Al-Ahram Hebdo, Livres | Reliefs d’un visage
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Portraits. En abordant 23 femmes au cheminement très différent, Safinaz Kazem se raconte, parcourant le vingtième siècle en long et en large.

Reliefs d’un visage

En esquissant le portrait de son amie écrivaine Zeinab Sadeq, parmi 22 autres personnalités féminines, la journaliste et critique Safinaz Kazem se décrit elle-même. « Je suis une femme auteur très ancrée dans l’oral, traduisant concrètement mes opinions et ma conviction par des actes dans la vie réelle. Zeinab Sadeq est plus rédactionnelle, adoptant toujours sur papier des avis rebelles et très excitants. Elle emporte la réalité jusqu’au rêve, alors que moi j’emmène le rêve à la réalité ». C’est toute la différence ayant fait de Safinez Kazem au fil des ans cette femme « à la langue bien pendue », claquant les portes et disant les sept vérités sans avoir peur de froisser l’adversaire. D’abord marxiste, ensuite plus du côté islamiste, Kazem ne rate pas une occasion lui permettant d’évoquer Nasser ou de faire remarquer la démarche plus religieuse de certaines femmes portraiturées dans son dernier ouvrage, Sanaat latafa. Ainsi parcourt-on avec elle l’histoire du pays, depuis 1886, l’année où sont nées trois icônes de la libération féminine : Nabawiya Moussa, Malak Hefni Nassef et May Ziyada. L’itinéraire de ces dernières se mélange parfois à la petite histoire de l’auteure, qui a l’habitude dans ses écrits de partir de soi-même pour parler des autres et vice versa.

Née en 1937, elle a grandi à l’époque nassérienne, a mené une vie de bohème entre 1960 et 1966 aux Etats-Unis où elle est partie parachever ses études, a été emprisonnée dans les années soixante-dix et s’est mariée durant cette même période avec le poète des marginaux, Ahmad Fouad Negm. Cette vie nous parvient par bribes à travers les parcours de ces autres femmes très diversifiées qu’elle a dû connaître de près, croiser ou interviewer pour des raisons professionnelles. Il y a par exemple sa sœur aînée Maassouma, une mathématicienne de génie décédée en 2005 et à qui elle dédie le livre. « Adolescente, elle affichait dans sa chambre une photo agrandie de Newton et imitait son style vestimentaire », dit-elle, narrant entre-temps son enfance dans les années 1940, d’abord à Alexandrie et ensuite dans le quartier cairote de Abbassiya, après la mort de son père calligraphe. Ce dernier quartier est ultérieurement décrit à travers le portrait de la chanteuse et comédienne Leïla Mourad qui habitait non loin de chez eux. « On habitait l’immeuble d’un commerçant de tapis musulman d’origine iranienne. On était la seule famille musulmane, car les quatre autres appartements étaient habités par des juifs », raconte-t-elle avant de s’étaler sur les souvenirs d’une cohabitation tranquille entre les diverses confessions. La raison en est simple, Leïla Mourad venait d’une famille juive orientale ! En présentant l’une de ses chanteuses préférées, Chérifa Fadel qu’elle a rencontrée dans son appartement, face à l’hôtel Méridien, elle ne manque pas de mentionner son attachement à la radio. Près d’elle, il y a toujours la radio avec du Coran, et dans le hall, elle met une onde plus généraliste. Safinaz porte le hidjab depuis près d’une vingtaine d’années et s’habille en larges djellabas que confectionnait Touha, la couturière-artiste à qui elle livre un portrait lancinant. D’ailleurs, à travers le souvenir d’une autre couturière qu’elle a connue pendant son séjour en Iraq, Olga la Libanaise, elle fait rapidement part des circonstances de son divorce. C’est Olga, qui était aussi une diseuse de bonne aventure, qui l’avait prévenue de l’infidélité de son mari ! Crédule, elle ne l’avait pas cru au départ.

En dépit de ses tendances désormais plus conservatrices, Safinaz Kazem a opéré des choix originaux variant entre la militante de gauche Wedad Mitri, Nana la fille du jeune premier Ahmad Salam, Menha el Batraoui, femme de théâtre qui a voulu incarner l’ogresse sur les planches, Amani Farid, la journaliste-vedette des salons … Des visions de soi et des autres, abondant d’humour .

Dalia Chams

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Sanaat latafa, de Safinaz Kazem, Editions Dar Al-Eïn, 2007. 218 P.

 




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