Liban.
Le pays a renoué cette semaine avec la violence. Cette
fois-ci, ce sont des combats opposant l’armée à un
groupuscule islamiste qui ont embrasé
un
camp palestinien dans le nord.
Le nouveau front
Nahr
Al-Bared, c’est le nom du camp
de réfugiés palestiniens situé près de Tripoli au nord du
Liban et qui a été cette semaine le théâtre de violents
combats entre l’armée libanaise et des combattants du groupe
du Fatah Al-Islam. Des combats
qui ont fait près de 50 morts, dont 27 soldats, 17
islamistes et deux civils, et une centaine de blessés. Ce
sont les pires depuis plus de sept ans dans la région. Des
échanges de tirs à l’artillerie lourde et à l’arme légère
opposent depuis dimanche les soldats libanais qui ont
resserré l’étau autour du camp aux extrémistes du Fatah
Al-Islam qui y sont retranchés.
Un nouveau front s’est ainsi embrasé au pays du Cèdre, où la
situation politico-sécuritaire
laisse à désirer. Mais cette fois-ci, il s’agit d’un fait
nouveau. Le groupe du Fatah Al-Islam
n’a en effet que peu fait parler de lui depuis sa création
en novembre 2006 à Nahr
Al-Bared, dont il a fait son
bastion. Il est cependant accusé d’être lié au réseau
terroriste d’Al-Qaëda avec
lequel il ne reconnaît que des affinités idéologiques.
Pourtant, l’arrivée de ce groupe d’hommes armés,
palestiniens ou militants d’autres nationalités arabes au
camp de Nahr
Al-Bared, proche de la frontière
syrienne, avait provoqué l’inquiétude des autorités
libanaises ainsi que des représentants palestiniens
officiels au Liban. Mais l’armée n’a jamais pu contrer leur
présence puisqu’en vertu d’un accord entre le Liban et les
Palestiniens, celle-ci n’est pas autorisée à entrer dans les
camps de réfugiés, contrôlés par les Palestiniens eux-mêmes,
et se limite à occuper des positions en lisière de ces
camps. A cet effet, le gouvernement libanais a déclaré dans
un communiqué : « Il n’y a pas de décision de pénétrer dans
le camp, mais l’armée a déjà commencé à agir ». Le
gouvernement a aussi annoncé lundi à l’issue d’une réunion
extraordinaire sa décision « d’accorder (son) appui à
l’armée, habilitée à prendre toutes les mesures nécessaires
pour rétablir l’ordre et la sécurité » dans la région de
Tripoli et du camp de réfugiés palestiniens.
A Beyrouth, le premier ministre Fouad
Siniora a accusé le groupuscule palestinien « de
vouloir porter atteinte à la paix civile ». « Les coups
portés par le Fatah Al-Islam
contre l’armée libanaise sont un crime prémédité et une
tentative dangereuse de déstabilisation », a-t-il dit. Le
chef de la majorité parlementaire anti-syrienne, Saad
Hariri, a lui appelé au calme, soulignant son soutien à
l’armée, tandis que le mouvement d’opposition chiite du
Hezbollah condamnait les « agressions » contre les forces
armées libanaises. Quant au député du nord du pays,
Moustapha
Hachem, il a accusé la Syrie d’attiser la tension «
alors que le Conseil de sécurité de l’Onu se prépare à voter
une résolution créant un tribunal spécial pour juger les
assassins du dirigeant libanais Rafic Hariri ».
Une nouvelle crise provoquée une fois de plus par la
présence des Palestiniens au Liban, hautement problématique,
et par le rôle de la Syrie d’autant plus que le Fatah
Al-Islam est
accusé d’entretenir des liens avec les services de
renseignements syriens. Une situation loin d’être facile à
gérer par les autorités libanaises. Le début de la crise
remonte en fait à la fin 2006, lorsque le chef au Liban du
Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud
Abbass, Sultan
Aboul-Aynaïn, avait affirmé que
le Fatah Al-Islam était lié à
Al-Qaëda et avait infiltré au
Liban 150 combattants arabes venus d’Iraq. La Syrie, où le
chef du groupe Chaker
Abssi avait purgé une peine de
prison pour affiliation à Al-Qaëda,
l’a également accusé en mars d’être lié à l’organisation d’Oussama
bin Laden. Soucieux de se
démarquer de ce groupuscule, Damas avait déclaré par la voix
de son ministre de l’Intérieur Bassam
Abdel-Majid, que le Fatah
Al-Islam était « un des groupes
liés à Al-Qaëda démasqué en août
2002 alors qu’il projetait des actes terroristes en Syrie ».
Bien avant cette flambée de violence, l’installation du
groupe à Nahr
Al-Bared avait suscité un regain
de tension dans le secteur et l’inquiétude des autorités
libanaises, impuissantes à contrer cette présence. En mars
dernier, le ministre libanais de l’Intérieur, Hassan
Sabeh, avait accusé le groupe
d’un attentat ayant fait trois morts en février près de
Beyrouth, et d’être un « instrument des services de
renseignements syriens ». Là encore,
Chaker Abssi avait
démenti et la Syrie avait nié tout lien avec des
organisations extrémistes islamistes, dont le Fatah
Al-Islam
.
Abir
Taleb