu’une trêve temporaire et que certaines parties ne veulent pas faire aboutir cette expérience. En effet, cela mènerait à une réussite plus grande représentée dans la possibilité de développer le régime politique palestinien, d’approfondir l’unité nationale et de développer l’OLP qui est l’expression de l’ensemble du peuple palestinien à l’intérieur comme à l’extérieur.

Israël et les Etats-Unis sont évidemment les principales parties qui veulent faire échouer l’expérience du gouvernement d’union nationale. Ils aspirent à mettre un terme au rôle politique et militaire du Hamas et œuvrent pour que le mouvement du Fatah et le président Mahmoud Abbass liquident le mouvement. Ceci est chose naturelle. Ce qui ne l’est pas en revanche, c’est que les conjonctures palestiniennes atteignent ce stade d’affrontements armés qui se rapprochent de l’état de guerre civile sans aucun gain politique ou sécuritaire, ni pour les uns ni pour les autres. Il n’est pas naturel non plus que les dirigeants politiques se mettent d’accord sur le cessez-le-feu et sur le retrait des personnes armées de la rue sans que cet accord ne trouve d’écho chez les membres des deux mouvements. Ceci soulève des questions autour de la capacité des dirigeants politiques de maîtriser le comportement des membres des différents appareils et institutions qui leur sont affiliés. La réponse à cette question signifie qu’il existe une division dans les rangs des deux mouvements. Et ceci se reflète de manière très négative sur l’état de cohérence interne de chaque organisation et enfreint la supervision du travail sur le terrain des autorités compétentes. Cette division signifie qu’il existe un conflit sur le pouvoir au sein de chaque mouvement. Les personnes, qui portent les armes, voient en elles la capacité de juger les choses et considèrent les armes qu’elles ont en main comme une source de force qu’elles ne peuvent laisser et qu’elles doivent même exploiter pour obtenir toutes les prérogatives, pour refuser les ordres et même pour se venger.

Ces affrontements ont prouvé que l’accord sur les priorités de l’action nationale n’existe pas encore et que le cadre déclaré du gouvernement d’union nationale n’est qu’une déclaration des intentions qui ne peut être appliquée ni respectée. Dans ce contexte, on peut comprendre les raisons qui ont poussé le ministre de l’Intérieur Hani Al-Qawasmeh à insister sur sa démission. En effet, il a réalisé que les circonstances générales dans lesquelles œuvre le gouvernement d’union nationale ne sont pas naturelles et que les prérogatives qui lui sont accordées pour appliquer le plan sécuritaire et pour maîtriser les appareils de l’Etat ne sont pas claires. Il a aussi réalisé que les dirigeants des divers appareils sécuritaires qui étaient censés suivre ses ordres et ses instructions n’agissent pas selon la logique institutionnelle connue mais selon une vision personnelle et des intérêts particuliers. Il a aussi réalisé que chaque appareil sécuritaire se considère au-dessus de la loi et non pas à son service.

Cette démission a démontré que les conjonctures palestiniennes ne sont pas encore prêtes à un gouvernement d’union nationale. Un gouvernement capable de lever le blocus et de se présenter comme partenaire essentiel dans un mouvement arabe et international pour entamer un processus de négociation qui mettrait un terme au conflit palestino-israélien.

Cette division institutionnelle pousse malheureusement à un état de division sociale dangereuse et prédit davantage de chaos sécuritaire qui renversera les droits les plus élémentaires des Palestiniens. En plus des enlèvements réciproques effectués par les partisans du Fatah et du Hamas, d’autres incidents dévoilent l’ampleur de ce chaos. C’est ainsi que le correspondant de la BBC britannique a été enlevé. Aucun organisme n’a revendiqué l’enlèvement et son sort reste inconnu. De plus, des groupes terroristes sont apparus dans cet état de chaos et ont attaqué les bijouteries, les salons de coiffure, les magasins de vente des vidéocassettes ainsi que les écoles privées où travaillent des instituteurs étrangers. Ils ont levé des slogans religieux répétant que ces magasins répandent des valeurs non islamiques. Ce sont les mêmes slogans que les groupuscules de violence religieuse répandaient en Egypte et en Algérie dans les années 1990 lors de leurs conflits avec l’Etat dans ces deux pays.

Ces évolutions révèlent qu’il ne s’agit pas seulement d’un chaos sécuritaire. C’est une évolution négative qui prend de plus en plus d’ampleur et qui s’étend désormais au crime organisé, aux bandes armées qui exercent le trafic de drogue qui est extrêmement répandu dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, selon le ministre palestinien de l’Information, Moustapha Al-Barghouti. Sans oublier les autres malfaiteurs qui s’emparent des terrains, des magasins, des maisons et des voitures et qui extorquent de l’argent aux commerçants sous prétexte de les protéger.

Le résultat sur le terrain est déplorable. Lorsque les grandes organisations qui sont censées se trouver dans un même gouvernement s’entre-tuent, la société palestinienne reste la victime du blocus injuste, des bandes armées et des groupuscules religieux extrémistes qui s’adonnent à la violence sous toutes ses formes. C’est ainsi que la question de négocier avec Israël, qu’il accepte l’Initiative arabe ou pas, reste écartée pendant de longs mois. En réalité, celui qui ne peut pas contrôler un secteur et quelques villages ne peut pas construire un Etat et respecter de grands engagements envers son peuple et envers le monde entier .

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