Al-Ahram Hebdo, Livres | L’exception refusée
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Roman. Gilane Hamza dépeint une relation d’amour-passion entre un juif d’origine égyptienne et une Egyptienne musulmane. Attaquant indirectement la normalisation entre l’Egypte et Israël.

L’exception refusée

Les locaux d’un hôpital. Quelqu’un court vers l’infini, s’élance pour fuir le moment. Les pieds s’envolent, la personne n’arrive pas à approcher. Quelqu’un l’éloigne. Cette ambiance de suspense qui tient le lecteur en haleine et qui marque le début du roman ne va pas durer longtemps.

C’était Soad qui courait et n’arrivait pas à se contenir. Elle était devenue grand-mère quelques secondes avant. Tout le long du roman, le passé se mêle au présent. Le récit se situe entre la période de la deuxième guerre mondiale, lorsque Soad, le personnage principal, avait 5 ans, lors du règne du dernier roi d’Egypte, Farouq, et l’assassinat du président Sadate, le 6 octobre 1981.

« M’a-t-on volé mes jours ou bien les avais-je vécus délibérément, et ai-je prétendu devant les autres que ce sont eux qui m’en ont privée ? », se demande l’héroïne avec amertume. Issue de la classe moyenne, veuve dans la cinquantaine, elle fait face à une vie pleine de problèmes. Seule, elle a élevé ses enfants : Mona, qui vient d’accoucher d’un garçon, et Karim, diplômé de l’Université américaine du Caire (AUC). Solitaire, elle était perpétuellement, de manière presque obsessionnelle, à la recherche de son âme sœur. Un sentiment qui freinait souvent le déroulement normal de sa vie. Inconsciemment, elle peint et repeint cette personne désirée, à travers ses toiles. Un visage inconnu mais dominant. Pour s’évader d’un présent pesant, l’héroïne se laissait aller aux rêveries et à la peinture laquelle était pour elle tout simplement la vie.

Dans ses sept romans précédents, l’auteure, Gilane Hamza, avait tendance à opter pour le mode autobiographique. En effet, l’héroïne n’est que le reflet de l’image de l’écrivaine. L’auteure elle aussi a été veuve à sa jeunesse et a élevé seule ses enfants. En tissant son roman autour d’une existence en souffrance permanente, Gilane Hamza garde le lecteur dans l’attente de cette âme sœur tant recherchée, citée tout le long du roman et qui devrait changer le parcours des événements. Une fois retrouvée par hasard, elle est à nouveau perdue à jamais.

Le destin n’était pas non plus apaisant. Malgré l’amour qui les réunit, Soad décide de fuir Youssef Igah ou Aggabi en égyptien et de rentrer dans son pays après plus d’une année passée aux Etats-Unis. Ce professeur, intéressé par les affaires du Proche-Orient et islamiques, le directeur de thèse de son fils Karim, était juif d’origine égyptienne. Et elle musulmane. Une multitude de barrières religieuse, historique, humaine et sociale les séparent. Mais si Youssef s’oppose à l’idéologie israélienne, il incarne aux yeux de Soad l’existence douloureuse d’Israël en terre palestinienne. Elle lui écrit à la fin du roman : « Je n’aurai plus la force de me rapprocher de toi, car les voix des enfants et des mères qui ont perdu leurs enfants ne me quittent pas ».

En écrivant, Gilane essaye de se libérer de ses entraves sociales, du conservatisme de la société. En vain. Les héros de ses romans finissent toujours par tomber dans ce piège. Ceci se manifeste à l’épilogue du roman. Elle refuse toute normalisation avec Israël au niveau social et national, ne tolère pas les idées contraires et ne laisse aucune chance aux exceptions, même individuelles.

Rania Hassanein

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Relation impossible de Gilane Hamza, éditions Madbouli, 2006.

 




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