Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Une réunion sur le fil du rasoir
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Iraq. Les discussions prévues le 28 mai à Bagdad entre les Etats-Unis et l’Iran sur la sécurité en Iraq s’annoncent très difficiles, vu les positions très éloignées, voire irréconciliables, des deux protagonistes.  

Une réunion sur le fil du rasoir

« Nous allons aussi demander aux Américains de fixer la date du départ de leurs troupes », a indiqué dimanche l’adjoint du chef du Conseil suprême de la sécurité nationale, Abdolreza Rahmani Fazli. La veille, le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, a estimé que les Etats-Unis devraient retirer leur troupes d’Iraq car leur présence est à l’origine des activités « terroristes » dans ce pays. C’est dire que les discussions sur la sécurité en Iraq qui devraient avoir lieu le 28 mai à Bagdad, au niveau des ambassadeurs, entre l’Iran et les Etats-Unis, promettent d’être houleuses. Le responsable iranien a estimé que l’instabilité et la poursuite de l’occupation américaine en Iraq demeuraient les deux problèmes fondamentaux pour ce pays, soulignant qu’une « solution globale » devait être trouvée. Vendredi, M. Mottaki avait déclaré que les Etats-Unis devaient « admettre leur échec » en Iraq, lors des discussions à venir entre Washington et Téhéran sur la situation dans ce pays. De son côté, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Mohammad Ali Hosseini, s’est refusé à évoquer la possibilité que la rencontre soit suivie par d’autres. « Laissons la première rencontre se tenir, ne faisons pas de spéculations et nous verrons ce qu’il adviendra », a-t-il dit.

Cette réunion du 28 mai sera suivie, trois jours après, par des entretiens sur le dossier nucléaire iranien entre le secrétaire du Conseil suprême iranien de la sécurité nationale, Ali Larijani, et le haut représentant pour la diplomatie de l’UE, Javier Solana.

L’urgence iraqienne a contraint George W. Bush à accepter des discussions avec l’Iran, une évolution que l’administration accompagne de messages répétés de fermeté pour rassurer ses alliés et pour ne rien paraître céder à sa bête noire. Américains et Iraniens, qui n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, ont récemment annoncé qu’ils étaient prêts à parler de l’Iraq. L’Administration américaine assure que les prochaines discussions se limiteront strictement à l’Iraq et qu’il n’est pas question de dialogue sur les autres innombrables sujets de querelle mutuelle tant que le régime islamique n’aura pas suspendu ses activités nucléaires les plus sensibles.

En même temps qu’ils se préparaient à parler aux Iraniens, les Américains leur délivraient un message aux accents presque martiaux. Dépêché la semaine dernière dans le Golfe, le vice-président Dick Cheney y a tenté de rallier les soutiens au gouvernement iraqien. Il a aussi signifié aux pays, comme l’Arabie saoudite sunnite, inquiets d’une influence iranienne grandissante et d’une menace nucléaire qui viendrait de l’Iran chiite, que l’Amérique était un « pays qui tient ses promesses », selon les mots du vice-président. Avec deux porte-avions dans le Golfe comme l’a décidé George W. Bush en janvier, « nous envoyons des messages clairs à nos amis aussi bien qu’à nos adversaires. Nous maintiendrons ouvertes les voies maritimes », a dit M. Cheney faisant référence au risque que l’Iran ne tente de bloquer le stratégique détroit d’Ormuz et le trafic pétrolier en cas de conflit. « Nous serons à côté de nos amis contre l’extrémisme et les menaces stratégiques. Nous arrêterons les attaques contre nos propres forces (...). Et nous serons à côté des autres pour empêcher l’Iran de se procurer des armes nucléaires et de dominer cette région », avait-il lancé à bord d’un des porte-avions, l’USS John Stennis.

Une première tentative de dialogue avec l’Iran avait échoué il y a environ un an. M. Bush a refusé jusqu’à récemment toute discussion tant que l’Iran ne suspendait pas son programme d’enrichissement d’uranium. Mais il est soumis à de fortes pressions. L’Iraq menace toujours de sombrer dans le chaos. Ses adversaires démocrates, désormais majoritaires au Congrès, tentent de mettre fin à la guerre. D’éminentes personnalités affirment la nécessité d’impliquer l’Iran dans la recherche de la stabilité en Iraq. L’urgence s’accentue aussi pour M. Bush. Ses généraux se sont informellement donné jusqu’en septembre pour juger du succès d’une nouvelle stratégie iraqienne considérée comme celle de la dernière chance. En cherchant la discussion, l’administration entend exploiter « toutes les voies possibles pour soutenir le gouvernement iraqien », a dit le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow, réfutant que le double message de la Maison Blanche soit « schizophrène ».

Iraniens et Américains se sont parlé lors d’une conférence sur l’Iraq en avril. En mai, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice s’est employée lors de la conférence de suivi à rencontrer son homologue iranien Manouchehr Mottaki, qui lui a faussé la politesse. Officiellement, les Américains comptent dire aux Iraniens qu’ils doivent cesser d’approvisionner les insurgés en engins explosifs qui font des ravages dans les rangs américains et qu’ils doivent empêcher les infiltrations de combattants à partir de leur territoire. Mais toute rencontre posera inévitablement la question d’un dialogue plus large. Les responsables iraniens se sont dit prêts à des négociations élargies avec les Etats-Unis à condition que Washington change son attitude à l’égard de Téhéran, placé dans l’« axe du mal » par les Américains .

Hicham Mourad

 

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