Roman.
Gilane Hamza dépeint une
relation d’amour-passion entre
un juif d’origine égyptienne et une Egyptienne musulmane.
Attaquant indirectement la normalisation entre l’Egypte et
Israël.
L’exception refusée
Les locaux d’un hôpital. Quelqu’un court vers l’infini,
s’élance pour fuir le moment. Les pieds s’envolent, la
personne n’arrive pas à approcher. Quelqu’un l’éloigne.
Cette ambiance de suspense qui tient le lecteur en haleine
et qui marque le début du roman ne va pas durer longtemps.
C’était Soad qui courait et n’arrivait pas à se contenir.
Elle était devenue grand-mère quelques secondes avant. Tout
le long du roman, le passé se mêle au présent. Le récit se
situe entre la période de la deuxième guerre mondiale,
lorsque Soad, le personnage principal, avait 5 ans, lors du
règne du dernier roi d’Egypte, Farouq, et l’assassinat du
président Sadate, le 6 octobre 1981.
« M’a-t-on volé mes jours ou bien les avais-je vécus
délibérément, et ai-je prétendu devant les autres que ce
sont eux qui m’en ont privée ? », se demande l’héroïne avec
amertume. Issue de la classe moyenne, veuve dans la
cinquantaine, elle fait face à une vie pleine de problèmes.
Seule, elle a élevé ses enfants : Mona, qui vient
d’accoucher d’un garçon, et Karim, diplômé de l’Université
américaine du Caire (AUC). Solitaire, elle était
perpétuellement, de manière presque obsessionnelle, à la
recherche de son âme sœur. Un sentiment qui freinait souvent
le déroulement normal de sa vie. Inconsciemment, elle peint
et repeint cette personne désirée, à travers ses toiles. Un
visage inconnu mais dominant. Pour s’évader d’un présent
pesant, l’héroïne se laissait aller aux rêveries et à la
peinture laquelle était pour elle tout simplement la vie.
Dans ses sept romans précédents, l’auteure, Gilane Hamza,
avait tendance à opter pour le mode autobiographique. En
effet, l’héroïne n’est que le reflet de l’image de
l’écrivaine. L’auteure elle aussi a été veuve à sa jeunesse
et a élevé seule ses enfants. En
tissant son roman autour d’une existence en souffrance
permanente, Gilane Hamza garde le lecteur dans l’attente de
cette âme sœur tant recherchée, citée tout le long du roman
et qui devrait changer le parcours des événements. Une fois
retrouvée par hasard, elle est à nouveau perdue à jamais.
Le destin n’était pas non plus apaisant. Malgré l’amour qui
les réunit, Soad décide de fuir
Youssef Igah ou
Aggabi en égyptien et de rentrer
dans son pays après plus d’une année passée aux Etats-Unis.
Ce professeur, intéressé par les affaires du Proche-Orient
et islamiques, le directeur de thèse de son fils Karim,
était juif d’origine égyptienne. Et elle musulmane. Une
multitude de barrières religieuse, historique, humaine et
sociale les séparent. Mais si Youssef s’oppose à l’idéologie
israélienne, il incarne aux yeux de Soad l’existence
douloureuse d’Israël en terre palestinienne. Elle lui écrit
à la fin du roman : « Je n’aurai plus la force de me
rapprocher de toi, car les voix des enfants et des mères qui
ont perdu leurs enfants ne me quittent pas ».
En écrivant, Gilane essaye de se libérer de ses entraves
sociales, du conservatisme de la société. En vain. Les héros
de ses romans finissent toujours par tomber dans ce piège.
Ceci se manifeste à l’épilogue du roman. Elle refuse toute
normalisation avec Israël au niveau social et national, ne
tolère pas les idées contraires et ne laisse aucune chance
aux exceptions, même individuelles.
Rania
Hassanein