Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le nouveau front
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Liban. Le pays a renoué cette semaine avec la violence. Cette fois-ci, ce sont des combats opposant l’armée à un groupuscule islamiste qui ont embrasé un camp palestinien dans le nord.

Le nouveau front

Nahr Al-Bared, c’est le nom du camp de réfugiés palestiniens situé près de Tripoli au nord du Liban et qui a été cette semaine le théâtre de violents combats entre l’armée libanaise et des combattants du groupe du Fatah Al-Islam. Des combats qui ont fait près de 50 morts, dont 27 soldats, 17 islamistes et deux civils, et une centaine de blessés. Ce sont les pires depuis plus de sept ans dans la région. Des échanges de tirs à l’artillerie lourde et à l’arme légère opposent depuis dimanche les soldats libanais qui ont resserré l’étau autour du camp aux extrémistes du Fatah Al-Islam qui y sont retranchés. Un nouveau front s’est ainsi embrasé au pays du Cèdre, où la situation politico-sécuritaire laisse à désirer. Mais cette fois-ci, il s’agit d’un fait nouveau. Le groupe du Fatah Al-Islam n’a en effet que peu fait parler de lui depuis sa création en novembre 2006 à Nahr Al-Bared, dont il a fait son bastion. Il est cependant accusé d’être lié au réseau terroriste d’Al-Qaëda avec lequel il ne reconnaît que des affinités idéologiques. Pourtant, l’arrivée de ce groupe d’hommes armés, palestiniens ou militants d’autres nationalités arabes au camp de Nahr Al-Bared, proche de la frontière syrienne, avait provoqué l’inquiétude des autorités libanaises ainsi que des représentants palestiniens officiels au Liban. Mais l’armée n’a jamais pu contrer leur présence puisqu’en vertu d’un accord entre le Liban et les Palestiniens, celle-ci n’est pas autorisée à entrer dans les camps de réfugiés, contrôlés par les Palestiniens eux-mêmes, et se limite à occuper des positions en lisière de ces camps. A cet effet, le gouvernement libanais a déclaré dans un communiqué : « Il n’y a pas de décision de pénétrer dans le camp, mais l’armée a déjà commencé à agir ». Le gouvernement a aussi annoncé lundi à l’issue d’une réunion extraordinaire sa décision « d’accorder (son) appui à l’armée, habilitée à prendre toutes les mesures nécessaires pour rétablir l’ordre et la sécurité » dans la région de Tripoli et du camp de réfugiés palestiniens.

A Beyrouth, le premier ministre Fouad Siniora a accusé le groupuscule palestinien « de vouloir porter atteinte à la paix civile ». « Les coups portés par le Fatah Al-Islam contre l’armée libanaise sont un crime prémédité et une tentative dangereuse de déstabilisation », a-t-il dit. Le chef de la majorité parlementaire anti-syrienne, Saad Hariri, a lui appelé au calme, soulignant son soutien à l’armée, tandis que le mouvement d’opposition chiite du Hezbollah condamnait les « agressions » contre les forces armées libanaises. Quant au député du nord du pays, Moustapha Hachem, il a accusé la Syrie d’attiser la tension « alors que le Conseil de sécurité de l’Onu se prépare à voter une résolution créant un tribunal spécial pour juger les assassins du dirigeant libanais Rafic Hariri ».

Une nouvelle crise provoquée une fois de plus par la présence des Palestiniens au Liban, hautement problématique, et par le rôle de la Syrie d’autant plus que le Fatah Al-Islam est accusé d’entretenir des liens avec les services de renseignements syriens. Une situation loin d’être facile à gérer par les autorités libanaises. Le début de la crise remonte en fait à la fin 2006, lorsque le chef au Liban du Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbass, Sultan Aboul-Aynaïn, avait affirmé que le Fatah Al-Islam était lié à Al-Qaëda et avait infiltré au Liban 150 combattants arabes venus d’Iraq. La Syrie, où le chef du groupe Chaker Abssi avait purgé une peine de prison pour affiliation à Al-Qaëda, l’a également accusé en mars d’être lié à l’organisation d’Oussama bin Laden. Soucieux de se démarquer de ce groupuscule, Damas avait déclaré par la voix de son ministre de l’Intérieur Bassam Abdel-Majid, que le Fatah Al-Islam était « un des groupes liés à Al-Qaëda démasqué en août 2002 alors qu’il projetait des actes terroristes en Syrie ».

Bien avant cette flambée de violence, l’installation du groupe à Nahr Al-Bared avait suscité un regain de tension dans le secteur et l’inquiétude des autorités libanaises, impuissantes à contrer cette présence. En mars dernier, le ministre libanais de l’Intérieur, Hassan Sabeh, avait accusé le groupe d’un attentat ayant fait trois morts en février près de Beyrouth, et d’être un « instrument des services de renseignements syriens ». Là encore, Chaker Abssi avait démenti et la Syrie avait nié tout lien avec des organisations extrémistes islamistes, dont le Fatah Al-Islam .

Abir Taleb

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