Au fil des pages
Azouz
Begag, Un mouton dans la
baignoire, Fayard, 2007.
Publié en pleine campagne électorale française, ce livre
était attendu comme un pamphlet anti-Sarkozy.
Begag y raconte effectivement
ses démêlés avec l’ex-ministre de l’Intérieur, à l’époque où
il était son collègue dans le gouvernement de M. De
Vileppin en tant que « ministre
de la Promotion et de l’Egalité des chances ». Il dit
comment celui qui est maintenant élu président
le traite de « connard, déloyal,
salaud », et menace de lui « casser la gueule », suite aux
désaccords publiquement exprimés par
Begag sur la manière dont Sarkozy gérait la « crise
des banlieues ». Mais Begag,
fils d’immigrés algériens, né dans un bidonville de Lyon en
1957, raconte ici surtout l’inconfort de sa situation de
ministre « potiche » — sans administration ni budget, les
multiples discriminations au faciès auxquelles il a dû faire
face — tel préposé à la Sûreté refusant de croire qu’il est
ministre. Un texte dans lequel l’auteur du Gone du
Chaâba (Le Seuil, 1986), roman
autobiographique, retrouve toute sa verve d’écrivain, et ne
manque pas d’humour pour décrire une situation assez
alarmante. A commencer par le titre, qui reprend une
expression utilisée par Sarkozy pour résumer ce qu’il pense
être les pratiques des musulmans.
Safa Mahmoud
Abdel-Aal,
Tarbiyat al-onsoriya fil
manahij
al-israïliya (le racisme dans les programmes
scolaires israéliens), Al-Dar
Al-Misriya
Al-Libnaniya, 2007.
A travers l’analyse détaillée de 16 ouvrages d’enseignement
de l’Histoire et de la géographie dans l’Etat d’Israël,
l’auteur porte ici un regard critique sur la manière dont
cet Etat transmet les slogans sur lesquels il s’est
construit. Safa Mahmoud se base sur les textes originaux en
hébreu, qu’elle a elle-même traduits. Elle s’intéresse en
particulier à un ouvrage, Terre de la Nation, qu’elle estime
être le plus dangereux. Mais plus généralement, elle met en
lumière l’ensemble des concepts sur lesquels se basent les
programmes scolaires : la mise en avant de prétendus droits
historiques sur la terre de Palestine, la non délimitation
claire des frontières de la nation israélienne, qui peuvent
s’étendre jusqu’à la Jordanie, le Liban et l’Egypte. Et
surtout des méthodes qui concourent à cultiver chez l’élève
la haine et la peur de l’autre, et qui présentent la guerre
comme un moyen légitime d’obtenir satisfaction.
Yousef Al-Mohaimeed, Wolves of the Crescent Moon (les loups
du croissant), presses de l’AUC du Caire, 2007, 132p.
A travers une narration attrayante,
Yousef Al-Mohaimeed
dépeint le personnage de Turad,
un vieil homme né dans une famille bédouine de Riyad, en
Arabie saoudite, qui décide de gagner sa vie dans la ville,
en s’essayant dans de nombreux petits métiers, il y perd par
accident son oreille gauche. Un retour au passé et une
remémoration sont inévitables, mettant en rapport les
devenirs enchevêtrés de ce bédouin, avec un orphelin et un
eunuque. Le jeune auteur Yousef
Al-Mohaimeed, né en 1964 à
Riyad, diplômé de lettres anglaises et de photographie de la
Norwich University, en
Grande-Bretagne, porte un regard lucide sur son pays en
vacillant entre les images stéréotypées de la vie en Arabie
saoudite et la réalité de la société moderne d’aujourd’hui.