Iraq.
Les discussions prévues le 28 mai à Bagdad entre les
Etats-Unis et l’Iran sur la sécurité en Iraq s’annoncent
très difficiles, vu les positions très éloignées, voire
irréconciliables, des deux protagonistes.
Une réunion sur le fil du rasoir
« Nous allons aussi demander aux Américains de fixer la date
du départ de leurs troupes », a indiqué dimanche l’adjoint
du chef du Conseil suprême de la sécurité nationale,
Abdolreza Rahmani Fazli. La veille, le chef de la diplomatie
iranienne, Manouchehr Mottaki, a estimé que les Etats-Unis
devraient retirer leur troupes d’Iraq car leur présence est
à l’origine des activités « terroristes » dans ce pays.
C’est dire que les discussions sur la sécurité en Iraq qui
devraient avoir lieu le 28 mai à Bagdad, au niveau des
ambassadeurs, entre l’Iran et les Etats-Unis, promettent
d’être houleuses. Le responsable iranien a estimé que
l’instabilité et la poursuite de l’occupation américaine en
Iraq demeuraient les deux problèmes fondamentaux pour ce
pays, soulignant qu’une « solution globale » devait être
trouvée. Vendredi, M. Mottaki avait déclaré que les
Etats-Unis devaient « admettre leur échec » en Iraq, lors
des discussions à venir entre Washington et Téhéran sur la
situation dans ce pays. De son côté, le porte-parole de la
diplomatie iranienne, Mohammad Ali Hosseini, s’est refusé à
évoquer la possibilité que la rencontre soit suivie par
d’autres. « Laissons la première rencontre se tenir, ne
faisons pas de spéculations et nous verrons ce qu’il
adviendra », a-t-il dit.
Cette réunion du 28 mai sera suivie, trois jours après, par
des entretiens sur le dossier nucléaire iranien entre le
secrétaire du Conseil suprême iranien de la sécurité
nationale, Ali Larijani, et le haut représentant pour la
diplomatie de l’UE, Javier Solana.
L’urgence iraqienne a contraint George W. Bush à accepter
des discussions avec l’Iran, une évolution que
l’administration accompagne de messages répétés de fermeté
pour rassurer ses alliés et pour ne rien paraître céder à sa
bête noire. Américains et Iraniens, qui n’ont plus de
relations diplomatiques depuis 1980, ont récemment annoncé
qu’ils étaient prêts à parler de l’Iraq. L’Administration
américaine assure que les prochaines discussions se
limiteront strictement à l’Iraq et qu’il n’est pas question
de dialogue sur les autres innombrables sujets de querelle
mutuelle tant que le régime islamique n’aura pas suspendu
ses activités nucléaires les plus sensibles.
En même temps qu’ils se préparaient à parler aux Iraniens,
les Américains leur délivraient un message aux accents
presque martiaux. Dépêché la semaine dernière dans le Golfe,
le vice-président Dick Cheney y a tenté de rallier les
soutiens au gouvernement iraqien. Il a aussi signifié aux
pays, comme l’Arabie saoudite sunnite, inquiets d’une
influence iranienne grandissante et d’une menace nucléaire
qui viendrait de l’Iran chiite, que l’Amérique était un «
pays qui tient ses promesses », selon les mots du
vice-président. Avec deux porte-avions dans le Golfe comme
l’a décidé George W. Bush en janvier, « nous envoyons des
messages clairs à nos amis aussi bien qu’à nos adversaires.
Nous maintiendrons ouvertes les voies maritimes », a dit M.
Cheney faisant référence au risque que l’Iran ne tente de
bloquer le stratégique détroit d’Ormuz et le trafic
pétrolier en cas de conflit. « Nous serons à côté de nos
amis contre l’extrémisme et les menaces stratégiques. Nous
arrêterons les attaques contre nos propres forces (...). Et
nous serons à côté des autres pour empêcher l’Iran de se
procurer des armes nucléaires et de dominer cette région »,
avait-il lancé à bord d’un des porte-avions, l’USS John
Stennis.
Une première tentative de dialogue avec l’Iran avait échoué
il y a environ un an. M. Bush a refusé jusqu’à récemment
toute discussion tant que l’Iran ne suspendait pas son
programme d’enrichissement d’uranium. Mais il est soumis à
de fortes pressions. L’Iraq menace toujours de sombrer dans
le chaos. Ses adversaires démocrates, désormais majoritaires
au Congrès, tentent de mettre fin à la guerre. D’éminentes
personnalités affirment la nécessité d’impliquer l’Iran dans
la recherche de la stabilité en Iraq. L’urgence s’accentue
aussi pour M. Bush. Ses généraux se sont informellement
donné jusqu’en septembre pour juger du succès d’une nouvelle
stratégie iraqienne considérée comme celle de la dernière
chance. En cherchant la discussion, l’administration entend
exploiter « toutes les voies possibles pour soutenir le
gouvernement iraqien », a dit le porte-parole de la Maison
Blanche Tony Snow, réfutant que le double message de la
Maison Blanche soit « schizophrène ».
Iraniens et Américains se sont parlé lors d’une conférence
sur l’Iraq en avril. En mai, la secrétaire d’Etat
Condoleezza Rice s’est employée lors de la conférence de
suivi à rencontrer son homologue iranien Manouchehr Mottaki,
qui lui a faussé la politesse. Officiellement, les
Américains comptent dire aux Iraniens qu’ils doivent cesser
d’approvisionner les insurgés en engins explosifs qui font
des ravages dans les rangs américains et qu’ils doivent
empêcher les infiltrations de combattants à partir de leur
territoire. Mais toute rencontre posera inévitablement la
question d’un dialogue plus large. Les responsables iraniens
se sont dit prêts à des négociations élargies avec les
Etats-Unis à condition que Washington change son attitude à
l’égard de Téhéran, placé dans l’« axe du mal » par les
Américains .
Hicham Mourad