Le suicide
Salama A. Salama
Personne
ne pourra arrêter la lutte intestine palestinienne, malgré
les médiations arabes, tant que le conflit sur le pouvoir
persiste entre le Fatah et le Hamas. Ce conflit sur fond de
haines est motivé par les anciennes velléités et investi par
les forces étrangères qui déploient tous leurs efforts pour
avorter le projet du gouvernement d’union nationale et
écarter le Hamas à jamais du pouvoir. L’objectif est de
faire sombrer la situation dans les territoires occupés dans
un chaos interne sans précédent, et dans ce cas-là Israël
n’aura pas besoin de réoccuper Gaza. Si Tel-Aviv
intervenait, comme cela est arrivé ces derniers jours, ce
serait pour infliger un coup dur aux éléments qui restent de
la résistance et pour démoraliser complètement le peuple
palestinien en l’amenant à s’agenouiller.
Les événements qui ont eu lieu à
Gaza et dans les territoires occupés viennent prouver que ni
Abbass, ni Haniyeh, ni Dahlane ni même Mechaal ne sont
capables, voire indignes, de mener le commandement du peuple
palestinien. Les commandements actuels, sans parler de leurs
faiblesses et leurs inhabilités à mener la barque, ont
réussi à incarner et à propager la corruption et
l’arrivisme. Ainsi, la lutte pour le pouvoir, l’argent et
l’accaparement des acquis se font-ils au détriment de la
cause palestinienne.
Il est évident que les deux mouvements, le Fatah et le
Hamas, ne s’étaient pas sincèrement pliés à l’accord de La
Mecque qui a préparé le terrain à la formation d’un
gouvernement d’union nationale, qui à son tour, devrait
augurer une nouvelle ère. Ils l’ont considéré comme une
simple trêve pour mobiliser les rangs et pour poursuivre les
hostilités. D’ailleurs, chacun a préservé ses appareils
sécuritaires, ses milices, ses forces et ses armes. Ainsi,
l’entité palestinienne est-elle devenue une création à deux
têtes et deux gouvernements en compétition. Mais vite,
d’autres personnalités sont apparues correspondant aux
dirigeants des milices régionales. Après l’accord de La
Mecque, les Etats-Unis et Israël avaient effectivement parié
sur cela.
Loin du vacarme des déclarations et des interprétations
arabes çà et là, rappelons que les racines de la tragédie
remontent au moment où le Fatah a refusé de reconnaître le
droit du Hamas à assumer la responsabilité après avoir
obtenu la majorité aux élections. L’alignement des
Etats-Unis et d’Israël, ainsi que des parties arabes sur le
Fatah émane d’une conviction selon laquelle les modérés du
Fatah sous le commandement d’Abou-Mazen sont les plus aptes
à réaliser la paix. Ce à travers les négociations avec
Israël conformément aux principes du Quartette. Ils estiment
d’ailleurs que l’intransigeance du Hamas qui ne reconnaît
pas Israël fait de lui non seulement une partie rejetée à
l’échelle mondiale, mais le
souille également de l’accusation de terrorisme.
Dès cette minute même, les accrochages ne se sont pas
arrêtés entre les deux mouvements, alimentés par le soutien
financier et l’appui politique qu’obtiennent le président
Abou-Mazen et le Fatah, alors que le premier gouvernement
formé par Haniyeh avec une majorité du Hamas se trouve
encerclé. A l’issue de l’accord de La Mecque, un
gouvernement d’union nationale du Hamas et du Fatah s’est
formé à un moment où les appareils présidentiels de sécurité
reçoivent l’entraînement nécessaire et les munitions en
armes de Washington. Au beau milieu des récents accrochages,
Dahlane a donné ses ordres à 500 membres des forces de la
garde nationale du président Abbass de revenir d’Alexandrie
vers la bande de Gaza. De quoi accroître les doutes sur
l’existence d’un nouvel agenda étranger visant à ce que le
Fatah monopolise le pouvoir et expulse le Hamas
définitivement. Ceci a été l’étincelle qui a déclenché les
combats meurtriers à tel point que les médiations
égyptiennes se sont avérées incapables d’aboutir à un
apaisement de la situation.
Il n’y aurait donc rien d’étrange à voir le rang palestinien
divisé jusqu’à la moelle. De nouveau, les suspicions
entoureront l’utilité de l’accord de La Mecque. Il semble
que même les parties arabes détiennent des agendas
différents les uns des autres. Une situation qui saperait
totalement la situation palestinienne pour le compte
d’Israël exclusivement, si les Palestiniens ne réagissaient
pas contre ces leaderships désuets et corrompus pour les
abandonner totalement .